AU FIL DES HOMELIES

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ÉLIE ET JEAN-BAPTISTE

Ba 4, 21-29 ; Mt 17, 10-13

Mercredi de la deuxième semaine d'Avent – B

(11 décembre 2002)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

P

endant ce temps de l'Avent, nous suivons la personne de Jean-Baptiste à travers les moin­dres textes de l'évangile qui lui sont consacrés, et aujourd'hui, il y a ces quelques versets, brefs, qui sont fort mystérieux.

Les disciples font allusion à une légende qui veut que le prophète Élie revienne avant le Messie. Légende accréditée par les scribes et qui avait cours dans l'eschatologie juive de l'époque, on pensait que la venu du Messie serait précédée par une sorte de "résurrection" d'Élie qui viendrait préparer cette ve­nue du Messie. Jésus ne critique pas cette légende, Il la fait sienne, Il dit :"Oui, c'est vrai, Élie doit venir d'abord", mais Il propose une interprétation de cette histoire : "En réalité, Élie est déjà venu, mais il n'a pas été reconnu comme tel par les juifs, ils l'ont traité à leur guise, comme d'ailleurs ils traiteront le Messie, le Fils de l'Homme lui-même." Et les disciples com­prennent qu'Il parle de Jean-Baptiste.

Donc, Jésus se sert de cette légende du retour d'Élie pour désigner Jean-Baptiste. Qu'est-ce à dire ? Quel rapport entre ces deux personnages ? Élie, si vous vous souvenez de son histoire dans le livre des Rois, Élie le premier des grands prophètes, bien qu'il n'ait pas écrit, à la différence d'Isaïe, Jérémie ou Ézé­chiel, Élie a été au temps des rois d'Israël qui trahis­saient la foi dans le Seigneur, le Dieu unique au profit d'une compromission des cultes idolâtriques des alentours qui pénétraient, les baals, c'est-à-dire ces idoles, ces dieux multiples qui avaient chacun une nation, un groupe humain à défendre, Élie s'est levé, en quelque sorte, seul devant l'idolâtrie galopante qui envahissait tout le peuple de Dieu et qui provoquera son écrasement et finalement son exil, Élie seul s'est levé comme défenseur de la foi dans le Dieu unique. Élie est un prophète terrible. Il s'est levé seul contre tous, et rappelez-vous de ce sacrifice au Mont Carmel, quand il élève un autel au vrai Dieu en face des pro­phètes des baals qui élèvent un autre autel à leurs faux-dieux, et il propose une sorte de joute, comme un match entre les prophètes des baals et lui-même, chacun va offrir un sacrifice, et le vrai Dieu se mani­festera par le feu qui tombera du ciel et qui consumera l'holocauste. Les prophètes des baals passent toute la journée à hurler, à supplier leurs idoles de venir, et rien ne se manifeste, il n'y a ni feu, ni lumière, ni ma­nifestation divine. Ils se tailladent le corps comme on faisait à l'époque, pour essayer de susciter la venue d'un signe divin et rien ne se produit. Élie lui, élève son autel, il y dépose l'holocauste, pour compliquer encore l'épreuve il fait arroser trois fois l'autel, il sup­plie Dieu et aussitôt le feu du ciel tombe sur son holo­causte. Il est donc vainqueur, cette victoire, il va la célébrer en faisant égorger tous les prophètes de baals. C'est donc un prophète terrible, c'est le pro­phète de la puissance de Dieu, de la justice de Dieu, vindicative, qui écrase les ennemis, qui écrase les païens, qui écrasent tous ceux qui ne veulent pas re­connaître la vérité de Dieu.

Que va-t-il arriver à Élie ? Après cette vic­toire, il est poursuivi par la haine non seulement des sectateurs de baal, mais par la haine du roi, et surtout de la reine Jézabel. Il s'enfuit au désert. Dieu le conduit à travers le désert jusqu'au mont Horeb. Là, Dieu va appeler Élie pour se révéler à lui. Il y a d'abord un orage terrible, Élie croit, c'est sa concep­tion de Dieu, que Dieu va être dans l'orage, et bien Dieu n'y est pas ! Et puis, il y a un tremblement de terre, et Dieu n'est pas dans le tremblement de terre. Et Dieu n'est pas dans le tremblement de terre. Vient ensuite un feu dévorant, et Dieu n'y est pas présent non plus. Et puis, vient une brise légère, et Dieu est dans cette brise douce, et Élie se voile la face et s'avance à la rencontre de Dieu.

Ceci est très important. Élie je viens de vous le dire, était le champion d'un Dieu terrible, d'un Dieu vengeur, et normalement, ce qui devait être pour lui le symbole de ce Dieu, c'était ce feu dévorant, ce trem­blement de terre, c'était cet orage. Mais Dieu n'est pas là, et Dieu manifeste à Élie que sa présence se révèle dans le murmure d'une brise légère, dans la douceur, dans cette sorte d'imperceptible venue qui ne se mani­feste par aucun éclat, mais dans ce qui touche le plus intime du cœur. Ainsi, c'est une sorte de conversion d'Élie qui se passe à l'Horeb, comme une sorte de retournement de l'idée qu'il se faisait de Dieu, de l'idée que se faisant tous les hommes de Dieu et dans toutes les religions, Israël compris. Partout on atten­dait un Dieu de justice, un Dieu de vengeance, un Dieu de rétribution. Et voilà que Dieu invite Élie à découvrir qu'Il n'est pas un Dieu de puissance, de violence et de force, mais qu'Il est un Dieu de dou­ceur, à la révélation imperceptible.

Jean-Baptiste a vécu en quelque sorte, la même conversion qu'Élie. Lui aussi dans sa prédica­tion attendait un Dieu qui va vanner le monde comme on vanne le blé, qui va séparer la bale, c'est-à-dire les écorces, du grain, qui va recueillir le grain dans son grenier, c'est-à-dire dans son Royaume, et qui va brûler la bale, c'est-à-dire qui va envoyer les méchants à la punition, nous dirons à l'enfer. C'est cela que Jean-Baptiste attendait, c'est cela qu'il avait annoncé, et voilà que tout d'un coup, il se rend compte que le Messie n'est pas un justicier, n'est pas quelqu'un qui vient punir ou récompenser, que le Messie est quel­qu'un qui vient guérir les malades, rendre la vue aux aveugles, rendre l'audition aux sourds, ressusciter les morts. Alors, il est dérouté, il envoie ses disciples, nous l'avons lu, il y a quelques jours, dire à Jésus : "Es-tu celui qui doit venir ? Es-tu celui que j'ai an­noncé, pour lequel j'ai été envoyé ? Ou bien faut-il en attendre un autre ?" Et Jésus s'entête dans sa concep­tion de la messianité, un messianisme de douceur et non pas de violence, et guérissant les malades, Il dit aux envoyés de Jean-Baptiste : "Allez dire à Jean ce sur vous voyez, les boiteux marchent, les aveugles voient, et heureux celui qui n'est pas scandalisé par le Fils de l'Homme".

Jena-Baptiste a donc été invité, lui aussi, à convertir sa conception de Dieu, à convertir son at­tente, à convertir son cœur, c'est ce qui se passe pour nous aussi en ce temps de l'Avent. Avec Jean-Bap­tiste, nous devons passer d'une conception païenne d'un Dieu vengeur, à la conception évangélique d'un Dieu de tendresse, d'amour et de salut. Que ce salut vienne à notre rencontre, que notre cœur se prépare à rencontrer ce Dieu qui n'est pas un Dieu terrible, mais qui est un Dieu de douceur et de miséricorde, ce qui est encore bien plus exigeant.

 

 

AMEN

 

 
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