AU FIL DES HOMELIES

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L'AUTORITÉ

Ba 4, 30-37 ; Mt 21, 23-32

Mercredi de la deuxième semaine de l'Avent – A

(12 décembre 2007)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, la deuxième partie de l'évangile, c'est-à-dire la parabole des deux fils, me semble un passage assez intéressant pour méditer sur le sens du temps de l'Avent et de cette invitation à la conversion. Vous avez entendu ce passage, il y est question de deux enfants, d'un homme, d'un premier enfant à qui cet homme dit : va travailler à ma vigne, et il répond dans un premier temps : je ne veux pas ! Autrement dit, c'est moi qui décide ce que je veux faire et ce que je ne veux pas faire. Et puis, il y a ce que le texte français traduit par "remords" qui est un mot pas très beau ni très juste, puisqu'il est question ici de "métanoïa", c'est-à-dire de conversion et de retournement du cœur. On passe d'un dialogue extérieur du fils rebelle à un dialogue intérieur, de cette rébellion de l'enfant avec sa propre conscience. Il va travailler à la vigne. Le deuxième enfant à qui l'homme pose la même question lui répond par : entendu, Seigneur. C'est assez intéressant parce qu'il reconnaît une certaine autorité de cet homme qu'il appelle Seigneur, mais il n'obéit pas et ne va pas travailler à la vigne.

Je crois que la différence entre ces deux enfants c'est qu'il y en a un qui passe par trois stades, la parole, la réflexion, la conversion, ce discours intérieur avec sa propre conscience, et puis cette conversion effective dans les actes : dire, penser et agir. Le deuxième enfant dit et n'agit pas et à aucun moment Jésus ne dit ce qui se passe dans sa tête. Le fait qu'il ne va pas à la vigne nous montre qu'il n'obéit pas.

Il est question ici d'autorité. Ce premier enfant qui est le fils de cet homme, qui est au départ rebelle, c'est qu'il ne veut pas obéir d'une manière tout extérieure à une autorité, à un pouvoir qui viendrait lui dire ce qu'il doit faire et ne pas faire. Il faut qu'il y ait une maturation dans son esprit pour que cet ordre qui lui était donné de l'extérieur devienne quelque chose qui soit sien, qui lui appartienne et qu'il passe d'une obéissance d'esclave à une obéissance de fils, c'est-à-dire obéir librement.

Je reviens à la première partie de l'évangile. Il y est aussi question d'autorité : "Par quelle autorité dis-tu cela ?" On voit bien ce qui se passe, Jésus renvoie les pharisiens à leur propre piège et les pharisiens vont aussi réfléchir dans leur tête par rapport à la question de Jésus : si on lui dit que Jean-Baptiste vient du ciel et qu'il est bien un prophète, on va nous dire : pourquoi n'y avez-vous pas cru ? et si nous disons qu'il n'est pas un prophète, les gens vont nous tomber dessus. Ils trichent, ce moment de retournement intérieur qui devrait être utilisé pour une véritable conversion est utilisé pour la tricherie, le mensonge. C'est cela la différence et c'est la raison pour laquelle les deux textes sont mis en lumière l'un et l'autre, c'est-à-dire que dans un cas cette réflexion n'est pas utilisée pour la métanoïa, pour dire : oui, c'est vrai, j'ai tort, je me suis trompé, mais est utilisé pour la perversion.

Je crois que cela nous dit quelque chose sur l'autorité et la place de l'autorité au cœur même de notre vie et au cœur même de l'attente du Christ. Dieu n'est pas quelqu'un qui nous demande d'obéir aveuglément comme des esclaves. Dieu est vraiment ce Père qui veut nous donner un ordre, non pas pour que nous obéissions parce qu'il faut obéir, mais pour que nous puissions vraiment faire nôtres ses ordres librement et passer du stade du petit enfant qui obéit parce qu'il faut obéir, au stade de l'homme qui a une relation libre avec son vis-à-vis. Nous sommes invités par le Seigneur qu'il ne veut pas nous donner un ordre de puissance sur nous-mêmes mais un ordre d'autorité, comme le dit ce mot "autorité", qui nous fasse croître, grandir, passer du statut de l'esclave ou du petit enfant au statut de l'homme libre.

Frères et sœurs, je trouve en plus que ce passage d'évangile est assez beau puisqu'il s'agit d'aller travailler à la vigne, c'est-à-dire de venir récolter le grain, pour pouvoir en faire de la boisson, du vin. C'est ce qui se passe dans le cœur de ce fils : il va effectivement récolter cet ordre qu'il ne veut pas suivre, il va comme le moudre par sa propre réflexion, par sa propre métanoïa pour en faire ensuite du jus, du vin. Que nous puissions nous aussi comme cet enfant, recevoir cette parole de Dieu que nous n'aimons pas toujours, recevoir les paroles libres que Dieu nous donne et que nous n'aimons pas suivre, pour pouvoir les presser au pressoir de notre conscience, de notre liberté pour en faire le vin du royaume éternel.

 

 

AMEN

 

 
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