AU FIL DES HOMELIES

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DE LA PRÉDICATION PROPHÉTIQUE A LA RÉALISATION MESSIANIQUE

Is 30, 19-26 ; Mt 11, 12-19

Mercredi de la deuxième semaine de l'Avent – B

(10 décembre 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, cette page d'évangile qui nous parle du mystère et du rôle de Jean-Baptiste n'est pas extrêmement facile à comprendre. Tout d'abord, Jésus dit que depuis les jours de Jean-Baptiste, jusqu'au moment où il parle, le Royaume des cieux a souffert de violence et que des violents s'en sont emparés. Que signifie cette phrase que pour s'emparer du Royaume des cieux, il faut faire violence ? La phrase qui suit voudrait être une explication : "en effet, tous les prophètes ainsi que la Loi ont mené les prophéties jusqu'à Jean". Jean apparaît donc comme celui qui clôture le temps des prophéties, ce temps de l'annonce, de la tension du cœur vers le salut qui vient. C'est peut-être cela la violence dont parle la phrase précédente. La prédication des prophètes est une prédication qui décape, qui dépouille, qui arrache pour tourner le regard uniquement vers le salut qui vient, vers le Messie qui est annoncé. Cette violence par laquelle on s'approche du Royaume, c'est sans doute la violence de ces oracles prophétiques qui vous demandent un renoncement radical pour se tourner de façon unique vers le Messie qui vient.

La phrase suivante continue à parler de Jean : "Ce Jean, si vous voulez m'en croire, il est cet Élie qui doit revenir". En effet, l'interprétation de ces oracles prophétiques avait donné lieu dans la piété d'Israël, à cette conviction que l'achèvement de ce temps de la prophétie serait marqué par un retour d'Élie, considéré comme le plus grand des prophètes, en tout cas, le premier dans la série prophétique. Jésus est en train de dire que cette croyance populaire a un retour d'Élie, d'une certaine manière s'accomplit en Jean-Baptiste. Si historiquement, Élie est le premier et le plus grand des prophètes, Jésus va nous dire que Jean-Baptiste, lui est plus grand encore. Non seulement il accomplit la mission prophétique qui est celle de préparer le chemin du Seigneur, mais encore, nous dira Jésus, il est le plus grand parmi les enfants des femmes.

Voilà donc que Jean-Baptiste est présenté par Jésus comme celui qui résume en lui toute la prédication prophétique, toute cette préparation des cœurs que Jean-Baptiste d'ailleurs a résumé dans ce geste du baptême, un baptême de pénitence, un baptême de conversion, un baptême de renversement du cœur, un baptême qui manifeste que Dieu va juger et que seuls, ceux qui auront préparé leur cœur à ce jugement de Dieu seront sauvés. C'est la prédication de Jean-Baptiste, certes, violente, exigeante, qui fait le chemin au Messie qui vient.

Mais le Messie ne vient pas exactement comme Jean-Baptiste l'avait annoncé. Nous entendions hier le passage dans lequel Jean-Baptiste de sa prison, envoie des messagers vers Jésus pour lui demander s'il est vraiment le Messie. Jean qui a prêché la venue d'un Messie justicier, qui va faire la lumière en séparant les bons et les méchants, Jean est dérouté, parce que Jésus est un Messie de douceur, de pardon et de miséricorde. Ce n'est pas ainsi qu'il l'avait annoncé, ce n'est pas ainsi non plus que les prophètes, avant Jean-Baptiste avaient annoncé la venue du Messie. Il y a donc une sorte de dépassement de la prédication prophétique par la réalité messianique de Jésus. Jésus nous montre que le Messie vient pour exalter la vertu, la justice, et pour condamner le péché, mais cette condamnation du péché n'est pas sans appel, elle est une porte ouverte au pardon et à la miséricorde. Dieu est prêt à pardonner au pécheur s'il accepte de retourner son cœur vers lui.

La conversion dont parlait Jean-Baptiste, le Messie la fait sienne, mais c'est une conversion qui aboutit au pardon et à la vie et non pas au jugement. Telle est la façon dont Jésus se situe par rapport à Jean-Baptiste. Quand Jean lui demande : "Es-tu vraiment le Messie ?" Il lui donne des signes : les aveugles qui voient, les sourds qui entendent, les morts qui ressuscitent, ce sont des signes de bonheur et de joie de la part de Dieu et non pas des signes de pénitence ou de jugement comme Jean-Baptiste l'avait dit.

Ceci nous explique la dernière partie de l'évangile de ce jour. La génération qui entoure Jésus, il la compare à des gamins sur les places qui s'interpellent les uns les autres, et qui disent : "Nous avons joué de la flûte et vous n'avez pas dansé, nous avons chanté des chants de deuil et vous n'avez pas pleuré". Autrement dit, vous ne savez pas répondre à la sollicitation que nous vous adressons. Si nous vous adressons un message de joie, vous trouvez qu'il est inadéquat, et si nous vous adressons un message de pénitence, vous ne vous y soumettez pas davantage. Jésus va reprendre la différence entre Jean-Baptiste, l'annonce prophétique qu'il a proclamé et la venue du Messie : "Jean lui, est venu en prêchant le jeûne et la pénitence, ne mangeant ni ne buvant". Jean-Baptiste invitait les foules à faire pénitence pour pouvoir s'approcher de Dieu, mais Jésus ajoute : vous n'avez pas voulu le suivre. Quand le Fils de l'Homme vient, lui, annonçant la joie et le bonheur, le Fils de l'Homme vient mangeant et buvant, là aussi, vous ne voulez pas comprendre. Vous interprétez cette joie messianique comme une ivresse et une gloutonnerie. Plus précisément encore, vous reprochez à Jésus d'être l'ami des pécheurs et des publicains puisqu'il vient prêcher le pardon.

Je crois que de ces phrases un peu difficiles, il faut comprendre que le temps de l'Avent dans lequel nous sommes est le passage de cette prédication prophétique qui a manifesté aux hommes leurs péchés, leurs fautes et qui les a menacés d'un jugement, le passage à la réalisation inattendue de l'ère messianique. Ce temps part bien de la reconnaissance du péché, de la conscience de nos fautes, non pas pour aboutir à un jugement qui nous condamne, mais pour aboutir à un salut qui nous donne le pardon et le bonheur.

 

AMEN

 

 

 

 
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