AU FIL DES HOMELIES

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ÉLIE EST DÉJÀ REVENU

Ba 4, 21-29 ; Mt 17, 10-13

Mercredi de la deuxième semaine d'Avent – A

(11 décembre 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Élie est déjà revenu

F

rères et sœurs, le prophète Élie dont il est question dans la répartie de Jésus et la question des disciples, était pratiquement le seul personnage biblique de l'époque historique (il a vécu vers les années 750 avant Jésus-Christ), dont on racontait qu'il avait été emporté au ciel. C'est l'origine de toutes ces traditions sur les "assomptions". Cela se retrouve également dans le livre d'Énoch, ce personnage de la préhistoire biblique, avant Noé et Élie avait été le premier qui avait été emporté au ciel. C'est le thème iconographique magnifique d'Élie emporté sur un char de feu, pris par Dieu en présence d'Élisée qui devient son successeur puisque le manteau d'Élie tombe sur ses épaules. C'est un récit clé dans l'Ancien Testament pour plusieurs raisons, d'une part, il y a le problème de la succession, recevoir le manteau, c'est l'imposition des mains, c'est ce qui deviendra plus tard la transmission de l'épiscopat. Elisée sera donc investi du pouvoir d'Élie, mais ce qui nous intéresse aujourd'hui, c'est qu'Élie est emporté au ciel.

A partir de ce moment-là il a un sort absolument singulier et qui est lié, sans que ce soit tout à fait explicité, à l'affirmation de la résurrection des morts. Etre emporté au ciel pour les juifs de l'époque, il est évident qu'on est emporté au ciel dans son corps, c'est un peu la même chose que l'Assomption de la Vierge Marie, c'est l'idée d'une sorte de reprise de tout notre être pour entrer dans la contemplation divine. C'est pour cela que les carmes ont fait très tôt de saint Élie leur référence, parce que c'était le sommet de la contemplation. C'était mieux que Moïse, parce que Moïse a contemplé le Seigneur, mais il ne l'avait vu que de dos, et il n'a pas été emporté. Élie a un passé mystique assez lourd.

Dans cette perspective il y a deux manières de concevoir cet enlèvement. Nous avons plutôt tendance à relire l'enlèvement d'Élie dans le ciel comme une sorte de signe anticipé de la résurrection. Mais à l'époque de Jésus, il y avait une autre interprétation qui avait cours dans un certain nombre de milieux traditionnels qui ne croyaient pas à la résurrection, c'était comme si Élie avait été mis en réserve. On considérait que si Élie avait été emporté ce n'était pas pour aller au ciel et nous quitter définitivement, mais en fait pour revenir. Tout le problème qui était une question fréquente à l'époque où l'on pensait que le personnage d'Élie devait revenir pratiquement avec des fonctions messianiques. Quand on parlait d'Élie on parlait de celui qui avait été mis de côté par Dieu mais pour revenir. C'est la question posée à Jésus : "Es-tu celui qui doit revenir ?" La manière dont Jésus va répondre est assez extraordinaire, il répond en deux temps. Il dit bien qu'Élie doit revenir, mais il se reprend et dit qu'Élie est déjà revenu. Jésus se détache de la figure d'Élie, il ne sera pas emporté au ciel comme lui. L'enlèvement du Christ au tombeau ne sera pas sur le module d'Élie. Élie avait été emporté pour lui, le Christ sera emporté pour nous. Et ensuite, Jésus ajoute : "en fait, Élie est déjà revenu". La réponse est assez subtile : il est revenu comme un nouvel Élie, ce que la croyance populaire dit qu'Élie doit revenir pour accomplir des fonctions messianiques, il y a quelque chose de vrai, mais c'est comme cela que Jean-Baptiste l'a vécu.

Le contexte de ce dialogue est généralement placé après la transfiguration. La transfiguration de Jésus fait penser aux disciples à la question de l'enlèvement d'Élie, et Jésus précise qu'il y a quelque chose du rôle et de la fonction d'Élie, mais il ne faut pas tout mélanger. Ce qui va arriver à Jésus par la résurrection ne sera pas comparable à ce qui est arrivé à Élie. Élie n'a pas une fonction de sauveur, tandis que Jésus emporté au ciel et ressuscité c'est pour sauver l'humanité. Élie qui doit revenir a quelque chose de vrai dans la tradition populaire juive, car au moins au point de vue de la fonction, de la préparation des temps messianiques, Jean-Baptiste a joué ce rôle-là.

De loin à deux mille ans de distance, cela nous paraît un peu des subtilités de discussions rabbiniques. En réalité, à l'époque, c'est la manière dont Jésus par petites touches a essayé de baliser la foi des premières communautés dans la résurrection. Avec beaucoup de délicatesse et de diplomatie, Jésus a essayé de faire qu'à travers les traditions populaires et les manières d'envisager l'avenir de l'humanité, les disciples comprennent que c'est lui qui crée cet avenir de l'humanité et que les références au passé peuvent rendre service pour parler de la préparation de la venue du Messie, mais sans identifier le Messie à un Élie qui reviendrait.

 

AMEN

 

 

 

 
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