AU FIL DES HOMELIES

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ESPÉRANCE DANS LA NUIT

Ba 4, 21-37

(12 décembre 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

S

i on imaginait un court instant comment Dieu peut voir le monde, image peut-être un peu naïve, en tout cas suggestive, on peut dire que Dieu verrait d'abord la nuit. La nuit de nos péchés, des tribulations de ce monde, du chaos, il entendrait le bruit du sang des innocents, il entendrait l'injustice, il entendrait le pauvre et l'orphelin qui crient. La première impression que Dieu aurait de ce monde, c'est celle d'un monde perdu. Et pourtant dans ce monde, dans le ciel, brillent ça et là des étoiles qu'Il a allumées Lui-même. La première c'était dans le cœur d'Abraham, lorsqu'Il lui demanda, sans autre explication, de le suivre. Puis vinrent toute une nuée de patriarches, d'hommes dont la Bible n'a pas retenu les noms, et qui ont servi de relais à l'espérance ou au dessein de Dieu.

       Ainsi, dans ce ciel noir de la nuit du monde, se sont allumées ça et là des lumières qui tiennent, des lumières de foi, des lumières d'espérance, des lumières d'amour aussi, ceux qui ont vécu ce que Dieu voulait dans le cœur de l'homme. Et ils commencent à désépaissir ce ciel noir, à faire qu'au fond de l'horizon, une lueur commence à poindre. Et après les patriarches, après les rois, viennent ceux qui vont non seulement s'éclairer (et qui s'appellent les prophètes) mais aussi à cause d'une expérience particulière de Dieu seront brûlants de la transmettre aux autres. Ils voudront à leur tour, comme s'ils se mettaient à la place de Dieu, allumer l'espérance, allumer l'espérance dans le cœur d'Israël qui s'en va désespéré.

       Le texte que nous venons d'entendre et qui est du prophète Baruch se situe après l'exil. Il demande à Israël de continuer à crier vers son Dieu : "Une joie m'est venue du Saint, le Saint, le Fort d'Israël, car avec tristesse et pleurs je vous ai vus partir, mais Dieu vous rendra à moi pour toujours, dans la joie et dans la jubilation."

       Le prophète est celui qui devient le relais, celui qui garde en lui, comme un trésor inouï, cette espérance qui, malgré les apparences, pourra un jour se dévoiler, se développer. Le prophète est celui qui garde au fond de lui l'espérance et qui sert de chaîne à l'ensemble des espoirs qui vont finalement tisser le projet de Dieu. Ainsi, d'étoile en étoile et de cœur en cœur, Dieu tisse un chemin. Et ce chemin ira jusqu'à Jean-Baptiste qui continuera, comme les prophètes, à crier et à vouloir rallumer le cœur de l'homme.

       Alors, dans ce temps de l'Avent, il nous est demandé de suivre le chemin d'Abraham, de Moïse, des rois, des prophètes et de Jean-Baptiste, et d'être, à notre tour, ce relais où l'espérance de Dieu va pouvoir passer, ce lieu du cœur où notre désir sera tel qu'il traversera, qu'il renversera le mal ou les tribulations que Dieu avait commencé à entendre en regardant ce monde. Car, de fait, l'espérance que Dieu peut mettre en notre cœur dépasse infiniment celle que nous pourrions avoir par nous-même. Car nous avons en nous l'espérance d'un monde entier pour son salut et non pas seulement l'espérance pour notre salut. Nous sommes le relais, nous sommes les relais nécessaires, et les différents éléments de cette chaîne pour porter au salut le monde entier. Et si nous venons à manquer à être ces relais, l'espérance s'en trouve comme diminuée, l'espérance s'en trouve comme assombrie, et la lumière brille moins fort dans cette nuit où nous attendons celle du Sauveur qui va briller comme une étoile, une étoile définitive et qui s'appelle l'aurore.

       AMEN


 

 
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