AU FIL DES HOMELIES

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REGARDE VERS L'ORIENT !

Ba 4, 30-37

(13 décembre 1986)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

et oracle de Baruch s'adresse à Jérusalem. Par son prophète, Dieu dit à cette ville : "Regarde vers l'Orient ! Vois la joie qui te vient de Dieu ! Ils reviennent les fils que tu as vus partir ! Ils reviennent rassemblés du Levant au Couchant, sur l'ordre du Saint, jubilant de la gloire de Dieu."  Ces paroles font allusion à la déportation à Babylone de la presque totalité du peuple juif qui avait laissé Jérusalem vide, délaissée, abandonnée. Jérusalem, la ville de l'amour de Dieu, la ville que Dieu aime comme son Épouse, était restée sans ses enfants et le prophète lui annonce qu'à l'Orient, du côté du soleil levant, arrive comme une lointaine et immense caravane : ce sont ses enfants qui reviennent d'exil, qui lui sont rendus.

       Si pendant le temps de l'Avent nous lisons ce texte de Baruch, c'est parce que l'Église est la Jérusalem nouvelle et que, dans ce temps de l'Avent, nous ne pensons pas seulement au premier avènement du Christ : "Celui qu'ont attendu les patriarches et les prophètes" mais aussi à ce second avènement, celui que nous attendons encore, celui que l'Église attend. L'Église attend la venue du Christ. Elle attend que pointe, comme l'Aurore, la lumière du Christ Jésus : "Regarde vers l'Orient ! Vois la joie qui te vient de Dieu !"

       La joie qui nous vient de Dieu, c'est le Christ. Nous attendons dans notre cœur que cette exultation, cette jubilation vienne en nous, le Christ nous apportant la gloire de Dieu c'est-à-dire le bonheur de Dieu, la lumière, l'accomplissement de toute chose en Dieu. Plus précisément le prophète nous dit : "Vois la joie qui te vient de Dieu : ils reviennent les fils que tu as vus partir. Ils reviennent rassemblés du Levant au Couchant." Cette joie que le Christ doit apporter à l'Église, cette joie que le Christ nous promet, cette joie que nous attendons, qui frémit déjà dans notre cœur et qui tourne notre regard vers l'Orient, c'est que reviennent tous les enfants de la Jérusalem nouvelle, tous les enfants de l'Église. "Ils reviennent rassemblés du Levant au Couchant." Par la suite ce même oracle nous dira : "Ils étaient partis, ils t'avaient quittée à pied, escortés par les ennemis. Mais Dieu te les ramène portés glorieusement comme sur un trône royal." Ces enfants de l'Église qui avaient été emportés, c'est nous tous, ce sont tous les pécheurs que le diable, les puissances du mal ont entraînés vers leur chute, vers leur perte, vers cet éloignement de Dieu que symbolise l'exil à Babylone. Nous sommes tous en quelque sorte des exilés, exilés loin du cœur de Dieu, exilés loin de son amour.

       Le péché, le mal qui agit en nous, la tentation, la puissance des ténèbres, tout cela nous écarte de Dieu, nous met en quelque sorte en dehors de notre maison, en dehors de notre demeure, de notre ville, de notre famille, en dehors de cette Jérusalem, de cette Église qui est le lieu où Dieu veut nous rassembler dans son amour. Nous avons été exilés, nous sommes comme en exil mais le Christ veut nous rassembler. Il veut nous rendre à l'Église notre mère. Il veut que nous soyons "du Levant au Couchant" tous réunis pour connaître la joie de Dieu, pour quitter ce péché. Le prophète dira encore à Jérusalem : "Quitte ta robe de tristesse et de misère ! Quitte ton deuil ! Revêts pour toujours la beauté de la gloire de Dieu ! Mets sur ta tête le diadème de l'Eternel ! Car Il veut montrer ta splendeur partout sous le ciel !"

        C'est cela que nous attendons. Nous attendons que soient guéries les plaies de notre mère l'Église. Nous attendons que soient pansées les blessures du peuple de Dieu. Il faut que l'Épouse du Christ, il faut que la Bien-Aimée de Dieu puisse de nouveau lui être présentée resplendissante de beauté et de gloire. Et pour cela il faut que nous qui sommes tout à la fois les enfants de l'Église et les membres du corps du Christ, il faut que nous soyons guéris de notre péché. Il faut que la lumière de Dieu puisse encore envahir totalement notre être et nous transfigurer. Il faut donc que nous nous prêtions à ce rappel que Dieu nous adresse, à ce rassemblement que Dieu veut faire de nous tous et de tous nos frères. C'est là l'œuvre de l'Église, c'est ce rassemblement de tous les hommes, c'est cette annonce apportée à tous les hommes qu'ils sont sauvés, c'est arracher les hommes, un par un, a la puissance des ténèbres, du mal et du péché. Il faut que nous soyons tout à la fois ceux qui se prêtent à ce rachat, que nous nous laissions convertir, que nous nous laissions arracher au mal et au péché, et en même temps ceux qui arrachent leurs frères à ce mal et à ce péché, car nous sommes aussi les instruments de cette gloire de Dieu, de ce salut, et c'est à travers nous que Dieu veut sauver tout son peuple.

       Qu'en ce temps de l'Avent nous nous sentions gonflés par cette émotion qui est dans le cœur de Jérusalem, devant cette joie de Dieu qui vient vers elle, devant cette grâce de Dieu qui surabonde. Que nous soyons gonflés aussi par ce désir de voir Dieu et que tous les hommes voient et connaissent la joie de Dieu et que tous acceptent d'être rassemblés en un seul peuple, d'être arrachés à leurs ténèbres et à leur péché.

       AMEN

 

 
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