AU FIL DES HOMELIES

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LE NOUVEL ÉLIE

Jr 33, 14-16 ; Mt 21, 23-27

Samedi de la deuxième semaine d'Avent

(12 décembre 1981)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

V

 

oici encore une page d'évangile qui, en ce temps de l'Avent, nous ramène à la personne de Jean-Baptiste, mais cette page est particulièrement énigmatique. Tout d'abord le contexte de cette parole du Christ au sujet d'Élie. Le contexte immédiat, c'est la transfiguration. Jésus vient d'être transfiguré aux yeux de ses disciples et ils ont vu autour de Lui, apparaître dans la gloire, Élie et Moïse, comme le résumé et le symbole de tout cet Ancien Testament, de toute cette attente. Moïse, c'est-à-dire celui qui a donné la Loi et Élie le prophète par excellence. Contexte plus lointain, quand Jésus prononce cette parole, Jean non seulement a cessé son ministère, non seulement il a été emprisonné, mais il a été assassiné et décapité par Hérode.

Alors, que veut dire cette parole au sujet de Jean, le comparant à Élie ? Tout d'abord, il y avait effectivement parmi les rabbins, une légende, si l'on veut, en tout cas une parole mystérieuse qui n'est pas directement dans la Bible, sur le retour d'Élie pour préparer le chemin du Messie. Pourquoi pensait-on particulièrement à Élie pour revenir aux devants du Messie ? Parce que Élie, à la différence d'autres prophètes, n'était pas mort, ni même mort assassiné comme beaucoup d'autres prophètes que les juifs ont rejetés bien qu'ils viennent au nom de Dieu, souvenons-nous de Jérémie et de toutes les souffrances qu'il a subies, souvenons-nous de Zacharie et tant d'autres malmenés, maltraités, rejetés et finalement tués, Élie, lui a été emporté par Dieu. Vous vous souvenez certainement de ce passage où Élie, suivi par son disciple Élisée, traverse le Jourdain et il essaie de se débarrasser de la compagnie de son disciple pour être seul au moment où, comme il le pressent, Dieu viendra le chercher. Mais Élisée ne veut pas le quitter et, tout à coup, un char de feu, apparaît entre Élie et Élisée et le disciple voit son maître emporté dans ce char de feu jusqu'au ciel. Élie, donc, en quelque sorte n'est pas mort. Son ministère ne s'est jamais achevé puisqu'il a été pris par Dieu et d'une certaine façon sa présence demeure. C'est pour cela sans doute que les rabbins pensaient que Élie, gardé en quelque sorte en réserve auprès de Dieu, viendrait au-devant du Messie pour préparer son chemin.

Jésus prend appui sur cette tradition rabbinique pour expliquer quel a été le sens de la mission de Jean-Baptiste. Jean-Baptiste, c'est donc l'homme du feu puisque c'est le nouvel Élie. C'est que Jean-Baptiste est venu, en quelque sorte dans un char de feu pour préparer le chemin du Messie. Quel est le sens de ce feu ?

Le feu, c'est d'abord l'esprit prophétique. Le feu, c'est sorte de puissance de dynamisme divin qui, tout à coup, s'empare d'un homme et en fait un prophète. Car le prophète ce n'est pas celui qui annonce l'avenir, qui profère des énigmes à déchiffrer pour savoir comment se continuera l'histoire des hommes. Le prophète c'est celui qui est rempli par une sorte d'ivresse divine, par une présence de la grandeur, de la lumière de Dieu et qui témoigne, auprès des hommes, de cette présence brûlante de l'amour de Dieu. Si nous lisons tous les prophètes de l'Ancien Testament, ceux qui ont écrit comme Isaïe, Amos ou Osée, ou ceux qui n'ont pas écrit, comme Élie précisément mais dont la vie nous est racontée tout au long du livre des Rois, ces prophètes ont été comme une manifestation de cette présence brûlante de Dieu au milieu de son peuple. Un feu qui brûle, c'est-à-dire qui, à certains moments, calcine, fait mal parce que le prophète vient sinon pour condamner du moins pour faire apparaître au grand jour le péché des hommes et pour les appeler à la conversion, et pour les menacer de cette justice de Dieu qui viendra détruire en eux ce mal dans lequel ils se complaisent. Un feu qui purifie également, un feu qui est aussi le feu de l'ardent amour de Dieu. Car c'est toujours au nom de l'amour de Dieu que les prophètes morigènent les peuples auxquels ils sont envoyés, car c'est cette sainteté parfaite de l'amour de Dieu qui veut purifier son peuple pour le faire entrer avec Lui dans son bonheur, dans sa joie, dans sa lumière, dans sa pureté, dans sa sainteté. Jean-Baptiste est le nouvel Élie parce qu'il est le prophète par excellence, le plus grand des prophètes, le dernier des prophètes, celui en qui toute cette tradition du feu dévorant de Dieu vient s'accomplir.

Il y a une deuxième signification à ce char de feu. Si Élie a été emporté auprès de Dieu, dans le char de feu, et si Jean-Baptiste, en quelque sorte, est le retour de ce char de feu sur la terre, c'est que Jean-Baptiste vient accomplir la mort d'Élie. Cet Élie qui n'a pas été, à la différence des autres prophètes, torturé, assassiné, cet Élie qui a été emporté, mis en réserve par Dieu pour les derniers temps, Jean-Baptiste va, dans sa propre chair, achever sa course, achever la course d'Élie, accomplir son ministère et l'accomplir jusqu'à la mort. Car quand Jean-Baptiste donne son sang, c'est en quelque sorte le sang de tous les prophètes, c'est le sang de tous ceux qui ont été envoyés par Dieu pour appeler son peuple, c'est ce sang qui est répandu en même temps que celui de Jean. Jean-Baptiste accomplit cette mission prophétique dans le sacrifice, dans l'oblation dans le don de soi-même. Quand Jean-Baptiste a donné sa vie, pour le Christ, il ne reste plus qu'un seul acte à faire : c'est que le Christ Lui-même donne sa propre vie.

Et alors que le sang des prophètes avait été répandu en condamnation pour le peuple, car l'assassinat des prophètes et l'assassinat de Jean-Baptiste, scellent le péché des hommes, scellent le péché, car ils sont la manifestation de cette haine envers Dieu qui est dans le cœur des hommes, de ce refus de l'amour de Dieu. La mort de Jean-Baptiste met le comble à ce refus de Dieu, quand Jésus donnera sa vie c'est pour réconcilier les hommes avec Dieu, c'est pour que cette haine des hommes envers Dieu s'achève dans la réconciliation, dans le pardon. Jésus meurt pour les péché des hommes et non pas pour condamner les hommes pécheurs, mais au contraire pour leur pardonner, prenant sur Lui le poids de leurs fautes.

Ainsi la mort de Jean-Baptiste est tout à la fois, le prélude de la mort du Christ et en même temps elle en est un petit peu l'antithèse puisque cette mort de Jean-Baptiste met le comble au péché des hommes, ouvre la porte à la mort du Christ par laquelle le péché des hommes sera pardonné et effacé.

Frères et sœurs, pendant ce temps de l'Avent, nous vivons jour après jour avec Jean-Baptiste. Que le feu dévorant de Dieu qui a habité tous les prophètes, qui a habité Élie et Jean-Baptiste, que ce feu dévorant qui a fini par dévorer les prophètes eux-mêmes puisqu'ils sont allés, et Jean-Baptiste parmi eux jusqu'à la mort, à cause de cet amour de Dieu, de cet amour jaloux, que ce feu nous soit donné. Que nous aussi, nous soyons parmi nos frères les hommes, les témoins qui prophétisent de cet amour dévorant.

 

AMEN

 
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