AU FIL DES HOMELIES

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DIEU NOUS SURPREND !

Ba 4, 21-29; Mt 21, 23-27

Samedi de la deuxième semaine de l'Avent – C

(11 décembre 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

e baptême de Jean, d'où venait-il, du ciel ou des hommes ?" Frères et sœurs, je voudrais vous dire simplement ce matin une chose qui me paraît très importante, car je crois que c'est une des clés de toute vie chrétienne et malheureusement c'est une réalité que nous oublions tout le temps, bien qu'elle soit fondamentale pour la conduite de notre vie.

Ce secret, c'est ceci : c'est que Dieu n'a jamais fini de nous surprendre. Déjà dans notre propre vie, si nous y regardons d'un peu près, nous nous apercevons qu'avec nos tentatives incessantes de mettre de l'ordre dans nos propres affaires civiles ou religieuses, en réalité, c'est sans cesse contrecarré par des choses que nous considérons comme venant de l'extérieur, mais pour la plupart nous devrions bien faire attention de voir qu'il s'agit d'une certaine intervention de Dieu, comme pour dérouter nos plans et plus profondément, pour nous surprendre.

Dans toute aventure véritable, dans tout amour véritable il y a toujours cette part de surgissement, d'inédit, de quelque chose d'inattendu qui fait que ce n'est pas simplement pour rompre la monotonie des jours, mais qui fait qu'à chaque moment, chaque chose, chaque événement retrouve sa force, sa fraîcheur et sa beauté. Et je crois que si c'est vrai du monde dans lequel nous vivons et qui n'est qu'un reflet, qu'une image de Dieu et du mystère de son amour, c'est encore infiniment plus vrai du mystère de Dieu Lui-même et c'est pour cela, c'est la seule raison pour laquelle l'éternité ne sera pas ennuyeuse. C'est que quand nous serons auprès de Dieu, ce sera sans cesse surprise sur surprise. L'infini de Dieu n'aura jamais fini de nous surprendre. Et c'est précisément ce qu'essayait de nous faire comprendre tout à l'heure, ou plutôt ce que le prophète Baruch essayait de faire comprendre à son peuple.

En réalité, il leur disait : "J'ai à vous annoncer une joie qui nous vient du Saint, c'est-à-dire de Dieu, c'est que je tressaille, je suis ému, bouleversé par ce qui vient de sa miséricorde." Or il n'y a rien de moins évident qu'au moment où Israël est en captivité que de recevoir la promesse et la prophétie que ce peuple va revenir de captivité. Précisément, ce qui fait que les israélites, lorsqu'ils revenaient de Babylone à Jérusalem, qu'ils étaient dans la joie, qu'ils étaient fous de joie et que leur bouche était pleine de rires, ce n'était pas seulement à cause de la liberté dont ils jouissaient à nouveau, mais c'était à cause du fait que le Seigneur avait fait de grandes choses, que le Seigneur les avait surpris, eux tous les premiers et tellement surpris que les païens autour qui ne croyaient pas en la puissance de ce Dieu étaient eux-mêmes surpris à leur tour.

Ce qui est éblouissant dans toute vie spirituelle, dans toute recherche authentique de Dieu, ce sont ces moments de surprise dans lesquels, tout à coup, comme Jacob on dit : "Dieu était là et je ne le savais pas !" Et c'est exactement la même chose que reproche Jésus à ces autorités du Temple qui viennent lui poser des questions.

Ce qui surprend ou plus exactement ce qui fait le drame de l'attitude religieuse des grands prêtres au temple, c'est que le Dieu vivant ne doit pas comporter de surprise. Quand quelqu'un parle au Temple, il ne faut pas que l'enseignement étonne les foules. Il ne faut absolument pas que ça surprenne. Il faut que ce soit comme on a toujours fait et qu'il n'y ait rien d'inattendu dans la Parole de Dieu. Il faut, au fond que tout ce flot d'amour que Dieu veut nous manifester en Jésus-Christ soit comme canalisé par une bonne orthodoxie bien tranquille qui ne dérange pas les choses ni au plan humain, ni au plan spirituel. Et c'est pourquoi Jésus leur dit : "Au fond, pourquoi vous me demandez par quelle autorité je fais cela ? Est-ce qu'il y a une autorité humaine de ce monde qui peut légitimer, d'une manière ou d'une autre ma Parole ? Est-ce que, si je viens du Père, nécessairement ça ne sortira absolument pas de vos habitudes ? Et regardez Jean. Est-ce que son baptême venait du ciel ou des hommes ?"

A ce moment-là, évidemment, comme la foule avait pressenti, à travers la force de la prédication de Jean qu'il y avait quelque chose de nouveau qui se préparait, qui commençait à germer, comme un petite lampe au milieu de l'obscurité et des ténèbres de sa vie, à ce moment-là les grands prêtres comprennent qu'il ne faut pas aller plus loin, que Jésus les renvoie à cette spontanéité de Dieu dans notre propre histoire du Salut.

C'est pourquoi, frères et sœurs il ne faut pas comprendre cette spontanéité comme faire n'importe quoi. C'est nous qui avons, la plupart du temps, une spontanéité débridée, qui ne sait pas où aller. C'est nous qui la plupart du temps avons une imagination qui est comme la folle du logis qui s'engage dans n'importe quelle direction. Mais Dieu Lui-même, l'imagination et la force de son amour ne peut être que sagesse. Cela nous paraît déconcertant et cela ne nous surprend que parce que c'est l'infini de Dieu qui vient tout prés de nous et qui s'approche de nous.

Et s'il y avait une chose à retenir de la vie de saint Daniel, ce côté extrêmement surprenant de sa vie comme de la vie de toute une tradition monastique en Orient qui sans cesse inventait de nouvelles formes aussi curieuses les unes que les autres d'exhibitionnisme religieux et monastique, je crois que la véritable raison, ce n'est pas de se singulariser. Ce n'est pas de ne pas vouloir faire comme les autres. Mais je crois que c'est à partir du moment où ils avaient perçu très fortement cette surprise, cette nouveauté du Royaume, cette irruption de la force et de l'amour de Dieu dans leur cœur qu'à ce moment-là, leur propre vie pouvait prendre des formes si paradoxales, si étranges.

Et bien, demandons à Dieu aujourd'hui par l'intercession de Baruch le prophète, par l'intercession des disciples de Jean et de Jean-Baptiste lui-même et aussi par l'intercession de saint Daniel et de tous ces moines qui ont marché sur ses traces, demandons au Seigneur de nous faire comprendre ce côté d'une sorte de fantaisie, de surprise permanente de l'intervention de Dieu dans notre vie spirituelle, pour que nous ayons cette espèce de disponibilité de cœur qui, au moment où le plus grand imprévu puisse se réaliser, et peut-être ce plus grand imprévu qu'est la mort, qu'à ce moment-là nous sachions accueillir cette merveilleuse surprise de Dieu au moment où il vient nous chercher dans son amour. Puisque, espérons-le nous n'en sommes pas encore là, que, au moins, au fil des jours, alors que, sans cesse, nous nous sentons contrariés, où nous nous sentons en difficulté par rapport à tous les désirs qui peuvent traverser notre cœur, tout ce que nous voudrions faire et que nous ne pouvons pas faire, à travers tout cela, ce soit le sourire de la fantaisie de Dieu qui fasse resplendir sur nous sa sainteté.

 

AMEN

 
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