AU FIL DES HOMELIES

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NOUS NE SAVONS PAS

Ba 4, 21-29 ; Mt 21, 23-27

Samedi de la deuxième semaine d'Avent – A

(10 décembre 1983)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

I

 

l est quelque peu étonnant que les docteurs de la Loi, que les théologiens de l'époque ne sachent plus leur catéchisme. "Nous ne savons pas" disent-ils à propos d'un évènement qui est très important pour l'histoire d'Israël et qui a été annoncé par les prophètes : le repentir, la conversion dans le fleuve et dans l'eau purifiante. Ces hommes de la Loi, en définitive, ne sont que des hommes de loi. Ils en ont oublié, ils en ont perdu l'esprit et ils ne savent plus ce qu'avait dit le prophète Baruch dans le texte que nous venons de lire tout à l'heure : "Mes enfants, supportez la colère qui de Dieu vous est venue."

Les grands prêtres ont été témoins de ce geste de colère de Jésus lorsqu'Il a vidé le Temple de tous les commerçants et de tous les brigands. Mais ces grands prêtres et ces pharisiens n'ont pas pris ce geste pour un geste d'autorité divine. Ils l'ont simplement compris comme le geste de quelqu'un qui voulait imposer son autorité contre la leur. Ils ont pris ce Jésus comme quelqu'un de puissant, quelqu'un qui avait prise auprès du peuple, quelqu'un à qui on obéissait et ils ont senti leur autorité vaciller. Ils avaient perdu le sens des gestes qui viennent de Dieu. Ils connaissaient la Loi et l'Écriture, mais il y avait un certain temps que, même s'ils la professaient de leurs lèvres, s'ils l'enseignaient, ils ne la vivaient plus et ne la comprenaient plus dans leur cœur.

Et c'est pour cela que de retour dans le Temple, Jésus se retrouve de nouveau en face d'eux, et ces grands prêtres veulent lui tendre un piège. Ils lui posent cette question :"De quelle autorité fais-tu ces gestes ?" Ces gestes, c'est celui de la purification du Temple. Et Jésus ne va pas répondre à ce niveau de l'autorité. Il va les renvoyer à la gestion de leur propre autorité de grands prêtres et de pharisiens : autorité religieuse de compréhension et d'interprétation de la Loi et des évènements qui se déroulent dans le peuple de Dieu. Alors, Il leur demande ce qu'ils pensent du baptême de Jean : "Est-ce qu'il vient du ciel ou est-ce qu'il vient des hommes ?" Et en principe, ils auraient dû répondre, s'ils avaient été des grands-prêtres spirituels et des théologiens orthodoxes, ils auraient dû répondre : "Il vient du ciel." En définitive, ils le savent bien que ce baptême vient du ciel, mais surtout ils ne veulent pas lui donner leur accord parce que cela les obligerait à se retrouver pécheur. Cela les obligerait à ne plus prendre leur autorité pour quelque chose de supérieur. Cela les obligerait à se reconnaître comme ayant besoin de la justice et du pardon, eux qui se sont érigés en juges du Royaume de Dieu, eux qui se sont mis comme étant supérieurs à ce Royaume de Dieu et qui, de ce fait s'en trouvent comme mis à l'extérieur, et ne peuvent plus le recevoir.

Ils savent aussi que s'ils répondent que ce baptême ne vient pas du ciel mais des hommes, ils vont encore perdre un peu plus d'autorité aux yeux de la foule puisque cette foule reconnaît Jean-Baptiste comme un homme qui vient de Dieu et son baptême comme étant du ciel. Ils répondent donc : "Nous ne savons pas d'où il vient !" Cette réponse signe leur ignorance, cette réponse signe leur orgueil, cette réponse signe que, eux-mêmes, en définitive se placent hors du Royaume puisqu'ils se font juges du Royaume avec des critères uniquement d'autorité terrestre ou de pouvoir sur les peuples. Alors Jésus leur répond que Lui non plus ne peut pas dire de quelle autorité il fait cela. De toute façon, même s'Il le leur avait dit, cette autorité ils ne pouvaient plus la recevoir. Leur cœur était fermé par la compréhension de leur propre autorité à eux, autorité humaine, autorité d'interprétation de la Loi et des évènements selon leurs propres critères personnels. Ces hommes se sont donc fermés à ce Royaume de Dieu puisqu'ils ont voulu le juger de par leur propre autorité humaine, et cette autorité humaine a fermé leur cœur à l'ouverture de l'autorité qui vient de Dieu.

Nous aussi, il nous arrive souvent de vouloir juger le Royaume de Dieu dans notre cœur ou dans le cœur des autres, de vouloir juger ce que Dieu fait ou ne fait pas. A ce moment-là, nous nous mettons en dehors du Royaume et dans une telle situation que nous ne pouvons plus avoir besoin de justification, de repentir, de consolation et de pardon puisque nous nous faisons nous-mêmes juges et le juge c'est celui qui n'a pas besoin d'être justifié.

Frères et sœurs, que ces quelques paroles de l'évangile, que cette eucharistie dans laquelle le Christ vient nous apporter la justification, la consolation, nous aide à ouvrir notre cœur à cette présence du Royaume de Dieu et à savoir que l'autorité du Christ n'est pas une autorité qui puisse être jugée ou estimée selon des critères humains, fussent-ils religieux, mais ne peut être reçue que parce qu'Il vient de Dieu et c'est parce qu'Il vient de Dieu, et de Dieu seul, qu'Il peut nous sauver aujourd'hui encore.

 

AMEN

 
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