AU FIL DES HOMELIES

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JE FAIS LES SIGNES QUE LE PÈRE M'A DONNÉ DE FAIRE

Nb 24, 2-7+15-17 ; Jn 5, 33-36

Samedi de la deuxième semaine d'Avent – B

(15 décembre 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

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out au long de cet Avent nous avons entendu les prophètes annoncer à Israël la venue du Messie. Et voici qu'au bord du Jourdain cette parole prophétique, avec les accents de Jérémie, d'Ezéchiel, d'Isaïe se refait entendre et le peuple qui était dans l'ignorance, le "peuple qui était dans les ténèbres", le peuple qui n'écoutait plus cette parole de Dieu parce qu'elle n'était plus annoncée en Palestine, ce peuple, tout d'un coup se réveille, et entendant parler Jean-Baptiste, un moment, se réjouit dans son cœur. Réjouissance annonciatrice d'une autre joie, comme la lampe de la nuit annonce une autre lumière.

Mais le drame des juifs, c'est qu'ils sont restés dans leur nuit, c'est qu'ils se sont arrêtés à la lampe, c'est qu'ils n'ont pas cru que cette parole prophétique s'accomplissait non pas en celui qui la prononçait, mais en Celui qu'il désignait lui-même comme "l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde." Et c'est pour cela que Jésus leur dit : "Vous avez eu raison de vous réjouir de Jean-Baptiste, mais vous auriez encore plus raison de vous réjouir de ma présence." Or sans cesse les juifs demandaient au Seigneur des signes, et Lui-même leur disait : "Si vous ne voyez pas de signes, vous ne croyez pas." Or le Christ a fait à leurs yeux des signes, et les signes auxquels Il fait référence dans cet évangile c'est d'abord celui de Cana où les apôtres ont commencé "à voir sa Gloire". Puis c'est le signe dont tous les juifs de Jérusalem ont été témoins : la purification du Temple, lorsqu'Il en a chassé les vendeurs et les changeurs pour dire que cette maison était avant tout la maison de prière, la maison de Dieu, signifiant que, si le Temple disparaissait un jour, ce serait son corps qui serait le temple nouveau. Mais les juifs n'ont pas retenu ce signe, ou plutôt ils l'ont retenu pour commencer à comploter sa perdition.

Puis il y a eu le signe de la guérison du serviteur du fonctionnaire royal, étranger qui envoie chercher Jésus pour qu'il guérisse le malade. Et les juifs seront témoins oculaires, en arrivant dans la maison du centurion romain que le serviteur est vraiment guéri, mais ils ne l'ont pas cru. Et encore un autre signe, dans la piscine de Bethesda à Jérusalem, près de l'entrée du Temple, lorsque Jésus guérit cet homme infirme depuis trente-huit ans, qui n'avait personne pour le plonger dans les eaux lorsque l'Ange du Seigneur venait les agiter. Le Seigneur Lui-même va le guérir, manifestant que c'est sa parole qui constitue les véritables eaux de la purification et qui annonce celles du baptême qui nous purifie et nous délivre de tout péché. Mais Jésus avait fait cet acte un jour du sabbat pour manifester que le Père et Lui travaillent chaque jour, à chaque heure pour le salut du monde, mais les juifs l'avaient accusé de violer le sabbat. Et Jésus en vient à leur dire : "Il y a plus grand que Jean. Je fais les signes que le Père m'a donné de faire" pour vous manifester que je suis vraiment Celui que la parole prophétique de Jean annonçait, mais vous ne voulez pas vous réjouir à ma présence.

C'est cela le drame de ces croyants, de ces juifs, de ces justes peut-être qui en sont restés à la parole prophétique, qui en sont restés à ce premier tressaillement d'allégresse et qui n'ont pas eu l'audace, qui n'ont pas eu le désir profond d'aller vers la source de la lumière et de la joie qui est le Christ Jésus.

Pour rapprocher cela du livre des Nombres dans l'oracle de Balaam et pour en faire une application à notre vie, je vous rappelle les deux premières phrases : "Oracle de l'homme au regard pénétrant. Il voit ce que le Seigneur fait voir et il obtient la réponse divine et ses yeux s'ouvrent." Aujourd'hui, dans notre vie personnelle, dans notre vie ecclésiale, le Christ continue d'accomplir les signes que le Père lui donne de faire pour manifester qu'il est son Envoyé. Et, vis-à-vis de ces signes nous sommes des aveugles, nous ne voyons pas ce que Dieu fait pour nous, et nous sommes comme les juifs, nous demandons des signes, nous voulons que Dieu réalise nos désirs, nous voulons que telle et telle chose s'accomplisse. Nous aimerions que nos espérances soient concrètes, que notre foi soit évidente, et cela nous ne l'obtenons jamais, tout simplement parce que ce que nous demandons, c'est une foi tournée vers nous-mêmes, alors que le Christ, secrètement mais réellement, accomplit en nous les véritables signes du Royaume. Et ceci c'est une évidence de la foi, mais comme elle ne rejoint pas, ni notre désir, ni notre raison, nous n'y croyons pas, et nous sommes comme ces juifs, nous en restons à une parole lointaine qui peut-être, nous réjouit un petit peu mais qui n'est sûrement pas l'allégresse profonde et définitive que le Christ veut nous donner.

Alors, je crois que c'est beaucoup plus souvent Noël qu'on le pense. C'est beaucoup plus souvent que nous le croyons que le Christ vient s'incarner dans notre vie, que son Royaume nous est donné, que le vin nouveau est transformé en son sang pour nous purifier. Mais voyons-nous vraiment sa Gloire à ce moment-là, comme les apôtres ? Est-ce que vraiment nous recommençons de croire en chaque eucharistie ? Oui, le Christ vient purifier notre vie comme Il a purifié le Temple, parce que notre cœur est encombré de commerces de toutes sortes, de changeurs de toutes sortes et de tout ce qui s'en suit. Notre vie n'est plus une maison de prière. Et le Christ Lui-même, par le sacrement de réconciliation vient redire : "Faites de votre vie, non pas une caverne de péché et de brigands, mais une demeure de prière". A ce moment-là, votre vie ne sera pas détruite par le mal, elle sera vraiment la demeure du Très-Haut. Le Christ vient, aujourd'hui encore, nous plonger incessamment dans les eaux du baptême parce que nous sommes paralysés, depuis au moins trente-huit ans, si ce n'est plus et guère moins quel que soit notre âge, c'est-à-dire nous sommes paralysés depuis toujours, parce que notre péché nous empêche d'ouvrir nos paupières pour voir son Royaume, d'ouvrir notre main pour manifester son Royaume aux autres. Et le Christ vient nous guérir de notre mort, comme Il l'a fait pour le serviteur de cet officier royal.

Que ces jours qui précèdent Noël soient une ouverture de notre cœur à la présence quotidienne de l'Incarnation dans notre vie. Que nous soyons vraiment, comme Balaam, des hommes au regard pénétrant. Nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir le regard pessimiste du monde que les journaux, que la radio, que tous les hommes portent sur notre humanité. Cela n'est pas un regard de foi. C'est un regard uniquement événementiel et journalistique et cela n'a guère d'intérêt. Notre regard est celui d'un homme au regard pénétrant : saisir, au plus profond, au-delà de la nuit, au-delà du mal, que nous sommes dans ce mouvement de l'Incarnation, que nous sommes dans ce mouvement de la Résurrection et que cela est vrai, et que cela est authentique et que c'est la seule vérité qui fasse que le monde tienne, malgré toutes ces ténèbres et tous ces péchés. Alors, nous verrons "ce que le Seigneur fait voir", car cet"homme au regard pénétrant voit ce que le Seigneur fait voir" et c'est cela qu'il nous-faut demander en ces jours : voir ce que le Seigneur veut nous faire voir. Alors, nous obtiendrons toutes les réponses divines que nous souhaitons et nos yeux s'ouvriront. Ils s'ouvriront comme ceux de Jean-Baptiste sur le Messie et nous pourrons, comme lui, comme l'Ami de l'Époux, nous réjouir de sa présence.

 

AMEN

 
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