AU FIL DES HOMELIES

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UNE PAROLE MENSONGÈRE

Nb 24, 2-7+15-17 ; Jn 5, 33-36

Samedi de la deuxième semaine d'Avent – A

(16 décembre 1989)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

et évangile nous parle de Jean-Baptiste prépa­rant la manifestation du Seigneur, quand Jé­sus déjoue le piège que lui posent les phari­siens en leur renvoyant question pour question et en manifestant leur mauvaise foi. Puis à la fin de ce pas­sage quand Jésus parlant de la prédication de Jean, rappelle que les prostitués, les pécheurs se sont convertis alors que les bien-pensants ne l'ont pas fait.

Ce qui est remarquable c'est la manière dont les pharisiens répondent à Jésus. Jésus leur demande : "D'où venait le baptême de Jean ? Était-il du ciel, était-il de la terre ?" Les pharisiens ne cherchent pas ce qu'ils croient, ce qu'ils pensent en vérité sur ce sujet Ils ne se demandent si cette prédication venait de Dieu ou n'était qu'un phénomène passager, une dé­mangeaison de la culture humaine. Ils ne se deman­dent pas quelle est la vérité qu'il faut répondre à la parole de Jésus. Ils se demandent quel intérêt ils ont dans leur réponse. S'ils disent du ciel, Jésus leur dira : "Alors vous auriez dû le suivre". S'ils disent des hommes, ils savent bien que la foule qui est pour Jean va les voir d'un mauvais œil.

Autrement dit, leur parole n'est pas une parole de vérité. C'est une parole d'opportunisme, c'est une parole qui n'est pas fondée sur le sens des mots, mais sur les conséquences indirectes qu'une prise de posi­tion peut avoir. C'est très exactement cela une parole mensongère. Une parole mensongère c'est une parole qui ne dit pas ce qu'elle a l'air de dire, mais qui dit autre chose, qui s'exprime pour d'autres raisons qui n'ont rien à voir avec le contenu de pensée apparent de ce que l'on dit.

Nous sommes souvent, peut-être de façon plus cachée, plus enveloppée, souvent tentés par ce mensonge qui est celui des pharisiens. Combien de fois nous arrive-t-il de dire des choses, non pas en fonction de ce que nous pensons vraiment, mais en fonction de ce que nous voulons faire penser aux au­tres, ou de que nous voulons que les autres croient que nous pensons ? Ou encore, de façon peut-être apparemment plus honorable et plus subtile mais tout aussi mensongère, en fonction de ce que nous croyons qui fera du bien à notre interlocuteur. Nous répondons non pas ce qui est vrai, mais ce qui est opportun, compte tenu de celui à qui nous parlons Et ainsi sou­vent il nous arrive, pour de bonnes ou de moins bon­nes intentions, de ne pas être vrais.

Le Christ veut la vérité, la vérité quoi qu'il en coûte, quelles que soient les conséquences de cette vérité. Non pas qu'il faille l'asséner aux autres. Toute vérité n'a de sens que si elle peut être comprise comme telle. Dire des vérités inaudibles, ce n'est pas dire la vérité, c'est se faire plaisir à soi-même. Mais dire la vérité de telle sorte que celui qui nous parle puisse entendre, recevoir cette vérité. Ce qui suppose donc peut-être préparation à la conversation, ce qui suppose qu'on ne dise pas des choses tout à trac mais que l'on amène l'interlocuteur à comprendre le sens de notre parole. Mais en tout cas, jamais ces simplifica­tions, ces paresses mentales, ces malhonnêtetés d'es­prit, ces manières de ne pas honorer notre interlocu­teur en lui faisant l'honneur de penser qu'il est capable de comprendre. Combien de fois nous manquons, de cette manière, à la vérité ! Jésus nous demande d'être vrais, c'est-à-dire que ce que nous sommes coïncide avec ce que nous disons et que ce que nous faisons soit semblable à ce que nous pensons.

Préparons-nous à Noël en recherchant cette vérité dans notre cœur pour que Jésus puisse venir en nous sans s'y trouver mal à l'aise.

 

AMEN

 

 

 
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