AU FIL DES HOMELIES

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LA LAMPE QUI BRÛLE ET QUI LUIT

Nb 24, 2-7+15-17 ; Jn 5, 33-36

Samedi de la deuxième semaine d l'Avent – B

(15 décembre 1990)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

J

ean était comme la lampe qui brûle et qui luit !" Le prophète est celui qui annonce, mais de façon obscure et lointaine, l'objet de la grâce de Dieu. Il en est une annonce très voilée comme ce lumignon dont on s'éclaire dans la nuit, en attendant l'aurore et le lever du jour. A voir cette bougie qui tremble et qui éclaire si parcimonieusement dans la chambre obs­cure, qui pourrait imaginer la lumière du soleil qui va ensuite envahir non seulement toute la chambre mais illuminer tout l'univers, qui va dans sa gloire faire rayonner toute chose d'une couleur et d'une splendeur nouvelle ? C'est bien la même lumière, mais quelle différence entre cette petite flamme vacillante et les rayons du soleil éclatant !

Il en va ainsi de l'annonce prophétique. Elle n'est qu'un avant-goût extrêmement succinct et pâle de la splendeur qu'elle est chargée d'annoncer et à laquelle elle veut préparer nos cœurs. C'est de la même manière que Balaam, du fond des âges, montait sur la montagne de Moab pour maudire Israël, et, pris par l'Esprit de Dieu, voyant les tentes d'Israël dé­ployées devant lui, apercevait comme dans le lointain : "Je vois, mais non pour maintenant. J'aperçois, mais non de près, un astre issu de Jacob!" Entre cette image d'un astre, d'une étoile et puis la présence de Dieu, de Dieu en personne sur la terre, quelle distance aussi ! quel éloignement ! le prophète aperçoit tout à fait à l'horizon un objet encore indistinct et qu'il est difficile de définir, mais il témoigne que quelque chose se lève, que quelque approche, que quelque chose s'inattendu se prépare.

Et le rôle propre du prophète c'est ainsi d'éveiller notre cœur à cette attente de l'inconnu, de ce que l'on ne peut pas encore imaginer. C'est un petit peu comme l'aveugle-né que Jésus a guéri et qui, du fond de sa cécité, était tendu vers une lumière dont il ne pouvait même pas imaginer la nature et l'existence. Il savait que la lumière existait mais il ne l'avait ja­mais vue, il ignorait ce qu'était cette lumière. Et son attente était à la fois une tension pleine d'espérance et une inconnaissance de cela même qu'il attendait. Et bien nous sommes tous un peu comme cet aveugle de naissance, nous sommes tous éveillés par les prophè­tes à un mystère qui nous échappe, qui est encore lointain, un mystère invisible qui est celui de la venue de Dieu. Je dis lointain et pourtant infiniment proche car Dieu est déjà là au fond de notre cœur et de notre vie, mais nous n'avons pas les moyens de le voir, de l'étreindre. Et son mystère, s'il nous enveloppe de toute part, nous laisse dans l'inconnaissance de ce qu'Il est. Alors nous pouvons être tentés de penser à autre chose, à nous occuper de choses bien concrètes, de ce que nous avons sous la main, de ce qui fait notre vie quotidienne, de ce qui est bien réel pour nous et puis de laisser un peu dans une demi-obscurité ce mystère qui nous échappe de toute façon. Pourtant c'est cela que les prophètes nous rappellent sans cesse. L'essentiel, c'est ce mystère qui nous happe, qui nous attire, qui nous appelle. L'essentiel c'est ce que nous ne savons pas encore et que nous ne connaissons pas, car marcher dans l'espérance et marcher vers l'aurore d'un jour dont nous n'avons pas encore l'expérience, vers une révélation qui sera d'autant plus admirable qu'elle dépasse tout ce que nous pouvons imaginer "ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qu'Il aime ".

Et quand nous pensons au mystère de Dieu tel que nous le connaîtrons après notre mort il faut que nous soyons à la fois dans cette humilité et dans le désir de nous approcher de plus en plus de ce mystère car nous ne savons pas encore qui est ce Dieu qui se révélera à nous. Une des images les plus convaincan­tes de ce mystère de la mort est celle de la naissance. Dans le sein de sa mère, l'enfant ne peut pas imaginer ce que sera le grand jour de sa naissance. Ses pou­mons se déchireront au contact de cet air qui va les envahir d'un seul coup et lui qui vivait dans la chaleur et la tendresse du sein maternel va être projeté dans ce monde brutal et violent et pourtant ce sera pour com­mencer une vie merveille use. Pour notre rencontre avec Dieu c'est un peu la même chose. Nous vivons dans un monde et nous n'imaginons pas ce que peut être la naissance à ce monde nouveau dans lequel nous serons projetés au moment de notre mort, à tra­vers un moment d'arrachement, de souffrance, mais nous devons croire que cela sera aussi beau et mer­veilleux par rapport à la vie que nous connaissons que cette vie est belle merveille use par rapport à ce que vivait l'enfant encore dans le sein maternel.

Laissons-nous attirer par cet inconnu qu'est le Dieu d'amour, qui nous prépare une vie de splendeur et qui nous l'annonce mystérieusement par ses pro­phètes afin d'y proportionner notre cœur.

 

 

AMEN

 

 
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