AU FIL DES HOMELIES

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LA PARABOLE DES DEUX FILS

Ba 4, 21-29 ; Mt 21, 28-32

Vendredi de la deuxième semaine d'Avent – B

(11 décembre 1993)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

J

e trouve que l'évangile que nous venons d'enten­dre est l'un des plus terribles de la tradition des paroles du Seigneur. Cette histoire des deux fils qui sont invités à travailler à la vigne. Il y a celui qui dit : "J'y vais" n'y va pas et celui qui dit : "Je n'y vais pas !" fini par y aller ressemble apparemment à de la sagesse populaire qui consiste à dire que ce n'est pas nécessairement le comportement extérieur qui compte le plus mais que c'est la disposition du cœur et le fait de se mettre effectivement au travail. Comme le dit la sagesse lyonnaise : "Le tout c'est pas d'y faire, c'est d'y penser, mais le difficile c'est pas d'y penser, c'est d'y faire". D'une certaine manière elle illustre assez exactement la parabole. Pourtant il y a quelque chose de plus terrible dans cette parabole. Les prédicateurs l'expliquent en disant que le fils qui dit : "J'y vais !" et n'y va pas, c'étaient précisément les moines et les religieux parce que effectivement, quand les moines font profession monastique, ils disent qu'ils vivent pour le Royaume, ils essaient de professer cette ap­partenance au Royaume et évidemment c'est là où c'est le plus criant parce que ceux qui en font profes­sion sont les plus exposés à la critique, sont les plus fragiles d'une manière car la moindre défaillance est équivalente à celle du fils de la vigne qui dit : "J'y vais" et n'y va pas. Et le Christ dit cette parole abso­lument terrible : "Les publicains et les prostituées arriveront avant vous dans le Royaume de Dieu." Je crois qu'il y a là quelque chose s'absolument vrai. C'est vrai que, d'une certaine manière, ce n'est pas notre vouloir, nos bonnes intentions qui nous sauve­ront, mais c'est le fait de se rendre compte simplement que, même si nous n'arrivons pas à mettre tout notre cœur, il y a finalement quelque chose qui emporte le morceau et qui est la grâce.

Au fond c'est cela que veut dire Jésus. Il ne suffit pas de vouloir assumer les projets de Dieu pour les réaliser. En réalité, même quand on a dit qu'on était d'accord, on se retrouve simplement avec ses bonnes paroles, avec ses grandes déclarations de prin­cipes et aucune énergie pour s'y mettre. Tandis que peut-être celui qui avait mieux mesuré qu'en réalité c'était très difficile de travailler à la vigne, qu'on n'en avait pas tellement envie, qui avait mieux mesuré les capacités du refus du cœur humain, de sa complicité avec le péché, finalement, au dernier moment, quand il s'agit véritablement de juger et de se dire : "Qu'est-ce que je fais ? J'y vais ou je n'y vais pas ?", à cause même de cette faiblesse et de ce sens de sa propre pauvreté, on se dit finalement : "J'y vais !"

Alors c'est un peu un programme pour notre vie et plus spécialement pour le temps de l'Avent. C'est vrai que notre relation à Dieu n'est vraiment pas faite de nos grandes déclarations, de nos grandes idées ou de nos grands projets, fussent-ils inspirés par Dieu. Mais si nous nous mettons à rechercher le Royaume c'est parce que, ayant mesuré notre pau­vreté, ayant dit d'une certaine manière : "Aller à la vigne, je n'en suis pas capable, je n'en ai pas envie, je suis trop complice avec des tas de choses qui sont en moi et qui s'y refusent." Que, au dernier moment, fi­nalement, on se laisse emporter par ce qu'on pourrait appeler "la pesanteur de la grâce".

Qu'en nous préparant à cette venue du Christ à Noël nous sachions de quel côté il faut miser. Non pas sur nous-même, mais sur cette force de la grâce de Dieu qui est vraiment capable de sauver les pé­cheurs, qui est capable de leur faire découvrir la puis­sance d'un amour dont ils ne sont pas capables. Et comme nous sommes tous pauvres et pécheurs devant Dieu, que nous soyons tous, même si de temps à autre nous disons que nous ne voulons pas aller à la vigne, que nous soyons tous ceux-là mêmes qui, au dernier moment, se laissent emporter par la séduction de l'amour de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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