AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA PETITE LUMIÈRE

Nb 24, 2-7+15-17 ; Jn 5, 33-36

Samedi de la deuxième semaine de l'Avent – A

(16 décembre 1995)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

J

ean était la lampe qui brûle et qui luit et vous avez voulu vous réjouir un instant à sa lumière". Frères et sœurs, nous vivons dans un monde étonnant. Nous vivons dans un monde de lumières artificielles. Depuis maintenant un siècle, grâce aux progrès du génie humain, il n'y a pas un endroit qui ne soit illuminé avec des projecteurs, avec des réverbères, avec des lumières extrêmement sophistiquées et même maintenant avec des rayons laser.

Nous voulons toujours vivre dans une sorte de pleine lumière et, nous avons intitulé notre raison, notre manière de penser, notre intelligence, nous l'avons appelée la "lumière". Il y a une époque où l'on faisait grand cas de la raison et on l'a appelé l'époque des "Lumières".

Cette espèce d'étourdissement de lumières ar­tificielles nous a fait oublier que nous vivions en fait une existence bien obscure. Et il faut à un certain moment que des drames, des difficultés comme la mort, nous ramènent, permettez-moi le mot, à cette évidence que la vie est quelque chose d'obscur. En fait, pourquoi existons-nous ? Que cherchons-nous dans l'existence ? Pourquoi mourrons-nous ? Honnê­tement croyants ou pas, nous n'y comprenons pas grand-chose. C'est bien difficile de comprendre exac­tement pourquoi nous vivons sur terre. Et donc, là où nous essayons de vivre toujours, si je puis dire, dans la lumière artificielle de nos raisonnements, de nos pensées, de nos justifications, de nos idées, en réalité comme le disait un philosophe "le cœur de la lumière est bien noir". Il y a une sorte d'obscurité profonde sur le sens de notre vie. Et c'est sans doute, quand on réalise cela, à quel point la vie peut avoir quelque chose d'obscur, de difficile et d'impénétrable, c'est à ce moment que l'on comprend peut-être la parole de l'évangile que nous avons entendue tout à l'heure.

Que dit Jésus ? Il dit aux juifs avec une sorte d'amitié profonde : Vous êtes allés voir Jean ! Qu'est-ce que vous êtes allés voir ? Une petite lumière. Quand vous êtes allés voir Jean-Baptiste, vous alliez auprès d'un homme. Et cet homme vous paraissait tellement fort, tellement puissant dans sa parole, dans sa démarche de conversion qu'il vous engageait à faire que cela vous apporte de la lumière et peut-être un peu de paix dans votre cœur. Et Jésus ajoute : C'était effectivement comme une petite lampe. Vous savez, ces lampes à huile que les anciens tenaient dans leurs mains pour se déplacer dans l'obscurité. Jésus ajoute : "Quand vous alliez voir cette lumière, c'était pour vous en réjouir et Il ajoute "une heure". C'est-à-dire cette lumière avait la fragilité de toutes les choses humaines. Elle éclairait quelque chose sur notre route et nous devrions avoir la même modestie avec tous les grands appareils d'éclairage électrique que nous avons aujourd'hui. Nous devrions savoir qu'en réalité entre humains nous ne tenons les uns les autres qu'une petite lumière pour nous éclairer et nous réjouir les uns les autres. Mais Jésus dit : En réalité Je n'ai pas besoin de cette lumière-là. Je n'ai pas be­soin de ce témoignage-là Moi parce que Moi Je suis la vraie lumière. Je viens du monde où tout est lumière et pas de lumières artificielles, ni de la lumière de la lampe à huile. Je viens du monde où tout est transpa­rence absolue de l'amour de mon Père pour Moi et de Moi pour mon Père et c'est ça mon éclairage. J'ap­porte cette lumière-là.

Voyez, frères et sœurs, à quel point cette pa­role de Jésus est encore actuelle aujourd'hui. Tous nous avons à être vraiment les uns pour les autres des "Jean-Baptiste" quand pèse sur nous cette obscurité de la vie, quand on n'y voit pas très bien. C'est vrai que souvent, il y a près de nous quelqu'un qui est comme "la petite lampe" très modeste, très humble et qui nous donne un tout petit peu de lumière. Et vous savez toute la reconnaissance que l'on peut avoir pour les amis, à ce moment-là, qui discrètement tiennent cette petite lumière toute fragile et toute vacillante mais c'est un moyen de nous raccrocher. C'est un moyen de tenir. C est un moyen de faire confiance. Mais il ne faudrait pas en rester là. Nous sommes vraiment tous les uns pour les autres des "Jean-Bap­tiste", mais il faut vraiment que nous entendions la parole de Jésus et, Jésus nous dit : Cette lumière-là c'est vrai, elle nous réjouit, elle est précieuse. Il ne la diminue pas. Il ne la dévalorise pas, mais Il dit : Moi j'ai le témoignage de mon Père. J'ai une lumière sans commune mesure. Et cette lumière, sans commune mesure, Je viens vous l'apporter. Alors c'est vrai qu'elle est si puissante, si forte, qu'elle en est aveu­glante. Et la plupart du temps notre foi nous la vivons un peu sur le mode de l'aveuglement. On a l'impres­sion qu'on n'y voit pas beaucoup et quelquefois même un peu moins. Cependant c'est ça, nos yeux doivent fonctionner aux deux régimes. De temps en temps la petite lampe à huile de Jean-Baptiste et de nos frères mais aussi, et toujours, ce regard et cette lumière aveuglante de la tendresse et de l'amour de Dieu pour nous.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public