AU FIL DES HOMELIES

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LA MARCHE DANS LA NUIT

Nb 24, 2-7+15-17 ; Jn 5, 33-36

Samedi de la deuxième semaine de l'Avent – A

(15 décembre 2001)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

J

e regarde autour de moi, je rencontre des per­sonnes, je suis prêtre je ne suis pas médecin, mais je vois des personnes qui ont de la diffi­culté à vivre cette période, ce moment qui nous sépare de Noël. Je vois toute une pathologie qui se déploie, de rhumes, de fatigue, cette envie irrépressible de rester au lit, je vois des personnes qui ont une réelle difficulté à aborder ce temps, avec cette échéance de Noël, cette échéance des fêtes, cette échéance de bon­heur. Je me dis que c'est quand même étrange. On devrait se préparer, s'habiller le cœur, on devrait avoir de la joie à se préparer à recevoir l'auteur de la vie, on devrait d'avance se réjouir, profiter en quelque sorte de cette fête de Noël, et beaucoup y vont à reculons, et beaucoup se disent : vivement que ce soit passé. C'est un peu terrible.

J'ai essayé de réfléchir, de voir pourquoi cet état que l'on distingue souvent, même en nous parfois, on est un peu saisi par ce temps-là entre la Toussaint et Noël. Il y a des raisons qui tiennent un peu à l'ar­chaïque, à ce qui ne dépend pas de nous, la lumière baisse, par exemple, le soleil se fait moins violent, on a l'impression que la nuit va avoir la victoire, on a l'impression que le dernier mot, c'est pour les ténèbres et que le jour ne va jamais s'arrêter de descendre. Cela terrifiait nos ancêtres, on a même offert des sacrifices humains, dans certains pays, au Mexique, pour que la lumière s'arrête ainsi de baisser. La lumière qui baisse, la chaleur qui se fait moins présente, le froid qui nous engourdit et nous envahit. Et puis cette es­pèce qui est en nous, et comme nos ancêtres, on se demande si on pourra faire la soudure, est-ce que ce qu'on a récolté l'été dernier dans la joie des moissons, est-ce que cela va tenir jusqu'au printemps ? Une sorte d'angoisse aussi de manquer ... Et une sorte d'angoisse de solitude, parce que l'hiver tend à nous replier sur nous-mêmes. L'été on sort, on profite du jour, mais l'hiver, on aurait envie de rester comme une mar­motte.

Face à ce constat, je crois que l'Église a toute une pédagogie, qui est la pédagogie même de l'Avent, une pédagogie du désir, de l'attente, de la Parole. Les deux textes d'aujourd'hui : Balaam, le prophète païen qui voit le salut, mais le voir de loin, peut-être pour rejoindre ceux qui se sentent loin du salut. Puis, Jean-Baptiste, qui est la lampe qui réchauffe et éclaire, ce compagnon de l'Epoux qui a permis d'attendre, puis la Vierge Marie qui est là aussi dans son attente. Tous les gestes simples de la liturgie, comme ces bougies qu'on allume, il y en a encore deux, comme pour nous dire qu'il faut continuer à avancer. Le jour baisse, mais le nombre de bougies augmente, peut-être pour nous dire qu'il faut attendre. Toute cette pédagogie qu'on développe avec les enfants, c'est très important, parce que eux aussi vivent cette chute de la lumière. Vous vous rappelez, ces petits calendriers qu'on avait quand on était enfant, on ouvrait une petite fenêtre chaque jour, comme pour nous dire : cela vient bien­tôt. Et le sapin, et la crèche, pour nous projeter, pour nous faire désirer, pour nous faire avancer malgré l'obscurité qui gagne, malgré le froid qui persiste, malgré cette solitude qui nous saisit parfois.

Profitons de ces deux semaines d'Avent pour être proche de nos frères, pour manifester une chaleur entre nous, pour manifester une proximité aussi. N'attendons pas la fin du mois de décembre pour en­voyer nos cartes de vœux. Il y a une façon d'être pro­ches les uns des autres pour que ceux qui ont le plus de mal sur leur chemin, ceux qui ont le plus de diffi­cultés à vivre cette période puissent aussi avancer à leur rythme.

 

 

AMEN

 

 
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