AU FIL DES HOMELIES

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LE PRINCIPE DE RÉALITÉ

Nb 24, 2-7+15-17

(15 décembre 2007)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Arles : Balaam

J

e lève les yeux vers les montagnes, d'où le secours me viendra-t-il ? Dans le passage d'évangile que nous venons d'entendre, il s'agit de voir les œuvres faites par Jésus, œuvres qui sont le témoignage. Et dans la première lecture, le récit du prophète Balaam, il raconte ce qu'il voit.

Il s'agit donc aujourd'hui de voir, de regarder, de contempler. Vous vous souvenez de l'histoire de Balaam, c'est une histoire assez sympathique. Les ennemis d'Israël veulent que Balaam maudissent Israël et que les ennemis soient vainqueurs. Après différents épisodes, je vous passe celui de l'ânesse, il y a cet oracle que nous avons entendu où justement Balaam au lieu de maudire, ou de bénir explicitement, il annonce ce qui vient: "Je le vois mais pas pour tout de suite". Et que voit-il ? Il voit à travers les images de l'époque ce sceptre de Jacob, cette étoile, ce rayonnement, il voit tout ce que le Seigneur promet de justice et de paix par celui qui impose ainsi son règne ce descendant de Jacob.

Ce passage me semble intéressant dans le propos qui pourrait être le nôtre de vouloir être des hommes sensés ou de ne pas prendre des vessies pour des lanternes, ou de ne pas se croire tout de suite mystique en pensant que nous avons des visions, ou encore pour ne pas vouloir regarder. La manière dont l'oracle de Balaam nous est raconté est un véritable processus de regard chrétien. D'abord, parce que dans cet oracle, Balaam lève les yeux et voit Israël et les tribus établies en camp. J'aimerais dire que lever les yeux et regarder, voir ce qui est, c'est fondamental pour le christianisme, cela s'appelle le principe de réalité. Nous ne pensons pas, nous ne rêvons pas un monde idéal. Nous ne pensons pas non plus une communauté idéale. Nous sommes appelés à lever les yeux et à regarder ce qui est. C'est le principe même de cette pensée qu'on appelle le thomisme, dire et voir, voir et dire ce qu'est la réalité. C'est toujours à partir de la réalité qu'alors peu se mettre en œuvre un vrai regard chrétien sur les événements, les situations comme d'ailleurs sur les personnes.

Que fait ensuite Balaam ? Il dit qu'il écoute la Parole de Dieu et qu'il dit ce qu'il voit de cette parole. Nous avons là un autre principe du regard chrétien, c'est que le regard du chrétien voit au-delà de la réalité. Mais il ne voit pas au-delà de la réalité en se disant : tout le monde est gentil et tout le monde ira au Paradis, c'est de l'illusion, en revanche, dans le dialogue avec Dieu, dans l'écoute de sa Parole, dans ce qu'on pourra dire d'une prière, il voit intérieurement, l'amitié que Dieu a pour lui. C'est le regard spirituel. Un regard qui nous fait saisir que face à la réalité contemplée, nous sommes ramenés à notre propre réalité et nous pouvons dégager du sens dans la relation entre l'un et l'autre, et ce sens nous est donné par Dieu lui-même qui est à l'origine des choses et de la relation.

A partir de là, Balaam est capable ensuite de dire : je vois, même si ce n'est pas pour tout de suite. Il peut dire maintenant sur Israël par cette claire vision de l'action de Dieu dans le monde, ayant lu comme dirait le Concile Vatican II, les signes des temps, il peut dégager la vocation d'Israël. Israël est appelé à être porteur du Messie, de la Bonne Nouvelle. Ce qu'Israël est, ce n'est pas simplement un ramassis de tribus organisées en camp, c'est le petit reste déjà, menacé par l'ennemi, appelé à comprendre et à saisir pour lui-même qu'Israël sera une nation pour porter la lumière aux autres nations. C'est de dégager le principe de vocation, l'appel, la signification de la réalité. C'est cela la prophétie. Elle ne consiste pas à avoir des visons que nous aurions eu directement d'une quelconque révélation divine, mais la prophétie c'est de pouvoir porter et faire vivre de cette parole entendue et de ce Dieu contemplé, ceux que nous côtoyons, les événements que nous vivons.

C'est ainsi que s'ouvre le vrai chemin de l'espérance. C'est ne plus se laisser enfermer dans la réalité, mais c'est ne pas non plus tomber dans l'illusion, c'est faire grandir son frère, c'est le rappeler à ce qu'il est aux yeux de Dieu, c'est lui ouvrir ainsi le chemin de la vie et de l'espérance.

Que ce temps de Noël qui est le temps par excellence où tous ces personnages nous aident, Balaam, l'œuvre de Dieu : vous êtes allés voir Jean-Baptiste, ou encore la vierge Marie elle-même qui ont fait face aux principes de réalité : tu seras la mère de Dieu : je le suis, et cela ouvre en recevant Dieu lui-même le chemin de l'enfantement de Dieu parmi nous et de sa présence. Que ce temps de l'Avent et tous ces témoins soient pour nous l'occasion de discerner, de regarder et de faire vivre de la présence de Dieu les hommes de notre temps.

 

AMEN


 

 

 
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