AU FIL DES HOMELIES

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LA JOIE DE DIEU

Ba 4, 30-37

(11 décembre 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

J

e voudrais poursuivre notre méditation sur ce libre de Baruch. Hier nous avons vu comment, pour le prophète, la prophétie n'était pas sa voix mais la voix de Jérusalem Nous sommes habitués à ce que le prophète parle au nom de Dieu et adresse à l'homme, pris dans son péché ou dans ses difficultés, une parole venant de Dieu. Mais hier, le prophète parlait au nom de Jérusalem dont les fils partaient captifs. Et sur son peuple accablé Jérusalem elle-même disait une parole de consolation. Elle proclamait qu'elle recevait de son Dieu une joie qui lui permettait, au cœur même de son déchirement maternel de voir ses enfants partir en captivité, qui lui permettait cependant de crier de joie car elle voyait déjà le Retour de ses fils en son sein.

        Dans la lecture d'aujourd'hui ce mystère continue. Et au lieu que Dieu s'adresse comme toujours aux hommes, Il s'adresse à Jérusalem, à cette mère du peuple qui est pourtant une cité dévastée, une cité vide, une cité en deuil : "Courage, Jérusalem ! Il te consolera "Celui qui t'a donné un nom" ! Malheur à ceux qui t'ont maltraitée et se sont réjouis de ta chute !" Hier, quand Jérusalem parlait au peuple, elle lui disait des paroles de joie. Aujourd'hui Dieu s'adresse à Jérusalem et Il constate sa souffrance, et c'est Dieu qui va donner une parole de joie à Jérusalem. Au moment où tous les fils de Jérusalem partaient captifs, c'était Jérusalem qui prononçait sur eux une sorte de bénédiction, une parole incroyable. Comment une mère, quand elle voit son enfant qui est perdu peut-elle dire qu'elle éprouve de la joie en son sein ? Aujourd'hui nous en avons d'une certaine manière l'explication. Au moment même où à son tour Jérusalem est brisée, déchirée par l'exil de ses enfants, c'est Dieu qui prononce sur elle une parole de joie. "Regarde vers l'Orient ! Vois la joie qui te vient de Dieu ! Voici, ils reviennent les fils que tu vis partir !"

        Cette prophétie est d'une beauté extraordinaire. Quand nous lisons : "Jérusalem regarde vers l'Orient " nous pensons : regarde vers le Soleil Levant, vers le Christ. Mais si on est à Jérusalem, à cette époque-là, "regarde vers l'Orient !" c'est plutôt : "Regarde vers Babylone !" c'est-à-dire là où sont captifs tes enfants. C'est-à-dire que pour Jérusalem Dieu reviendra en même temps que ses enfants. Pour Jérusalem, regarder vers l'Orient ce n'est pas seulement scruter la venue de Dieu, mais en même temps que Dieu vient, ses fils lui reviendront. C'est un nouvel aspect du mystère de l'Église. L'Église n'accueille pas d'abord Dieu pour le donner aux hommes, mais c'une certaine manière, l'Église accueille Dieu en même temps qu'elle accueille les hommes qui reviennent de captivité. Et c'est là sa consolation. Est-ce que Jérusalem pourrait se contenter d'être simplement restaurée dans l'intégrité de sa population ? A vues humaines, oui. Dans le plan de Dieu, non. Quand Jérusalem regarde vers l'Orient, elle accueille en même temps Dieu qui revient dans la gloire et Dieu qui lui redonne ses enfants. C'est pour cela que pour Jérusalem elle-même, le salut n'est pas de retrouver simplement sa population, mais de la retrouver telle que Dieu la lui redonne. Et c'est pour cela que le retour d'exil, c'est le chant du psaume 125 : "Nous étions fous de joie ! Grand est le Seigneur et ce qu'Il fit pour nous !" Grand est le Seigneur disaient les païens et ce qu'Il fit pour eux. Effectivement, ils sont fous de joie, ils sont fous de joie de Dieu.

        C'est encore le mystère de l'Église aujourd'hui. L'Église ne se réjouit pas simplement de ce que le nombre de ses fils augmente. C'est un motif de joie bien légitime. D'ailleurs à certains moments on ne l'a pas assez car on a plutôt l'impression qu'il y en a plus qui s'en vont que ceux qui rentrent. Mais la véritable joie de l'Église, c'est qu'en accueillant des fils, elle accueille encore plus le mystère de Dieu. Elle est comme une épouse qui, en même temps qu'elle devient féconde, accueille l'amour de son époux. C'est indissociable. A ce niveau-là, le mystère de Jérusalem est le mystère de la fécondité d'une épouse et d'une mère. En même temps qu'elle accueille son Dieu, en même temps qu'elle accueille la consolation de son Dieu, en même temps qu'elle accueille la tendresse de son Dieu, elle accueille la fécondité d'un peuple innombrable dont elle est la source et le sein maternel.

       Ceci doit renouveler notre regard de "veilleurs", notre regard de ceux qui attendent, de ceux qui veillent dans l'espérance de la venue de Dieu. Dieu ne vient jamais seul. Il vient toujours dans le "sacrement du frère." Dieu ne vient jamais seul. Il vient toujours sous les traits, dans le visage de celui qui cherche Dieu et qui vient frapper à la porte de l'Église pour recevoir le corps et le sang du Christ et la Parole de vérité.

        Donc notre attente, bien sûr que c'est l'attente de Dieu, mais c'est l'attente de Dieu tel qu'Il va se livrer à nous sous le visage d'un homme, l'enfant de Bethléem et ensuite sous le visage de tous nos frères. Le mystère de l'attente de Dieu c'est inséparablement le mystère de l'attente de l'homme, du Fils de l'Homme. Que dans ce cheminement que nous faisons petit à petit, pour entrer de plus en plus dans la joie de Noël, nous puissions découvrir à quel point la joie de Noël correspond à l'attente de Jérusalem car lorsque le Messie est donné au peuple d'Israël, c'est vraiment le Fils de Dieu qui lui est donné, mais sous les traits d'un enfant d'homme. C'est cela la grande consolation d'Israël. C'est l'Incarnation du Verbe, c'est l'Incarnation de Dieu. C'est que Dieu se livre dans et par l'homme, par l'humanité qu'Il a prise.

        Et c'est cela que nous avons encore à dire au monde d'aujourd'hui. Nous avons à tressaillir de cette joie, à avoir ce regard de l'Église qui, au moment même où comme Jérusalem elle se sent traversée par des crises et dévastée, connaît toujours cependant Celui qu'elle attend, le visage d'un Dieu qui se livrera toujours à travers un visage d'homme.

        AMEN

 

 
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