AU FIL DES HOMELIES

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JÉRUSALEM AIMÉE DE DIEU

Is 33,17-24

(10 décembre 1999)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

C

ontemple Sion, cité de nos fêtes que tes yeux voient Jérusalem, résidence sure, tente qu'on ne déplacera jamais, dont on n'arrachera jamais les piquets et dont les cordes ne seront jamais rompues." Cette prophétie d'Isaïe nous explique le plan de Dieu, nous sommes la demeure de Dieu, une tente, qui au lieu d'être égarée et ballottée par le vent du péché, est fixée et fondée dans l'amour de Dieu ? Dans ce temps d'Avent, demandons à Dieu qu'il renouvelle notre cœur pour que nous soyons vraiment la cité de la fête de Dieu.

       Vous avez remarqué, frères et sœurs que depuis le début de l'Avent, tout au long des offices, aussi bien l'Eucharistie que les Laudes, les Vêpres et les Vigiles, nous lisons et citons abondamment le prophète Isaïe. Mais, cette mention du prophète Isaïe nous paraît la plupart du temps un peu énigmatique, comme si c'étaient des petits morceaux choisis, épars qui arrivaient dans la liturgie et l'on a l'impression qu'on va comme puiser là un certain nombre de thèmes qui s'éclairent à partir du Nouveau Testament, à partir de la figure de Jésus-Christ. C'est ainsi que par exemple dès la communauté primitive, quand on a voulu expliquer la naissance virginale de Jésus, on a évidemment évoqué et cité et traduit, la prophétie de l'Emmanuel dans le même livre d'Isaïe : "Voici, la jeune fille enfantera, elle aura un fils qu'on appellera Emmanuel". Jeune fille en grec c'est le même mot que vierge, par conséquent les auteurs du Nouveau Testament y ont vu une prophétie avec une allusion directe à Jésus.

       Mais le point sur lequel je voudrais attirer votre attention ce matin, ce n'est pas tellement ce qu'on a fait d'Isaïe, que ce qu'Isaïe était et a représenté dans la conscience spirituelle et religieuse d'Israël. Je le dirai en un seul mot, que m'a inspiré le texte qu'on a entendu tout à l'heure : cette adresse à Jérusalem. Isaïe est pratiquement le premier prophète qui parle à Jérusalem comme à une femme, comme à une personne. Quand vous relisez toute la Loi, on n'en parle pas beaucoup ou quelques allusions, quand vous lisez les livres historiques qui sont généralement contemporains ou postérieurs à Isaïe, on parle de Jérusalem sans plus, et pour trouver les premiers textes qui parlent de Jérusalem comme d'une personne, il faut attendre le prophète Isaïe. Il vit à une époque, vers 740-720 à peu près, une époque où les israélites de Juda sont un royaume qui se tient, même le royaume du Nord, et c'est intéressant de voir que c'est la première fois que l'on parle de la capitale, de la ville, comme la cité de nos fêtes. Et dans plusieurs autres endroits, c'est la fille de Sion, autant de termes qui évoquent Jérusalem comme une personne. D'où cela vient-il ? D'une perception extrêmement forte et aiguë dans la conscience du prophète. Jérusalem est devenue pour ainsi dire un lieu fondamental de notre foi, d'abord la foi juive, puis la foi chrétienne. Isaïe est le premier qui comprend que si Dieu veut donner le salut, il va à la fois le donner collectivement, (à cette époque-là c'était surtout le salut accordé dans les guerres et donc c'était tout le peuple qui était sauvé), mais en même temps, personnellement, individuellement, singulièrement. Dieu ne donne pas son salut en bloc, il le donne personnellement de façon si personnelle à chacun que lorsqu'il le donne au groupe, il le donne au groupe personnalisé. Autrement dit, il n'y a pas de salut qui se distribuerait comme les tickets de métro. Il n'y a pas de salut qui serait une sorte de bon point identique pour tout le monde, et chacun a son ticket d'entrée pour la salle de cinéma. Le salut c'est la manière personnelle dont Dieu s'adresse à l'humanité, donc à Jérusalem, symbole de cette humanité, et à Jérusalem, symbole, signe de chacun d'entre nous.

       Ce fut sans doute un très grand progrès dans l'histoire religieuse du monde entier. Très souvent jusque-là, la conscience religieuse c'était de faire et d'accomplir un certain nombre de rites pour être en règle avec Dieu ou les dieux. Et d'une certaine manière la religion du Décalogue n'échappait pas à cette manière de voir. Si l'homme satisfaisait aux exigences du Décalogue, il pouvait se considérer en paix envers Dieu, si l'homme faisait les pèlerinages et s'il allait régulièrement offrir les sacrifices qui lui étaient demandés, il pouvait se considérer comme en paix vis-à-vis de Dieu. Le prophète Isaïe est un des premiers qui dit qu'en réalité lorsque nous sommes tous là, c'est pourquoi ? C'est parce que Dieu veut personnellement nous aimer singulièrement, et personnellement.

       Si aujourd'hui encore le prophète Isaïe, précisément au moment de l'attente de la venue du Christ est tellement lu, tellement médité, c'est pour nous faire renaître à cette dimension personnelle du salut de Dieu, aussi bien pour son peuple, son Église, pour chacune des communautés chrétiennes que nous formons, que pour chacun d'entre nous. Salut collectif et personnel sont absolument inséparables, et la plupart du temps, il faut que nous-mêmes il faut que nous fassions un véritable retournement, une conversion de notre cœur pour en découvrir la vérité à la fois pour nous, pour la communauté et pour son Église. Si nous avions davantage conscience que nos communautés comme telles sont quelqu'un, que l'Église est quelqu'un, alors on ne traiterait plus nos communautés ni l'Église comme spontanément on a tendance à les traiter.

       Que ce temps de l'Avent soit pour nous l'occasion de la redécouverte à la fois au plan collectif et à la fois au plan personnel, de l'adresse directe et personnelle de Dieu qui nous propose le salut, mais que ça ne se limite pas à nous, mais que nous comprenions que le mystère de l'Église et le mystère de la communauté que nous formons ici et partout ailleurs dans le monde c'est cette personne à qui Dieu adresse aujourd'hui encore son salut.

       AMEN

 

 
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