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LE RETOUR D'ÉLIE

Jr 33, 14-22 ; Mt 17, 10-13

Vendredi de la deuxième semaine d'Avent - A

(9 décembre 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

C

 

e tout petit passage de l'Écriture que nous venons d'entendre est sans doute un des passages qui piquent le plus notre curiosité, car à vrai dire, avec notre mentalité à nous, nous n'y comprenons pratiquement rien. Qu'est-ce que cette histoire d'Élie qui est parti, qui doit revenir, qui est identifié à Jean-Baptiste. Qu'est-ce que tout cela peut bien signifier ? Cela ne correspond pas du tout à nos catégories. Nous ne pensons pas en termes de réincarnation et cela nous surprend beaucoup. En réalité, il ne s'agit pas de réincarnation.

Il s'agit du départ d'Élie. Le livre des Rois nous raconte la mort d'Élie d'une manière tout à fait surprenante. Voilà qui va encore ajouter à notre étonnement. Élie est parti hors de la terre promise. Il a franchi le Jourdain. Il est allé dans les plaines de Moab, c'est-à-dire à l'étranger et là, sous les yeux de son successeur Élisée, il est parti dans un char de feu. C'est le char de feu qui a emporté Élie dans le ciel. Cela veut dire deux choses. D'une part qu'Élie n'a pas connu la mort de la même manière que les autres hommes d'Israël. Élie n'est pas tout à fait mort, dans la tradition d'Israël. C'est pour cela qu'il doit revenir. Etant donné qu'on n'a pas l'attestation de sa mort, qu'il a été emporté dans le char de feu, il est donc encore vivant. Et pourquoi n'est-il pas mort ? Et surtout pourquoi n'est-il pas mort en Israël ? C'est pour attester que l'histoire d'Israël n'était pas close, n'était pas fermée. Qu'avait fait Élie durant toute sa vie ? Il avait eu à combattre contre une incrédulité et une idolâtrie terrible en Israël, et apparemment, Élie avait perdu le combat. Israël, surtout le Royaume du Nord, était presque complètement, définitivement, en apparence, livré à l'idolâtrie, à la trahison et au péché. Or Élie ne meurt pas, il est emporté dans un char de feu pour témoigner que, malgré le péché d'Israël, malgré son infidélité, l'histoire reste ouverte. La possibilité d'accueillir le Sauveur reste entière malgré le péché. Et c'est cela que signifie le retour d'Élie. Elie revient, Élie doit revenir pour marque qu'Israël, malgré son péché, est bien le peuple qui doit accueillir le Sauveur et le salut qu'Il apporte.

Et c'est pourquoi le Christ dit : "Maintenant, Élie est revenu !" Pourquoi ? Parce que précisément, en la personne de Jean, c'est la mission d'Élie qui a été totalement et définitivement accomplie. "Il a préparé un peuple en tournant le cœur des pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères" pour accueillir le Seigneur. Il a préparé qui doit accueillir, en vérité, le Messie. Par sa prédication, Jean-Baptiste a achevé le travail que Élie, apparemment, n'avait pas pu faire. C'est pour cela qu'il est non pas la réincarnation d'Élie, mais qu'il est celui qui a accompli la mission prophétique qui avait été confiée à Élie, qui avait été continuée, dans la suite, par un certain nombre de prophètes, mais qui trouvait là, maintenant, son accomplissement. C'est pourquoi le Christ pouvait dire en vérité : "Élie est revenu". Mais de même qu'on l'a fait souffrir et qu'on l'a condamné à mort, de même le Fils de l'Homme sera, lui aussi, mis à mort et livré pour le péché.

Frères et sœurs, aujourd'hui, nous vivons un jour de pénitence et de jeûne et nous devons le vivre sous le compagnonnage, sous le patronage d'Élie et de Jean-Baptiste En effet, ce jeûne n'aurait aucun sens s'il n'était la préparation de notre cœur à accueillir, dans la paix et dans la joie, la lumière du Sauveur qui vient. C'est cela le sens du jeûne. C'est d'éveiller dans notre cœur, non seulement une faim d'aliments mais c'est éveiller en nous, laisser à vif notre faim et notre désir de Dieu. Voilà ce qui nous est proposé aujourd'hui. Qu'en ce temps de prière plus intense, qu'en ce temps de jeûne, nous sachions être le peuple que Élie et Jean-Baptiste doivent préparer pour la venue de leur Seigneur.

 

AMEN