AU FIL DES HOMELIES

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LES DEUX FILS

Ba 4, 21-29 ; Mt 21, 23-32

Vendredi de la deuxième semaine d'Avent – A

(12 décembre 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

ette parabole des deux enfants vise, bien sûr, ce peuple d'Israël pour illustrer sa culpabilité et son remords d'avoir rejeté, depuis des siè­cles, les envoyés de Dieu pour finir par rejeter le Fils de Dieu Lui-même.

Cette parabole peut s'appliquer aussi à nous bien sûr. Il n'y a, vous l'avez vu qu'une seule question, une unique question pour ces deux enfants : "Va, au­jourd'hui, travailler à la vigne !" Et il y a deux attitu­des différentes qui vont entraîner des conséquences différentes. Le premier dit : "Je ne veux pas !" puis, plus tard, sans rien dire, il y ira. Et le Père, un jour, trouvera son enfant à travailler dans la vigne malgré son apparente désobéissance. Et puis, il y a l'autre qui dit : "Bien sûr ! J'y vais tout de suite ! Compte sur moi!" et qui n'ira jamais. Et le Père trouvera, dans l'attitude de cet enfant la véritable désobéissance malgré l'apparente obéissance.

Ces deux enfants vivent en nous, en chacun d'entre nous. Il y a une part de nous-mêmes qui dit : "Seigneur ! Seigneur !" et qui ne fait pas la volonté du Père, comme le dira Jésus dans un autre passage de l'évangile. Et puis il y a toute une partie de nous qui n'ose même pas se tourner vers le Père, qui connaît très bien son péché, qui à la limite ne veut pas enten­dre ce que Dieu lui demande, tout en le sachant très bien, et qui pourtant dans son cœur, lentement, non pas forcément par remords mais par découverte de la véritable volonté et de l'amour du Père, cette partie de nous-mêmes va se transformer et, petit à petit, se mettre aux œuvres que le Père nous demande.

Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour re­connaître là notre vie quotidienne dans ses contradic­tions internes, dans ses oppositions, dans sa contra­diction permanente. Nous sommes des êtres divisés en nous-mêmes, continuellement écartelés. Et saint Paul, le grand saint Paul le dira lui-même : "Je ne fais pas ce que je veux, et ce que je veux, je ne le fais pas!" Nous sommes des êtres de péché. Nous sommes publicains et nous sommes aussi prostituées. En appa­rence, et dans une partie de nous, nous sommes vrai­ment pour Dieu, à fond pour Dieu, mais dans une tout autre partie, nous sommes à fond pour nous-mêmes.

Le Christ c'est le Royaume. Et cette partie la plus peccamineuse en nous, la plus réticente doit re­cevoir ce Royaume. Si les publicains et les prostituées arrivent au Royaume avant les autres, ce n'est pas uniquement parce qu'ils sont publicains et prostituées, bien sûr. C'est parce qu'ils savaient, au fond de leur cœur et de leur être, que seuls, ils n'entreraient jamais dans le Royaume, et qu'il fallait qu'ils puissent ac­cepter la volonté du Père et que la volonté du Père c'était tout simplement d'accueillir dans leur vie le message des prophètes et Celui que les prophètes annonçaient. Ils sont entrés dans le Royaume parce que, malgré et dans leur propre péché, ils ont laissé petit à petit le Royaume entrer en eux. Car le Royaume c'est comme une lumière dans une pièce tout à fait obscure. Si on ferme les volets, la lumière ne rentrera jamais et nous ne découvrirons jamais ce qu'il y a à l'intérieur de la pièce et nous pourrons nous imaginer que tout est en ordre, parfait et très beau. Lorsqu'on laisse entrer un rai de lumière, les choses apparaissent. Et plus elles apparaissent, plus on a en­vie de les découvrir, et plus la lumière entre, et tout se manifeste, le meilleur comme le pire.

Le Royaume de Dieu, le Christ Lui-même est à accueillir ainsi dans notre vie. Et les fenêtres qui peuvent faire entrer en nous sa lumière ce sont juste­ment ces contradictions, ces brisures, ces fêlures et ces péchés. Si nous restons corsetés dans nos cris, dans nos prières, dans nos "Seigneur ! Seigneur !", dans nos vertus ou nos illusions de vertu, jamais la grâce ne mouillera notre propre péché pour le purifier. Et le Christ, quand Il vient ainsi apporte le don pre­mier du salut c'est-à-dire la paix. La paix qui n'est pas cette espèce de coexistence pacifique de chacun avec soi-même en disant : "C'est comme ça, cela durera ! Tant pis, continuons !" mais la paix c'est cette pré­sence du Christ qui n'empêche pas les contradictions ou les blessures, mais qui fait qu'au cœur même de ces contradictions et de ces blessures il y a une consolation, il y a un tressaillement de joie, il y a une présence, et cette présence permet de porter toutes ces contradictions. Nous voulons, nous, les porter seul, et elles pèsent très lourd, mais vous le savez, un poids partagé, s'il garde la même lourdeur, est beaucoup moins lourd à porter quand on est deux. Et le Christ, Lui, vient tout prendre sur sa propre chair. Il vient porter le poids de nos péchés.

 

AMEN

 

 

 
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