AU FIL DES HOMELIES

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VIOLENCE POUR LE ROYAUME

Is 11, 10-16 ; Mt 11, 7-14

Vendredi de la deuxième semaine d'Avent – C

(9 décembre 1988)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

D

epuis Jean-Baptiste jusqu'à maintenant, ce sont des violents qui s'emparent du royaume des Cieux." Cette phrase est évidemment très énigmati­que. Pourtant Jésus en donne le commentaire immé­diatement après en disant : "En effet, toute la Loi et les prophètes ont mené leurs prophéties jusqu'à Jean." Que signifie cette violence ? Au fond c'est uniquement cette violence à cause de l'imminence du royaume de Dieu.

Il y a une sorte de violence dans l'histoire. L'histoire du monde, l'histoire des hommes est une attente. Et lorsque cette attente se fait plus imminente, lorsque la venue de Celui qu'on attendait se fait plus proche, il est compréhensible que l'humanité soit comme saisie d'un frémissement d'impatience et qu'à ce moment-la, le signe même de la prédication du royaume imminent, ce soit une certaine violence. Violence de l'appel à la conversion, violence de Jean-Baptiste qui invective ceux qui n'ont pas le sens de cette venue imminente du royaume de Dieu, violence de sa parole, violence qui va se déchaîner à travers tous les moments de la prédication de Jean-Baptiste et même après, jusqu'au moment où le Sauveur sera mis sur la croix.

Tout cela est marqué à la fois par l'impétuo­sité du désir de ceux qui attendent et par la résistance de ceux qui n'attendent plus rien. Et tout le mystère de ce temps de la venue du Sauveur est marqué précisé­ment par ce déchaînement de force et de violence, à la fois parce que le royaume est vraiment attendu et que des violents cherchent à s'en emparer, à tort ou à rai­son, et qu'en même temps il y a cette violence que subit le Fils de l'Homme.

Nous-mêmes, nous connaissons, au fond de notre cœur, tous ces remous, toutes ces allées et ve­nues, tous ces mouvements violents de notre cœur qui, parfois peuvent être de l'impatience pour le royaume et parfois aussi comme une sorte de décep­tion ou de blocage ou de barrage que nous établissons en nous-mêmes à cette venue du royaume de Dieu. Je dirais que, d'une certaine manière, nous sachions atti­ser cette vraie violence qui est la violence du désir et de l'attente, qui est la violence de ceux qui ont vrai­ment ce sens de la venue du royaume, qui peut-être, à certains moments, n'en peuvent plus d'attendre et qui cependant n'arrivent pas à désamorcer leur désir et leur attente.

Et s'il nous arrive, à certains moments, de connaître cette autre forme de violence qui peut être le désespoir, qui peut être la révolte, qui peut être l'incompréhension, qui peut même être parfois la haine, alors il nous reste toujours cette espérance que la venue du royaume, que la présence du royaume est plus forte que toutes les forces de mort qui peuvent se déchaîner en nous ou autour de nous, et que la seule manière dont cette violence-là peut être apaisée et calmée, c'est le mystère de Celui qui, mourant pour nous, nous a pardonné et nous a fait miséricorde.

 

AMEN

 

 

 
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