AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'APPEL À LA CONVERSION

Jr 33, 14-22 ; Mt 21, 23-32

Vendredi de la deuxième semaine de l'Avent – C

(15 décembre 2000)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, cette page d'évangile, comme la plupart de celles que nous lisons en ce temps de l'Avent, nous parle de Jean-Baptiste. Dans ce passage d'évangile, il y a deux parties. D'abord, une de ces mises à l'épreuve de Jésus, fréquentes dans l'évangile aux approches de la Passion, souvenez-vous du denier dû à César, de la femme adultère, de la question sur le plus grand commandement, ou celle sur la résurrection des morts.

Ici encore, les pharisiens veulent tendre un piège à Jésus, ils font allusion à son action rapportée quelques lignes plus haut, quand Jésus a chassé les vendeurs du Temple : "Par quelle autorité fais-tu cela ?" Et comme dans les autres situations analogues, Jésus va renvoyer la question aux pharisiens, et cette fois-ci l'argument que Jésus va utiliser est celui du baptême de Jean : "D'où venait le baptême de Jean ?", et les pharisiens n'oseront pas répondre de peur de se mettre à dos la foule, ou bien de reconnaître qu'ils n'ont pas cru à quelque chose qui venait du ciel.

Deuxième partie de l'évangile, une petite pa­rabole que Jésus enchaîne sur les deux fils que le père invite à aller à la vigne, l'un qui dit : "D'accord, j'y vais", et il n'y va pas, l'autre qui dit : "Non, je ne veux pas y aller", mais ensuite, pris de remords, il y va. Et tout à coup, tombe cette phrase étonnante : "En vérité, je vous le dis, les publicains, (c'est-à-dire, les petits gangsters) et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu". Et de nouveau, c'est l'allusion à Jean qui explique les paroles de Jésus : "Jean est venu prêcher la sainteté, vous n'avez pas cru en lui, vous qui vous disiez accomplir la volonté de Dieu, et les pécheurs, publicains et prostituées eux ont cru en lui et se sont convertis".

Jean apparaît donc ici comme envoyé par le ciel, par Dieu pour une mission de conversion, c'est bien la prédication même de Jean-Baptiste. Jésus éta­blit au moment où se dessine déjà sa Passion, à l'hori­zon, établit un rapport étroit entre ce ministère de conversion de Jean-Baptiste et sa propre destinée. De même que Jean-Baptiste est venu inviter au retourne­ment du cœur, de la même manière, Jésus va venir donner la grâce de la conversion et du pardon de la rédemption. De même que les justes ne se sont pas crus obligés de répondre à l'appel de Jean-Baptiste parce qu'ils se croyaient au-dessus de cette conver­sion, ils pensaient qu'elle n'était pas pour eux, les pé­cheurs, les prostituées, les publicains, eux qui d'abord dans un premier temps comme le fils aîné, avaient refusé par leur péché, la volonté de Dieu, se conver­tissent, pris de remords, ils vont à la vigne, ils accep­tent de prendre le chemin de la conversion et du Royaume.

Ce que Jésus va faire, c'est exactement ce qu'il dit à propos du ministère de Jean-Baptiste. Jésus n'a cessé de le rappeler tout au long de son enseigne­ment : "Il n'est pas venu pour appeler les justes, mais les pécheurs". Non pas que Dieu ne veuille pas sauver les justes, mais de fait, et cela ne vaut pas que pour les pharisiens et les grands-prêtres d'autrefois, cela peut valoir pour nous aussi, de fait, ceux qui se croient justes, n'éprouvent pas le besoin de détourner leur cœur et de se remettre en question et de découvrir qu'ils sont plus loin qu'ils ne le pensent, de Dieu, et qu'ils ont besoin eux aussi de pardon et de rédemp­tion. Jésus n'est pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, parce que les pécheurs savent par évidence qu'ils ne sont pas en règle avec Dieu et qu'ils ont donc besoin de son pardon, de sa miséricorde, de sa ten­dresse, de sa grâce, de son aide, que sans Lui, ils ne peuvent rien faire. C'était cela la prédication de Jean-Baptiste, c'est cela la réponse des hommes, d'une part les pécheurs qui s'ouvrent à cet appel au repentir, d'autre part, les pseudo-justes qui se croient exempts de la nécessité de retourner leur cœur, c'est cela donc que Jean-Baptiste a prêché, c'est de cette manière que les hommes se sont situés par rapport à lui, c'est en­core ce qui va se passer au pied de la croix. Il y aura le larron, il y aura Marie-Madeleine, il y aura tous ceux qui à l'évidence savent qu'ils n'ont pas par leurs propres forces le pouvoir d'accéder au Royaume de Dieu, et qui donc, s'ouvrent à cette croix du Christ qui les pardonne, et puis, il y a tous ceux qui croient qu'ils sont déjà dans la bonne voie, que leurs efforts, leur bonne volonté, leur observance suffisent à les sauver, et cela passe à côté de la prédication, donc de l'appel et de l'invitation de Dieu.

Frères et sœurs, ce temps de l'Avent est pour nous le temps de la conversion, du retournement du cœur, nous aussi nous devons découvrir même si nous avons parfois, à tort, l'impression d'être des justes, nous devons découvrir que nous avons besoin de par­don, de conversion, que nous avons besoin de trans­formation de notre être, car notre pauvre justice, pré­tendue, est bien piètre et médiocre au regard de la sainteté de Dieu. C'est seulement en découvrant nos manques et notre pauvreté, que nous pouvons nous ouvrir à l'appel, au message et à la grâce efficace de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public