AU FIL DES HOMELIES

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UNE PETITE LUMIÈRE BLEUE !

Ba 5, 1-9 ; Jn 12, 35-36

Vendredi de la deuxième semaine d'Avent – B

(13 décembre 2002)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

O

n est capable de faire des milliers de kilomè­tres pour trouver la chaleur et la lumière, on est capable de quitter le grand nord, la Hol­lande, l'Allemagne, pour venir profiter du premier rayon de soleil qui s'offre autour de la Méditerranée, et nous sommes nous-mêmes capables de traverser les océans entiers pour aller chercher cette lumière et ce soleil aux Antilles ou à la Réunion, comme le clame actuellement une publicité sur la radio.

C'est vrai que, hormis ce petit détail par rap­port à la chaleur et au soleil, il y a quelque chose de comparable dans notre vie de chrétien. On dit très souvent que la vie chrétienne n'est pas une vie stable, mais que nous sommes tout le temps en mouvement, en chemin, à la recherche de Dieu. Nous sommes aussi à la recherche de cette lumière pour qu'elle puise éclairer notre esprit et notre cœur. Nous nous voyons ainsi comme les héritiers des hébreux partant et tra­versant le désert à la suite de la petite lumière pour nous guider. C'est le premier pèlerinage, et c'est le plus facile que celui qui nous invite à partir physi­quement, du moins, on le pense mentalement, à la recherche de la lumière. On est capable de marcher, de marcher, de faire aussi comme la bien-aimée dans le Cantique, de tout quitter et de partir à la recherche de son bien-aimé, quitte à se faire tancer vertement par les gardes de la ville.

Souvent à ce niveau, justement, nous sommes pleins d'alan, et nous sommes capables de beaucoup de choses pour courir après cette petite lumière. Mais le véritable pèlerinage à la recherche de cette lumière n'est pas de découvrir que cette lumière est extérieure à nous, qu'elle est au-delà des océans, qu'elle réside dans un lieu particulier, à un moment particulier, dans un événement particulier de ma vie que sais-je encore, mais que cette lumière est fondamentalement et pro­fondément en nous. Le plus grand déracinement que nous avons à vivre, est de découvrir que cette lumière n'est pas extérieure à nous, mais qu'elle est en nous. Le pèlerinage à effectuer n'est pas tellement de vou­loir quitter et de partir, que plutôt de faire le ménage de notre cœur et d'accepter de voir ce qui nous en­toure avec une lumière nouvelle.

Depuis ma formation au séminaire, chaque fois que j'entends le mot "lumière", dans l'évangile ou ailleurs, je ne peux pas m'empêcher de penser à ce que me disait mon professeur de morale, qui prenait l'exemple qui peut faire sourire, du chauffe-eau pour parler de la lumière dans notre cœur. C'est très parlant et concret. Cette petite lumière est si discrète que par­fois, nous ne la voyons pas, elle est là, toute bleutée, faible et fine, on dirait qu'il suffirait de souffle dessus pour la voir disparaître et mourir, et elle n'attend qu'une chose, c'est d'être revigorée et ravivée. Et comme il le disait, la présence de Dieu dans notre cœur est semblable à cette toute petite flamme, qui attend d'être ravivée. Il ne tient qu'à nous de découvrir avec fascination et avec joie, que cette petite lumière n'est pas en-dehors de nous, au-delà, loin, mais au contraire, au cœur même de ce que nous sommes. C'est bien là le problème, elle est tellement au cœur de ce que nous sommes que nous ne la voyons pas, et nous sommes capables de passer plusieurs fois par jour devant le chauffe-eau sans ne plus faire attention à cette petite flamme qui pourtant est celle qui va nous réchauffer et qui va faire chauffer l'eau aussi.

Cette petite flamme elle est dans notre cœur, elle n'attend que d'être rallumée. Pour être rallumée, il faut se laisser toucher par sa présence, de la manière aussi simple que la bien-aimée a été touchée par la présence et la venu de son bien-aimé. Le secret pour permettre à cette petite lumière de se laisser raviver, ce n'est peut-être pas tellement que de vouloir toujours partir, mais avant de partir, accepter de recevoir. Si la bien-aimée s'est mise en route, si elle est sortie de sa chambre, c'est tout simplement parce qu'elle avait accepté de se laisser toucher par son bien-aimé. Et elle est partie pour découvrir sa cachette, quand elle l'a attrapé, elle n'a plus voulu le quitter ni le lâcher.

Je crois que notre pèlerinage, en ce jour de la sainte Lucie, est ce même pèlerinage, beaucoup plus douloureux, plus difficile, puisqu'il nous est demandé de rester, d'être dans l'attente, d'être éveillés. C'est vrai que c'est plus difficile de rester éveillé sans bou­ger plutôt que de partir, cela avive les sens, et les muscles. En ce jour où nous célébrons sainte Lucie, vierge et martyre, qu'à son exemple nous sachions être en attente de notre Dieu, Lui qui est tout au fond de notre cœur, afin que nous le laissions revivre en nous-mêmes et qu'ainsi nous découvrions que cette lumière n'est pas extérieur à nous mais en nous, et que c'est cette lumière qui ravivera le monde et tous ceux qui nous entourent.

 

 

AMEN

 

 
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