AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'ÉGLISE EST DÉPOSITAIRE DE LA PROMESSE

Ba 4, 5-12 + 16-20 ; Mt 17, 10-13

Vendredi de la deuxième semaine de l'Avent – A

(10 décembre 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le Mont Sion

 

F

rères et sœurs, je ne sais pas si vous avez remarqué dans la très belle prophétie de Baruch une chose tout à fait nouvelle dans la littérature de la Bible. En effet, dans le monde ancien, il arrivait que les prophètes parlent au nom de Dieu, c'était leur travail et c'est pourquoi ils commençaient chacun des oracles par "Parole du Seigneur". Cela voulait dire, ce n'est pas moi qui le dit mais c'est le Seigneur qui le dit à travers moi. Le métier de prophète était de délivrer un message de la part de Dieu pour signifier au peuple la colère, le mécontentement, l'espérance, le changement, la conversion, etc … tous les thèmes qui se retrouvent dans la littérature des prophètes.

Ici, le texte de Baruch présent une singularité, le prophète parle non seulement au nom du Seigneur. Tout au début il dit : "courage mon peuple, mémorial d'Israël, vous avez été vendus aux nations", c'est la parole de Dieu qui voit l'exilé. Mais tout à coup, le prophète parle au nom d'une autre réalité que Dieu et c'est assez rare dans la littérature prophétique, il parle au nom de Jérusalem qu'on appelle dans ce texte Sion, la petite colline sur laquelle reposait le temple de Dieu et autour de laquelle s'était bâtie la petite ville de Jérusalem, cinq à six mille habitants maximum. Et chose encore plus curieuse, il fait parler sinon une morte, au moins une veuve. Il fait parler Jérusalem qui a perdu ses enfants à cause de l'Exil.

Cette Jérusalem donc, se souvient de ce qu'elle avait fait pour son peuple. Elle se souvient qu'elle avait été la mère nourricière, qu'elle avait veillé sur ses enfants, et elle dit : "Je les avais nourris avec joie, avec pleurs et tristesse je les vis partir". Elle parle alors aux villes d'alentour : "Que nul ne se réjouisse sur moi", c'est-à-dire que les villes rivales qui sont autour et qui ne pensaient qu'à envahir le territoire du peuple hébreu, "qu'ils ne se réjouissent pas trop et qu'au moins, ils respectent ma peine et mon deuil". Evidemment elle explique elle-même sa souffrance : "Je subis la solitude pour les péchés de mes enfants car ils se sont détournés de la Loi de Dieu". Jusque-là on peut dire que le prophète parle de temps en temps au nom de Dieu, puis au nom de Jérusalem, cela peut s'imaginer.

Mais ce qui est très intéressant c'est deux choses. La première, c'est quand même une des premières fois qu'on lit un oracle prophétique qui distingue nettement la ville et le peuple. Si nous disons aujourd'hui : "la ville d'Aix-en-Provence", nous pensons d'abord aux cent trente-neuf mille habitants qui habitent cette ville. Nous identifions la ville et ses habitants, Aix-en-Provence, c'est nous. Ici, dans le texte, le prophète ne joue pas sur le même registre. Les enfants sont partis, les enfants sont exilés, Jérusalem est dépeuplée, mais elle reste Jérusalem. Elle a une entité si forte et si profonde qu'elle est capable de supporter le chagrin de l'exil de ses enfants.

A mon avis, c'est un des premiers très beau texte sur le mystère de l'Église. Aujourd'hui encore, pour X raisons, nous avons tendance à assimiler l'Église et nous : l'Église, c'est nous ! et de ne pas faire de distinction. Les seules distinctions que l'on fait parfois et qui ne sont pas très habiles, c'est de distinguer dans l'Église le peuple et l'institution, comme si un peuple pouvait vivre sans institution et qu'une institution pouvait vivre toute seule. Mais ici, Jérusalem n'est pas une institution, vous l'avez remarqué. Elle se considère comme la mère nourricière, celle qui porte le destin de ses enfants.

C'est exactement l'Église. Bien sûr on peut dire : nous sommes l'Église, mais en disant cela, nous nous prenons pour un peu plus que ce que nous sommes. L'Église n'est pas simplement le rassemblement de tous les chrétiens, mais elle est le principe même qui fait que tous ces chrétiens tiennent ensemble. De même ce qui fait l'identité d'une ville, ce n'est pas simplement sa population. Ce sont ses traditions, ses calissons, ses fontaines, son festival, tout cela c'est la ville d'Aix. Et le prophète essaie d'expliquer cela au peuple. Il leur dit : vous êtes exilés, vous êtes isolés, vous êtes partis sur les chemins dans tous les coins, apparemment vous n'avez plus d'unité, or, malgré cette dispersion et cet exil, Jérusalem reste là qui veille à votre unité.

Et c'est cela qui est magnifique, c'est que Jérusalem reste la possibilité même du retour d'exil. Même si toute la population a péché, désobéi à Dieu, elle reste Jérusalem. Autrement dit, le véritable interlocuteur de Dieu ce n'est pas uniquement le peuple, mais c'est le peuple lié à Jérusalem. De même que nous, quand nous nous prenons, nous, comme communauté ou comme communion, les interlocuteurs de Dieu, ce n'est pas suffisant. Ce qui nous constitue d'abord, c'est quelque chose qui est avant nous, c'est l'Église. Personne d'entre nous n'a inventé l'Église. Par contre, on peut dire que l'Église nous a inventés chacun et c'est ce qu'on chante d'ailleurs dans un autre psaume : "Sion (L'Église, Jérusalem), chacun lui dit mère car en elle chacun est né." Baruch fait entrevoir aux exilés la possibilité même de leur retour.

Il y a une deuxième chose sur laquelle je passe plus rapidement c'est que Baruch semble faire parler Jérusalem presqu'à la même hauteur que la promesse de Dieu. Dieu promet, il s'était fâché, il n'était pas content de ce qu'avait fait le peuple, mais Dieu promet quand même qu'il les ramènera. Il le promet, pas d'abord au peuple, mais à Jérusalem. Autrement dit, la promesse de Dieu va à l'Église. Et parce qu'elle va à l'Église, elle nous retombe dessus en pluie fine. Ce n'est pas la promesse de Dieu qui nous est donnée à chacun, comme son petit morceau de grâce, c'est la promesse de Dieu qui est donnée tout entière à l'Église et parce que nous sommes dans l'Église, nous en bénéficions. C'est une chose aujourd'hui que nous avons beaucoup de mal à comprendre et à accepter. Et pourtant, c'est fondamental. L'Église n'est pas simplement la collection des croyants, elle n'est pas simplement la somme des croyants. Elle est la somme des croyants, structurés, sauvés, mis en communion par l'amour de Dieu et l'Esprit Saint. C'est cela que fait entrevoir ici ce texte de Baruch, et c'était déjà quelque chose de similaire dans le peuple d'Israël.

Frères et sœurs, que ce temps de l'Avent où nous sommes en train de reprendre conscience que nous sommes en exil loin du Seigneur, que nous sachions où est la véritable promesse et le véritable fondement du retour d'exil, du retour au Christ. Ce fondement et cette promesse, c'est l'Église elle-même.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public