AU FIL DES HOMELIES

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UN JOUR, UNE VILLE, UN JARDIN, UN REPAS, UNE FETE

Vigiles du Premier dimanche de l'Avent

(27 novembre 1994)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Aix-La-Chapelle : Oiseaux de Paradis … 

C

e dernier jour vers lequel l'Église tourne nos regards aura une double face. Nous l'avons entendu dans les textes, ce sera le Jour du Jugement, ce sera la fin du monde, ce sera l'embrasement final de cet univers, ce sera un jour de colère et de détresse où toutes les choses parviendront à leur fin, à leur destruction, ce sera le jour de l'usure définitive de ce monde qui, peu à peu, se détruit lui-même par le péché, ce sera le jour où se révéleront tous les secrets des cœurs, ou toute méchanceté et tout péché sera mis à nu. Et puis ce jour ce sera aussi ce jour merveilleux dont nous parle le prophète Zacharie, ce jour qui n'aura pas de couchant, ce jour où, le soir, il fera clair, ce jour qui n'aura plus besoin de soleil car le Seigneur sera Lui-même son flambeau, ce jour bienheureux, ce jour ou les cieux "ruisselleront de douceur"comme nous le dit aussi l'Écriture.

       Ce jour que nous ne saurions pas imaginer et pour lequel la Bible ne cesse d'accumuler des images qui nous permettent sinon de comprendre du moins de pressentir, du moins de deviner ce que sera ce jour merveilleux, l'Écriture nous dit qu'il sera comme une ville, comme Jérusalem, la Jérusalem nouvelle qui descend du ciel, une ville c'est-à-dire le rassemblement d'un peuple, c'est-à-dire un lieu où tous sont rassemblés dans l'unité, ainsi que le chante le psaume 121. Une ville c'est-à-dire un peuple qui fait corps, un peuple qui ne fait plus qu'une seule unité rassemblée d'un seul cœur, d'une seule âme, comme il nous est dit de la première communauté de Jérusalem qui est l'ébauche de cette ville, cette ville éternelle, cette Jérusalem nouvelle.

        C'est une ville et c'est aussi un jardin, c'est le sens du mot paradis. Un jardin, un jardin de fraîcheur, de délices, un jardin irrigué par les eaux jaillissantes, ces eaux qui sont les eaux de l'Esprit Saint, ce fleuve de vie qui jaillit du trône de dieu et de l'Agneau, ce fleuve de vie qui irrigue ce jardin et qui donne aux arbres qui sont plantés sur ses rives de porter du fruit en abondance. Un jardin qui est le retour au premier paradis, qui est le ressourcement de l'homme et de toute la création dans le dessein originel de Dieu, qui est l'aboutissement de ce dessein d'amour qui a jailli du cœur de Dieu et par lequel le monde a été façonné, un jardin dans lequel l'homme sera placé pour le cultiver, pour lui faire porter du fruit, pour lui donner splendeur et beauté.

       Une ville, un jardin, ce sera aussi un temple. Un temple c'est-à-dire un sanctuaire, le lieu de toute sainteté, le lieu de la présence, la présence de Dieu. Non pas comme le temple de Jérusalem qui n'était qu'une image, qui n'était qu'un symbole, qui n'était qu'un avant-goût, mais le Temple véritable, le temple dans lequel les anges, les Trônes, les Dominations, les Séraphins au corps de flamme chanteront indéfiniment la louange de Dieu, cette liturgie céleste dont nous parle l'Apocalypse et qui retentira d'hymnes de joie et de louange sans fin.

        Ce sera aussi un repas. Un repas c'est-à-dire une communion, un partage. Un partage de l'essentiel c'est-à-dire de la nourriture par excellence qu'est la nourriture même de Dieu, qui est Dieu Lui-même se donnant en nourriture. Un repas qu'ébauche notre eucharistie, un repas où nous serons tous commensaux de Dieu, où nous vivrons dans une convivialité totale, où nous serons, comme Jean, penché sur la poitrine du Seigneur, où nous serons comme il est dit dans l'Apocalypse, celui qui entend Dieu qui frappe à la porte et qui lui ouvre pour que Dieu entre manger et souper prés de lui et lui prés de Dieu. Ce sera un repas d'intimité, un repas de face à face et en même temps un repas de fête, un repas somptueux, ce repas de viandes grasses et de vins clarifiés dont nous parle Isaïe, ce repas où sera retiré le voile du cœur. Et Dieu, dans cette fête, essuiera toute larme de nos yeux. C'est la suprême promesse qui nous est faite, toute souffrance, tout deuil, toute larme, tout cela disparaîtra dans cette fête et dans cette joie, la joie des premiers-nés convoqués dans cette Jérusalem nouvelle, dans le palais de Dieu.

       Ce sera donc un repas, une ville, un jardin, un temple, une fête de noces, les noces éternelles de l'Épouse et de l'Époux, ces noces que Jean-Baptiste annonçait. Nous serons tous l'Épouse, l'Épouse de Dieu, aimés infiniment, participant à l'intimité la plus profonde de la vie de Dieu et ne cessant de contempler son visage et ne cessant d'avancer dans cette contemplation du visage de Dieu. Car nous pourrons entrer dans le regard de ce visage toujours plus avant car ce mystère de Dieu est infini et n'a pas de terme. Nous n'aurons jamais fini d'entrer dans cette intimité de Dieu, dans cet amour qui est l'amour du père et du Fils auquel nous sommes invités et dont nous serons participants.

      Jour de fête, jour de noces, repas de noces, ville tout entière illuminée par ce repas de noces, ville dans laquelle nous serons tous rassemblés dans une unique louange, dans un unique chant d'action de grâces.

       C'est vers cela que nous marchons. Et nous y marchons pauvrement, humblement, nous y marchons en portant notre croix, nous y marchons dans la souffrance, dans la détresse, certains moments dans le péché. Mais, à travers le péché, à travers la souffrance, à travers la croix, Dieu nous conduit, Dieu nous prend par la main, Dieu nous appelle. Nous sommes appelés et c'est le temps maintenant, le temps du désir, le temps de l'attente, le temps dans lequel notre cœur doit être comme étreint par cette immense attente, cet immense désir, cette immense tension de tout nous-même vers cette promesse de Dieu, vers ce jour où Dieu nous attend, que Dieu nous a promis et que Dieu réalise déjà dans nos cœurs, qu'Il commence à ébaucher dans nos cœurs.

      Que ce premier dimanche de l'Avent soit ainsi pour nous le prélude, la préface, l'entrée, le commencement de ce jour sans fin et que nous sentions déjà dans notre cœur les prémices et les premiers tressaillements de cette joie qui ne finira pas.

 

        AMEN

 

 

 
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