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ATTENTE ET DÉSIR

Lc 21, 25-36

Vigiles du premier dimanche de l'Avent – B

(29 novembre 1987)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

'est donc à l'attente de Dieu que nous sommes invités en ce commencement de l'année litur­gique. Une attente qui devrait étreindre notre cœur d'un désir, d'un immense désir de rencontrer Celui qui désire infiniment cette rencontre. Il y a comme une aspiration et un appel venant de Dieu qui saisit, qui devrait saisir notre cœur, pour que nous n'ayons pas de cesse d'avoir rencontré enfin Celui qui, depuis si longtemps, nous cherche, veut être près de nous et nous prés de Lui. L'attente et le désir.

Pour ne pas nous tromper cependant sur la si­gnification de cette attente, il faut la rapprocher de cette autre image qui nous est proposée, celle de l'ir­ruption de Dieu dans notre vie, dans notre monde, dans l'univers. L'irruption de Dieu, car vient de nous dire l'évangile, "ce jour s'abattra sur nous comme un filet". Et les images d'apocalypse qui se multiplient, tant dans l'évangile que dans les prophètes, et que la liturgie nous propose en ce jour, ces images veulent nous manifester le caractère déroutant de cette venue de Dieu. Cela veut dire que, attendre le Seigneur ce n'est pas prévoir par avance la manière dont Il vien­dra. Il y aurait là une grave erreur de notre part, si nous voulions dessiner déjà les traits de la venue du Seigneur, si nous voulions prévoir exactement la ma­nière dont Il viendra, et vouloir qu'Il vienne de cette manière-là.

Le Seigneur viendra non seulement au mo­ment où nous ne l'attendons pas, mais de la manière dont nous ne l'attendons pas. Et pour que nous com­prenions ce que doit être cette attente du cœur aimant du chrétien, ce que doit être cette attente de l'Église vers la venue de son Époux, il faut que nous compre­nions qu'il s'agit d'attendre quelqu'un dont nous ne savons pas comment Il viendra. Nous ne savons pas de quelle façon Il nous saisira. Et tout ce que nous pouvons imaginer, tout ce que nous pouvons prévoir, tout ce que nous pouvons vouloir et souhaiter dans notre cœur, n'a probablement rien à voir avec la ma­nière dont le Seigneur viendra.

Et c'est là que nous devons approfondir notre amour et notre désir, pour que ce désir ne mesure pas la venue du Seigneur, mais pour qu'il soit mesuré par le mystère de cet amour et de cette venue, pour que nous ne dessinions pas au Seigneur le chemin par lequel Il viendra, mais que notre veille soit tournée, à la fois, vers toutes les possibilités, et surtout vers ce qui dépasse toutes ces possibilités. Ce que le Seigneur veut nous donner, ce que le Seigneur a préparé pour nous, c'est "ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qu'Il aime." L'amour de Dieu est infiniment plus grand, plus beau, plus merveilleux que tout ce que nous pou­vons attendre et désirer.

Il faut ainsi que le désir de notre cœur rebon­disse sans cesse plus loin, s'ouvre toujours à l'impré­visible. Il faut que notre attente soit toujours dépassée dans les représentations qu'elle se donne et que nous sachions nous tenir en éveil, au-delà des habitudes de pensée que nous avons pu contracter.

Que notre attente durant ce temps de 1'Avent soit une totale disponibilité de notre cœur. Que nous puissions dire à Dieu : "Quand Tu le voudras ! Comme Tu le voudras ! Même si ce n'est pas cela que j'attendais, je sais que Ton amour est plus grand que mon cœur, je sais que ton don dépasse infiniment mon attente, je sais que les merveilles de Ton royaume sont sans commune mesure avec ce que j'ai pu croire, pressentir, deviner et désirer".

Que le Seigneur creuse en nous toujours plus profond ce désir, pour que nous ne soyons pas surpris au jour de sa venue, c'est-à-dire pour que nous soyons comme la vierge Marie, prêts à l'incompréhensible, à 1'inouï, et pouvant répondre, très simplement : "Je suis le serviteur, Je suis la Servante du Seigneur ! Qu'il me soit fait selon Ton amour !"

 

AMEN