AU FIL DES HOMELIES

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LA PAROUSIE

Mt 24, 37-44

Vigiles du premier dimanche de l'Avent – C

(1er décembre 1991)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

S

ilence devant le Seigneur Dieu ! car le Jour du Seigneur est proche. Oui, le Seigneur a pré­paré un sacrifice Il a consacré ses invités."

Nous traduisons habituellement par "venue" un terme du Nouveau Testament qui en grec se dit "parouzia" et qu'il faudrait donc plutôt traduire par "présence". Pour les premiers chrétiens, et dans les premières générations, ce mot de "parousie" faisait référence à une chose qui arrivait de temps en temps dans les villes du bassin méditerranéen. Elles étaient parfois visitées par l'empereur soit à l'occasion d'une visite de munificence, soit à l'occasion d'une campa­gne dans la région. Et il y avait une sorte de rituel par lequel l'empereur était accueilli. Ce n'était pas sim­plement un déploiement de faste extraordinaire, une sorte de 14 juillet de l'Antiquité, avec flonflons et bal du dimanche soir, mais c'était véritablement la célé­bration de la présence de l'empereur au cœur de la ville. Pourquoi ? Parce que dans ce temps-là les cités n'existaient pas, parce qu'elles avaient une activité économique, mais parce que le fondement même de leur existence résidait dans un personnage qui était le garant de leur existence. Une ville de l'empire romain existait parce que l'empereur l'avait voulu. C'est pour cela qu'ils rebaptisaient très souvent les villes et qu'il y a tant de villes qui s'appelaient Césarée. C'était pour dire que la ville n'existait que par César. Le principe d'existence de la ville était César. Aujourd'hui nous avons une vue beaucoup plus sociologique des choses. Et donc, lorsque l'empereur venait, c'était comme si la ville était revisitée de l'intérieur par celui qui en était la raison d'être, la source de tout son dynamisme et de toute sa vitalité. Autrement dit, la Parousie célébrait le moment où celui qui était considéré comme la source et le fondement de la cité était vraiment là, au milieu de la cité.

Toutes proportions gardées, je dirais que c'est comme quand le général passe en revue ses troupes. A ce moment-là, il faut que tout le monde soit dans une tenue impeccable car, parce que le chef est là au mi­lieu de la troupe, il faut que la troupe soit à son chef. Et bien, la parousie, dans l'antiquité, c'est le moment où une ville est tout entière à célébrer la présence de son chef si bien que la seule chose que l'on fête à ce moment-là c'est la présence. C'est le fait que, à ce moment-là, la ville est vraiment ce qu'elle est parce qu'il y a son chef au milieu d'elle, son principe d'être. Cela peut nous paraître étrange, mais c'est une des conceptions fondamentales de l'existence politique dans l'antiquité tardive.

Or précisément, pour les chrétiens, la Parou­sie ne s'appliquait pas à une ville déterminée et à l'empereur, mais la Parousie c'est la création en tant qu'elle reçoit et qu'elle accueille Celui qui en est le principe. Pour les premiers chrétiens, la Parousie c'est que Dieu est au milieu de sa création comme l'empe­reur quand il vient visiter sa ville. Et donc la création reçoit de la présence de Dieu une plénitude, une vita­lité, un ressourcement sans comparaison par rapport au moment où le Seigneur n'était pas encore venu. Et c'est pourquoi, dans les premières générations chré­tiennes, le thème de la Parousie n'était pas du tout un thème de la fin des temps. Il était le thème de l'ac­complissement du temps et de la création. A partir du moment où le Christ était venu, où Il avait scellé l'Al­liance définitive avec le monde et avec la création, la Parousie était commencée.

Je pense que c'est à cette lumière-là que nous pouvons entendre ces quelques versets du texte de Sophonie : "Silence devant le Seigneur !" Pourquoi le silence ? Parce que pour célébrer la présence, il n'y a qu'à être là et ouvrir les yeux. Le silence devant le Seigneur veut dire que, à la limite, il n'y a rien à annoncer. "Il est là !" C'est le silence de la présence. C'est l'intensité même de la présence qui ne peut plus se dire en mots. Il n'y a plus de langage, de mots, de signes entre Celui qui est présent et la création au cœur de laquelle Il est présent. "Silence devant le Seigneur !" cela signifie : Il est là.

"Car le Jour du Seigneur est proche." Le jour c'est l'inverse de la nuit. Précisément, dans la nuit, on ne sait pas qui est présent. Le jour est vraiment ce qui livre la présence. La lumière est ce qui donne les choses dans leur présence. Et donc le Jour du Sei­gneur c'est la lumière qui illumine, qui irradie la pré­sence même de Dieu au milieu de sa création.

Et comment va se manifester la présence de Dieu au milieu de sa création ? "Oui, le Seigneur a préparé un sacrifice." Quel paradoxe ! Habituelle­ment, ce sont les hommes qui font les sacrifices. C'est même la marque de leur statut d'existence. Or ici, c'est le Seigneur qui fait le sacrifice. C'est ici peut-être la pointe prophétique de l'oracle car le Seigneur a effec­tivement accompli le sacrifice et la parousie du Sei­gneur s'est accomplie véritablement au jour où, sur la croix, Il s'est livré, Il a donné sa vie pour tous les hommes. La Parousie du Seigneur se manifestant paradoxalement par le fait que le Seigneur sacrifie sa vie et son amour pour les hommes.

Et à partir du moment où le Seigneur accom­plit ce sacrifice, "Il consacre ses invités," c'est-à-dire Il les rend participants de l'acte qu'Il pose parce qu'Il est présent au milieu d'eux.

Ce soir nous entrons dans l'Avent, lorsque nous parlons du jour du Seigneur, lorsque l'évangile que nous venons de lire nous invite à la veille, cette veille est déjà un temps plein. La création est pleine de Dieu. Elle est "grosse" de Dieu. La création elle-même est une parousie, elle est devenue la présence même de Dieu. C'est cela le miracle. Malgré son pé­ché, malgré le fait qu'elle s'était détournée de son Dieu, bien qu'elle ait été indigne de Dieu, désormais, la création, qui ne le méritait plus, est habitée par la parousie de Dieu. En entrant donc dans ce temps de l'Avent, que ce soit pour nous l'occasion de retrouver le sens de la présence de Dieu au cœur de nos vies, au cœur de notre Église, au cœur de tout ce que nous faisons et de tout ce que nous sommes par la grâce de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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