AU FIL DES HOMELIES

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NOUVELLE NAISSANCE DANS LA DOULEUR

Lc 21, 25-36

Vigiles du premier dimanche de l'Avent – B

(28 novembre 1993)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

e temps liturgique que nous commençons, le temps de l'Avent est un temps très riche et même inépuisable car il récapitule en lui-même toute la vocation chrétienne. Nous entrons dans une manière d'être du chrétien, dans ce que le Christ a inscrit dans chacun de nos cœurs.

Ce temps se compose grosso modo de deux parties : une partie qui nous prépare directement à Noël et une première partie qui porte nos regards plutôt vers le retour du Seigneur, vers sa venue. Il se trouve qu'en ce premier dimanche nous portons notre regard sur l'ultime Jour. L'Avent commence l'année liturgique, l'Avent est un début et ce début commence par la fin. Et quelle fin ! Quand nous ergotons. Avez-vous entendu les paroles de Sophonie : "Jour de co­lère, jour d'affliction, jour de détresse, jour d'an­goisse, jour de terreur." Et entendre le Christ Lui-même dans l'évangile fait frémir nos oreilles. "Il y aura des pleurs et des grincements de dents." C'est ce jour où tout homme sera dans la détresse et dans l'an­goisse qui sera signe de la venue de Dieu. Finalement nous nous trouverons en face d'un spectacle difficile à soutenir. Je crois qu'on le soutient si difficilement que dans sa liturgie l'Église a elle-même supprimé une Séquence inspirée directement de Sophonie, le Dies Irae. "Jour de colère que ce jour-là". Et paradoxale­ment c'est ce temps liturgique de l'Avent, avec ce regard porté sur la venue du Christ sur les nuées du ciel, comme fracassant ce monde qui est le véritable sens de cette préparation à Noël. Il faut nous sortir d'une perspective simplement enfantine, heureuse de la joie de Noël pour entrer dans la maturité du chré­tien adulte qui fête la venue de Jésus en son cœur.

Que veut donc dire ce premier dimanche ? Avent traduit le mot grec "parousia" et signifie avène­ment, mot païen mais cependant profond. C'était le jour où le dieu venait visiter son temple. Il arrivait et prenait pouvoir de son temple, possession de son temple. Ce mot désignait aussi le jour où un gouver­neur entrait en fonction, prenait le pouvoir et la puis­sance sur ceux qui lui étaient assujettis. Il entrait triomphalement dans son règne et le commençait. On associe à ce mot avènement la même perspective et le même sens mais approfondi pour le Seigneur Jésus. Dans cette perspective, tout ce qui dans l'Ancien Testament constitue les paroles de la venue de Dieu sont reprises par le Fils de l'Homme, par Jésus Lui-même. Donc nous ne pouvons pas supprimer les jours de colère, les jours d'affliction et les jours de détresse de l'avènement du Christ en ce monde.

Mais que signifie tout cela ? Est-ce que l'Église essaie simplement de se faire peur aujourd'hui en tournant nos regards vers le Retour du Christ ? un peu comme si elle essayait de ressusciter quelque archéologisme, un peu comme si elle était le dernier Jurassic Park pour faire revivre quelques monstres pour faire peur comme on le voyait dans certaines fresques du Moyen-Age ? Est-ce que l'Église en est encore là ? Ce serait perdre le sens fondamental de ce qui est la clé même de l'Avent. En effet, le Christ devient, le Christ entre dans sa gloire. Mais il entre, et c'est là où le Dies Irae était juste, Il entre dans ce monde pour combattre. Et son combat c'est un épui­sement à la recherche de l'homme. Sa victoire c'est une mort sur la croix. Son arme c'est le repos dans le tombeau. Et je me permets de reprendre le Dies Irae.

"Roi de majesté redoutable qui sauve les élus par grâce, sauve-moi donc source d'amour. Rappelle-toi, Jésus très bon que c'est pour moi que Tu es venu. Ne me perds pas en ce jour-là. A me chercher, Tu as peiné. Par ta passion, Tu m'as sauvé. Qu'un tel labeur ne soit pas vain. Tu serais juste en condamnant, mais accorde-moi ton pardon avant que j'aie à rendre compte. Vois, je gémis comme un coupable et le péché rougit mon front. Mon Dieu, pardonne à qui t'im­plore. Tu as exaucé le larron et absous Marie-Made­leine. Tu m'as donné aussi espoir."

Voilà, le mot est lâché. Ce temps de l'Avent, ce temps d'affliction, de détresse de retour du Christ est en fait un temps d'espoir. Et paradoxalement, parce que le Christ a réellement combattu, parce qu'Il est entré dans ce monde pour nous sauver, en ce temps d'Avent, nous récapitulons le début et la fin de notre salut. Pour nous faire saisir cette dimension si importante de l'Avent, je cite un passage du concile Vatican II : "Ainsi donc les derniers temps sont arri­vés pour nous. C'est aujourd'hui le temps de la dé­tresse. Le renouvellement du monde est irrémédia­blement acquis et en toute réalité, anticipé dès main­tenant. En effet déjà sur la terre l'Église est parée d'une sainteté encore imparfaite mais véritable. Ce­pendant l'Église, en pèlerinage, porte dans ses sa­crements et ses institutions qui relèvent de ce temps, la figure du siècle qui passe. Elle vit elle-même parmi les créatures qui gémissent présentement encore dans les douleurs de l'enfantement et attend la manifesta­tion du Fils de Dieu".

Ce temps de l'Avent, ce Dies irae, dies illa, c'est celui de notre naissance au monde de Dieu. Nous sommes aujourd'hui en gestation, nous attendons dans les douleurs de l'enfantement ce que le Seigneur nous donnera le Jour de sa venue mais qui est déjà acquis, puisque l'enfant est formé dans le sein, puisque toutes les virtualités, toutes les possibilités sont déjà données à celle que Dieu a aimée, son Église, pour vivre cette manifestation et surtout ce renouvellement déjà ac­quis.

Que cette Vigile soit vraiment une veille c'est-à-dire une entrée dans le renouvellement de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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