AU FIL DES HOMELIES

Photos

BONNE ANNÉE

Vigiles du premier dimanche d'Avent – A

(29 novembre 1998)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

F

rères et sœurs, je vous souhaite une bonne année. A l'instar de l'année civile, qui nous fera commencer une nouvelle année dans quelques semaines, dans quelques jours, nous chré­tiens nous commençons notre nouvelle année, ce soir !

Et c'est pourquoi, je vous présente tous mes vœux, je vous présente mes vœux remplis de l'attente du Seigneur, puisque ce sont des vœux liturgiques, remplis de la fête de Noël, de cette présence de Dieu parmi nous, une année pleine de la manifestation du Seigneur, une année qui creuse en nous, comme le temps du Carême, cette venue, cette Présence de Dieu, cette réconciliation avec Dieu, cette miséricorde qu'il veut nous donner, une année pleine de la Résur­rection du Christ, et puis aussi une année remplie de la vie de Dieu, de son Amour, de son Esprit Saint, je vous souhaite une bonne Pentecôte aussi.

Voilà, vous direz que je ne m'engage pas beaucoup parce que j'ai décliné le calendrier liturgi­que : l'Avent, Noël, la manifestation l'Epiphanie, le Carême, la Résurrection, la Pentecôte ! Je vous sou­haite aussi un bon temps ordinaire, j'allais l'oublier !

Oui, c'est vrai, je ne m'avance pas beaucoup, en vous souhaitant de bons vœux liturgiques, finale­ment, on ne fait que recommencer ce qu'on a fait l'an­née dernière, et puis, ce qu'on a fait depuis fort long­temps. Certainement, la liturgie devrait un peu chan­ger, on ne fêtera pas la fête de la Résurrection à la place de Noël, du moins je ne pense pas, on peut par­fois dire qu'on fait des arrangements liturgiques ici, dans notre paroisse, mais vous ne devriez pas avoir de surprises ! Tout devrait tomber dans cet ordre-là.

Alors, est-ce que cela sert à quelque chose de recommencer éternellement cette année liturgique ? Recommencer les choses, cela doit avoir des vertus ? Vous le savez, les gens qui ont de la constance re­mettent plusieurs fois sur le métier leur travail, pour arriver au terme à avoir tissé par exemple ce qu'ils voulaient. Donc, recommencer une année liturgique, cela pourrait simplement réanimer cette vertu de la constance, de la patience, de savoir tenir bon. Finale­ment, c'est toujours bon de cultiver cette vertu, celle de la patience, nous qui parait-il sommes dans une société de consommation, qui avons l'habitude de consommer très vite, et d'avoir sans cesse des choses nouvelles à consommer, nous remettons toujours la même avoine dans notre mangeoire et cela nous ap­prendrait peut-être une certaine patience, ce qui n'est pas mauvais.

Oui, cela pourrait avoir cette qualité de nous apprendre la patience, que d'entamer une nouvelle année liturgique sans trop de surprise.

Cela pourrait être aussi pour nous d'une cer­taine manière, une façon de nous couper du temps ordinaire, commencer une année liturgique qui nous permettrait de ne pas toujours tomber dans l'usure du quotidien, le ron-ron, le train-train, et qui malgré no­tre esprit si brillant, finirait par rendre les choses ter­nes. On est si peu imaginatif, et puis, on a si peu de facultés à rendre les choses extraordinaires, alors, on pourrait effectivement se dire que la liturgie cela sert à marquer une sortie de l'usure du quotidien, pour qu'il y ait de temps en temps la fête, parce que la fête c'est nécessaire.

Ce n'est pas si mauvais, dans notre société où l'on cherche tant à ne pas retomber dans le même rythme, depuis qu'on est déchristianisé, on ne cesse pas d'inventer des fêtes, c'est bien une preuve qu'on veut casser l'ordinaire, et que la fête est comme un petit extra. Oui, ce pourrait simplement être cette vision des choses, recommencer une année liturgique pour ne pas être toujours en vert, pour ne pas dire toujours les mêmes choses, croire qu'on dit toujours les mêmes choses, on va recommencer, reprendre à zéro, l'attente, la résurrection, cela marquera les jours à venir.

Puis, on peut se dire aussi ce n'est pas si mauvais, puisqu'en définitive, cela permet de donner du rythme. Dans une année, on a besoin de rythme, c'est pour cela qu'il y a le printemps, l'été, l'hiver, ça permet d'avoir du soleil en été et en principe du froid en hiver. Donc, nous vivons un rythme biologique, et un rythme physiologique aussi. Cela permettrait que la liturgie soit simplement comme certains l'ont pré­tendu, calquée sur un rythme humain : à la limite on va fêter Noël le 25 décembre, parce que ce jour-là, le soleil enfin s'arrête de décroître, et Celui qui est notre Lumière, nous donne cette espérance que le soleil va ressurgir. Le Carême serait un temps où effective­ment, c'est le temps des vaches maigres, (maintenant, qu'il y a d'autres histoires avec les vaches folles, il n'y a plus vraiment de vaches maigres) ce n'est plus le même rythme, on pourrait simplement dire que cela correspond à un temps naturel de jeûne, et que ce n'est rien de plus... comme la résurrection qui se situe au moment tout rejaillit au printemps ! La liturgie sim­plement servirait à marquer un rythme naturel, en concordance avec le rythme biologique des hommes et du fonctionnement naturel de l'univers.

Alors, bonne année avec tout cela. J'espère que vous en sortirez. Mais je pense qu'il serait bon d'aller un tout petit peu plus loin car il n'y a pas que cela, nous ne faisons pas que recommencer.

Parce quand on célèbre aujourd'hui ce pre­mier dimanche de l'Avent, qui tourne nos regards vers le Retour du Christ, en fait, ce que nous faisons est plus important que de dire, on apprend la patience, ou bien qu'on casse le rythme, ou au contraire qu'on in­clut un rythme humain qui nous est important. Je crois qu'on célèbre simplement le fait de la présence de Dieu avec nous, parce que finalement la liturgie n'est rien d'autre que le mémorial et cela va très loin.

Vous le savez déjà, quand on va célébrer Noël, quand on va célébrer la Résurrection, quand on va attendre dans le temps de l'Avent, se préparer à être renouvelés dans la grâce de notre baptême par le carême, quand on va laisser germer en nous la pléni­tude de cet Esprit par la Pentecôte, ce n'est pas nous qui recommençons, c'est Dieu qui se souvient, c'est Dieu qui sait que ce qu'il a fait perdurer, il est éternel, que ce n'est pas tant les hommes qui se rappellent dans leur souvenir, une réalité, mais bien Dieu qui se laisse à nouveau découvrir, qui se laisse "être" dans ce que nous acceptons de vivre et de célébrer dans la liturgie. Autant dire que dans ces cas-là, il y a une réelle grâce à vivre ce temps liturgique.

Donc, il y a une réelle grâce à vivre une "nouvelle" année liturgique, parce que en nous, se laisse marquer peu à peu cette attente, cette venue, parce qu'il y a dans notre vie des choses qui sont de l'ordre de la naissance, il y a des choses qui sont par­fois de l'ordre de la souffrance, et il y en a qui sont de l'ordre du désir, il y en a qui sont de l'ordre de la mort, et il y en a qui sont de l'ordre de la vie, et Dieu nous dit dans tout cela, grâce aux évènements liturgiques, son "avènement" sans cesse au cœur de ce que nous sommes, et de ce que nous célébrons, c'est cela qu'il récapitule et qu'il nous donne de vivre.

Cela signifie finalement que nous sommes contemporains de la vie de Dieu, que Dieu n'est pas seulement présent en nous, mais que nous devenons contemporains du salut de Dieu.

Et c'est pourquoi ce premier dimanche de l'Avent est si paradoxal : il ouvre à la fois le temps qui nous prépare à fêter Noël le 25 décembre, et il nous prépare aussi à cette venue sans cesse en notre chair du Christ, qui sera un jour la Parousie, c'est-à-dire l'émergence au cœur même de notre monde de sa gloire. Et cela en Dieu est contemporain, il n'y a pas de passé, il n'y a pas de l'avenir, il n'y a pas de pré­sent, il y a simplement le fait qu'Il est là, qu'Il existe, qu'Il est présent, et notre liturgie nous donne d'être contemporains à cette vie et à cet amour, à cette misé­ricorde de Dieu pour chacun d'entre nous.

C'est ce qui est beau dans le commencement d'une nouvelle année liturgique, nous avons tendance à oublier, mais Dieu n'oublie pas de nous sauver, alors, il s'agit simplement de croire à la nouveauté de la grâce de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public