AU FIL DES HOMELIES

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 C’EST LE JOUR DU FILS DE L’HOMME

Jr 33, 14-16 ; 1 Th 3, 12-4, 2 ; Lc 21, 25-28+34-35
Premier dimanche de l'avent – Année C (29 novembre 2015)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Comme à travers la liturgie d’accueil de Karen et de Mélanie, vous avez eu la plus belle homélie qui soit, une homélie vivante, c’est-à-dire deux de nos sœurs qui entrent dans notre communauté chrétienne, je vais essayer d’être le plus bref possible puisque cette « homélie en acte » a déjà duré dix minutes.

 

Je vais simplement attirer notre attention, plus spécialement celle de Mélanie et de Karen, sur un détail fondamental. Aujourd’hui, avec la fête de l’entrée dans une année nouvelle, nous devons essayer de mieux comprendre ce qu’est que le temps. Je devine ce que vous pensez : Eh bien ! nous ne sommes pas sortis de l’auberge …

 

Rassurez-vous. Il y a deux manières de vivre le temps : la première, la plus spontanée parce qu’elle est humaine, naturelle, est de vivre le temps avec tous les aléas, toutes les surprises, les désastres et les bonheurs qui peuvent survenir. C’est le temps tel qu’on le vit depuis le début de l’humanité. On l’appelle aussi le temps de l’histoire. C’est le temps auquel on ne peut pas grand chose. Pourquoi tout à coup éclate une guerre ? Pourquoi tout à coup arrive-t-il un malheur ? Pourquoi une mort prématurée ? Pourquoi un événement vient-il briser notre vie ? Nous n’en savons rien. Et d’une certaine manière nous sommes terriblement décontenancés, perdus et fragilisés par cette vie dans le temps vécu de cette façon, en subissant les événements avec le sentiment de ne rien pouvoir changer. C’est précisément ce que Jésus veut dire dans l’Évangile que nous venons d’entendre. Il veut dire à cette première communauté, première génération chrétienne : « Regardez, à quel point est terrible et écrasante cette histoire telle que nous la voyons, et dont nous sommes les témoins impuissants et malheureux, c’est à certains moment atroce et désespérant ».

 

Face à ce tsunami du temps qui se déchaîne, chacun d’entre nous essaie de se ménager de la façon la plus discrète et la plus simple possible, un petit domaine de bonheur que nous voulons tous sauvegarder avec précaution et prudence, essayant de sauver ce qui peut l’être ; selon l’expression suggestive : il s’agit de “sauver les meubles”. Mais en réalité, si on regarde le bilan de l’histoire, même après vingt siècles d’histoire de l’Église, il faut bien le dire : le constat est terrible et d’une certaine façon décourageant. L’histoire de l’humanité n’est qu’une suite de moments tragiques, qui broient les cœurs d’un grand nombre d’êtres humains ; tout cela, nous le subissons, nous le recevons en pleine face et nous nous sentons terriblement démunis.

 

Or, que dit le Christ dans cet Évangile, et que dit l’Église encore aujourd’hui ? ils affirment : « La venue du Messie n’est pas un moyen de changer l’histoire l’histoire humaine telle qu’elle va : la venue du Messie vient changer l’attitude de notre cœur vis-à-vis de l’histoire ». Jésus n’est pas venu changer l’histoire, parce que lui-même a subi l’histoire de la façon la plus atroce, à travers les souffrances de sa condamnation, de sa Passion et de sa mort. Mais il a changé notre attitude vis-à-vis de l’histoire. Désormais, à nos yeux, l’histoire n’est plus réductible à cette succession presque incohérente et désarmante d’événements de toutes sortes que nous ne maîtrisons pas. Le secret de l’histoire maintenant, c’est la vigilance, c’est le fait de tenir et de savoir que malgré tout, le Seigneur vient à notre rencontre : « Vous verrez le jour du Fils de l’Homme ».

 

Frères et sœurs, vous vous dites peut-être que ça n’améliore pas vraiment les conditions terrestres. C’est exact. Mais Jésus serait-il venu pour améliorer les conditions de l’histoire ? Il faut attendre les idéologues du XIXème siècle pour imaginer de telles choses. Il faut les projets politiques les plus insensés du XXème siècle pour vouloir améliorer l’histoire et rendre tous les gens heureux : et Dieu sait de quel sinistre et horrible bilan nous sommes contraints de faire état à la fin de ces projets révolutionnaires. Quelle déception !

 

Eh bien non, le Christ n’a pas dit qu’il venait changer l’histoire. Il vient transformer notre cœur au creux de l’histoire, avec toutes ses souffrances, ses échecs, et les épreuves terribles que traversons aujourd’hui encore, comme s’il n’y avait pas de leçon de l’histoire. Quelle est la clé qui nous permet de transformer notre regard ? C’est l’affirmation : « Il vient ». Comme nous l’avons chanté aujourd’hui « Viens Seigneur Jésus ! ». Le fil conducteur de notre manière d’être, de notre manière de vivre comme chrétiens, c’est de dire que nous n’attendons pas de l’histoire elle-même qu’elle nous rende heureux, mais nous attendons du Christ qu’Il vienne nous rencontrer à tout moment de cette histoire car chaque jour, chaque instant est un moment de la venue du Fils de l’Homme. Ce qu’on chante aujourd’hui, il faut le chanter tous les jours : « Viens Seigneur, ne tarde plus ! ». C’est la certitude qu’au cœur de cette histoire, si terrible soit-elle, le Christ ne s’est pas défilé à la sauvette. Il ne nous a pas abandonnés, mais Il ne cesse de vouloir être parmi nous et de nous accompagner au creux même de cette histoire si lourde de souffrances, d’échecs mais aussi, heureusement, de bonheurs.

 

Alors frères et sœurs, qu’aujourd’hui, avec Karen et Mélanie, nous sachions transformer notre cœur : que Dieu lui rendre sa profondeur et sa beauté baptismales originaires. Sachons tout simplement accueillir le Seigneur qui vient : Il ne nous en demande pas davantage ...

 

 
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