AU FIL DES HOMELIES

LAISSONS NOUS CAMBRIOLER PAR LE CHRIST

Is 2, 1-5 ; Rm 13, 11-14a ; Mt 24, 37-44

Premier dimanche de l’Avent de l’année A (27 novembre 2016)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Frères et sœurs,
S'il y a une chose certaine dans les Evangiles, c'est que Jésus n'a jamais donné d'indices pour savoir quand serait la fin du monde. Cela fait le désespoir de Nostradamus et de tous ses sectateurs qui ne cessent de calculer à partir de l'Apocalypse et des discours de Jésus sur la fin des temps – mais qui ne disent pas quand il y aura la fin des temps –, tout le monde s'est échiné à essayer de déterminer quand arriverait la fin des temps. Eh bien, on peut chercher dans les Evangiles et dans toutes les écritures du Nouveau Testament, il n'y a pas d'indices concernant la fin des temps. Et Jésus même est allé si loin qu'il a dit, ce qui est devenu à certain moment un scandale dans l'histoire de la théologie, que lui-même ne savait pas.
Par conséquent, s'il y a une certitude pour les chrétiens, c'est que nous ne savons pas quand il y aura la fin des temps. Ce qui implique une autre certitude, c'est qu'il y en aura une. Certes, mais nous ne savons pas précisément quand. C'est à partir de cela que nous devons essayer de comprendre pourquoi aujourd'hui nous fêtons la venue du Christ. Pourquoi aujourd'hui et déjà depuis deux dimanches, lisons-nous ces Evangiles que l'on attribue spontanément à la question de la fin du monde ? Pourquoi cela nous intéresse-t-il tant et pourquoi Jésus nous a-t-il laissés pour ainsi dire "la langue pendante" pour ne rien nous dire tout en nous en parlant ? C'est la bande-annonce, on a terriblement envie de savoir mais on ne saura pas. C'est la curiosité maximale maintenue avec le minimum de renseignements. Elle aura lieu mais il y a une chose qui est certaine, c'est qu'on ne saura pas quand.
Alors, comme je l'ai suggéré avec Nostradamus, nous essayons toujours d'avoir des indices sans y parvenir. Que de fois on utilise aujourd'hui, pour un grand évènement politique, social ou une catastrophe naturelle, le vocabulaire des Evangiles sur ce que l'on appelle la fin des temps – la fin d'un monde mais pas la fin du monde. C'est obsessionnel dans la tradition judéo-chrétienne de vouloir connaître la fin mais on n'en sait rien. D'où l'importance de l'écologie à l'heure actuelle : la Terre durera-t-elle dans mille ans ? On n’en sait rien. Il faut donc vivre avec cela et Jésus a dit partout qu'il ne fallait surtout pas croire quand on annonçait l'arrivée de la fin du monde et surtout qu'on pouvait identifier quelque part la venue du Fils de l'Homme. Il en a parlé mais Il nous a laissés littéralement sur notre faim concernant la fin.
Alors s’il peut paraître inutile d’en faire un sermon, cela peut néanmoins nous apprendre beaucoup de choses. En réalité, Dieu prend parfois des comparaisons peu flatteuses et Il en prend une ici qui ne l'est pas du tout : « Le Fils de l'Homme viendra comme un voleur ». Vous savez que si le maître de maison savait à quelle heure le voleur doit venir, il ne laisserait pas percer sa maison. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les malfrats arrivent à pénétrer dans les grands magasins avec une pelleteuse pour dérober tous les cadeaux de Noël qu'ils vont faire à leurs amis.
Il se compare donc à un voleur et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas une comparaison flatteuse. Pourtant elle est très intéressante : quelle est la spécificité d'un voleur ? C’est un métier très particulier. Je vous signale une anecdote que je trouve absolument remarquable. Un médecin du travail reçut un jour une dame aux traits tirés, un peu au bord de la dépression nerveuse et il lui demanda ce qui lui arrivait. Elle répondit au médecin qu'elle était très inquiète car son mari faisait un métier à risques. Alors le médecin pensant qu'il était acrobate dans un cirque ou quelque chose dans le genre lui demanda ce qu'il faisait et elle répondit : « Il est cambrioleur ». C'est quand même extraordinaire car vous voyez le panache du métier, cambrioleur ! Normalement la grande spécificité du voleur, c'est que ce n'est pas un destructeur. Certes, il fait un trou dans la maison mais cela se répare. Mais surtout, il veut essayer de trouver les bijoux, l'argent liquide, les objets précieux sur le guéridon sans les abîmer car un vrai cambrioleur devrait laisser la place nette pour que l'on s'aperçoive le plus tard possible qu'il faut donner l'alarme. Normalement un cambrioleur, c'est celui qui ne laisse pas de traces. Il est d'une discrétion absolue. Eh bien Dieu, c'est pareil, c'est un vrai cambrioleur, très "pro". Et pourquoi ? Parce qu’Il vient cambrioler le monde. S'il fallait donner pour Jésus au moment où Il parle de la fin des temps, une magnifique définition de Dieu, c'est le Cambrioleur du monde, c'est le Voleur du monde. Alors me direz-vous, ce n'est pas très honorifique pour un Dieu de se définir comme un cambrioleur.
Réfléchissez-y un instant. Vous êtes pratiquement tous mariés ou en passe de l'être. Qu'est-ce qui fait qu'on tombe amoureux ? Vous n'avez jamais réfléchi à cela ? D’une certaine manière, c'est qu'on se laisse cambrioler son cœur, c'est je pense la plus belle définition de l'amour : tu m'as cambriolé mon cœur. Tu es rentré comme par effraction, tu es venu là, tu as trouvé mon cœur et sans presque m'en rendre compte, tout à coup je me suis aperçu que mon cœur n'était plus à moi. C'est la vérité. Quand on tombe amoureux, et c'est pareil dans l'amitié, quand quelqu'un devient un ami, si on y regarde de près, c'est qu'il a pu pénétrer par effraction dans l'intimité de ce que je suis, sans que je me méfie et mon cœur est pris par celui ou celle que j'aime, par un ami ou une amie. Et généralement, un amour dure tant qu'on est émerveillé des audaces du cambrioleur ou de la cambrioleuse. Tout est là. Cette espèce de merveilleuse surprise qui consiste à voir que ce que nous avons de plus précieux, de plus profond dans notre cœur, d'un coup est comme deviné, porté, saisi, transfiguré et transformé par la présence de celui ou celle qu'on aime et qui nous aime. L'amour est une énorme entreprise de cambriolage. C'est le fond du problème car il n'y a pas de raison que tout à coup l'intimité et le secret de mon cœur apparaissent à quelqu'un. D'ailleurs, il y a des gens qui cultivent tellement leur intériorité, leur ego qu'ils ne pensent pas une minute qu'ils pourraient être aimés, ça ne les intéresse pas. Mais quand on a découvert que notre cœur était fait pour aimer et pour être aimé, il y a là une sorte de cambriolage tout à fait légitime et merveilleux, et en plus avec effet de surprise, on s'en aperçoit toujours après.
C'est cela le mystère du cambriolage de l'amour. Eh bien ça, c'est la fin des temps. Nous ne savons pas quand nous serons aimés et comment nous serons aimés à ce degré d'intimité et de profondeur où le Fils de Dieu surgira et nous emportera. C'est un beau voleur jusqu'au bout car quand Il a pris notre cœur, Il ne le lâche plus. Quand on est baptisé, on a le cœur marqué par un sceau, c'est-à-dire qu'on lui appartient définitivement. On ne peut pas barguigner, on ne peut pas faire une montée des enchères, c'est très mauvais en amour de faire monter les enchères, ça se termine toujours par un fiasco. Ici ce qui est magnifique, c'est que quand on est saisi, on est emporté et c'est pour ça que le Christ a laissé comme commandement nouveau et définitif, de nous aimer les uns les autres. Car il faut nous apprendre les uns aux autres à être les cambrioleurs du cœur et de l'amour des autres, et à laisser notre propre cœur être cambriolé par le besoin qu'ont les autres d'être aimés et de nous rencontrer. En fait, l'Eglise est elle-même une énorme entreprise de cambriolage. Nous tous ici, nous n'avons aucun droit les uns sur les autres, sinon celui de nous aimer. Et aimer, d'ailleurs c'est ça qui est extraordinaire, c'est que la plupart du temps on croit que c'est de la possessivité, non ce n'en est pas, c'est au contraire le respect de ce qui est. On ne peut pas honorer plus quelqu'un qu'en lui disant : « Je suis le cambrioleur de ton cœur », et c'est la vérité même du Bon Dieu.
Alors, frères et sœurs, quand nous entrons dans ce temps de l'Avent, pensons au cambrioleur. C'est vrai qu'en réalité c'est un métier à risques, et d'ailleurs on sait que de temps en temps les cambrioleurs, ça finit mal. Mais là c'est un métier absolument à risques car quand on aime, on prend des risques mais en même temps, on est comme saisi et comme ébloui par la bonté et la beauté de l'amour dont on devient, sans le vouloir d'une certaine manière, les serviteurs et à ce moment-là effectivement c'est l'apprentissage de cette venue de Dieu, car c'est pour ça que la dernière page de la Bible se termine par l'image d'une jeune fille, une jeune mariée qui s'avance dans le Ciel à la rencontre de Celui qui est le cambrioleur de son cœur. Cette jeune fille, c'est l'Eglise et l'Eglise sous l'influence de l'Esprit, dit au Christ : « Viens ».
Adressons-nous au Seigneur comme à un voleur et laissons-nous envahir comme par effraction par la puissance de son Amour et de son Salut. Autrement dit, laissons-nous cambrioler.

 
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