AU FIL DES HOMELIES

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IL VIENT !

Jr 33, 14-16 ; 1 Th 3, 12-4, 2 ; Lc 21, 25-28+34-35
Premier dimanche de l'avent – Année C (30 novembre 2003)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


 

Frères et sœurs, nous voici donc au début d'une nouvelle année liturgique et notre regard est invité à se porter vers les événements de la fin. Ces événements de la fin, nous nous les représentons habituellement, comme d'ailleurs nous venons de l'entendre dans cette page d'évangile, comme d'une part la fin du monde, la destruction de ce monde, et d'autre part comme le retour du Fils de l'Homme. Ce sont les termes que nous employons d'ordinaire pour parler de ce qui nous est dit au sujet de ces temps derniers.

En réalité, cette manière de se représenter les choses n'est pas tout à fait exacte. Tout d'abord, l'expression "retour du Fils de l'Homme" ne se trouve pas dans les textes du Nouveau Testament, on ne parle pas du retour, mais on parle de la "venue du Fils de l'Homme". Certes, le Fils de l'Homme est déjà venu, puisqu'il est né à Bethléem comme nous le célébrerons à Noël, Il est né dans le sein de la Vierge Marie. Certes, Il a quitté le Père pour venir dans le monde, et il l'a dit lui-même : "Maintenant, je quitte le monde, et je retourne au Père"(Jn 16, 28), par conséquent, cette venue à la fin des temps sera une deuxième venue. Mais il est typique que les textes du Nouveau Testament utilisent toujours le mot "venir" et non pas "revenir", non pas pour nier que ce soit une deuxième venue, mais pour insister sur l'actualité, la permanence, la continuité de cette venue. Si vous faites attention aux textes que nous venons de lire, voici ce qui est dit : "Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et alors on verra le Fils de l'Homme venant dans une nuée avec puissance et grande gloire". De même dans l'Apocalypse, quand on nous présente Dieu comme le maître de l'histoire, on dit : "Dieu le maître de tout, Il est, Il était et Il vient" (1, 4 et 8). Non pas "Il sera", mais "Il vient". "Il est, Il était, et Il vient !" c'est là le nom que Dieu se donne. Et quand on traduit aux dernières pages du livre : "Oui, mon retour est proche" (22, 7 et 20), ce n'est pas exact, si vous regardez le texte il est écrit : "Oui, je viens bientôt". Et d'ailleurs, l'Apocalypse, qui est le dernier mot de la Révélation et le dernier mot de notre foi, se termine en disant : "Oui, viens Seigneur Jésus" (22, 20).

Cette venue du Christ, que signifie-t-elle ? Je pense d'abord que cela établit l'histoire dans une perspective de dynamisme, c'est un mouvement. En quelque sorte, le Christ est en mouvement pour venir à notre rencontre. Depuis le début des temps, le Christ est comme orienté vers ce monde, cette humanité qu'Il veut sauver. Quand à travers l'Ancien Testament, Il ne cesse de révéler à Adam, à Abraham, à Moïse, à David, qu'il y a un Messie qui vient, c'est pour diriger leur cœur vers cette promesse, vers cette venue. A Noël, Jésus est venu accomplir cette promesse, Il est venu parmi nous, et Il viendra parce qu'il ne cesse de venir. En effet, cette venue est toujours donnée au présent, le Christ, le Verbe de Dieu, le Fils du Père ne cesse de venir, Il est constamment en train de venir pour nous rencontrer.

Et là encore, il y a une nuance à établir dans notre représentation. Nous concevons le Christ venant du ciel sur la terre. Ce n'est peut-être pas tout à fait exactement cela. Si vous vous souvenez, dans les Actes des Apôtres, au tout début de ce livre, quand nous est fait le récit de l'Ascension, les anges qui s'adressent aux disciples ébahis qui regardent le ciel, les anges font allusion à la deuxième venue du Christ : "Pendant que les disciples étaient là les yeux fixés au ciel pendant que Jésus s'en allait, voici que deux hommes vêtus de blanc (ce sont des anges), leur dirent : Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ? Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus viendra (c'est ce dont nous parlons aujourd'hui), viendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller aujourd'hui" (Act 1, 10-11). C'est une étrange phrase : le Christ viendra comme on le voit partir. Que veut dire ce texte ? Que veulent dire ces anges aux disciples ? Le Christ ne viendra pas dans un mouvement inverse de celui de son Ascension, Il viendra pour achever ce mouvement de l'Ascension, c'est-à-dire pour nous prendre avec lui, pour nous emporter vers le ciel. Le Christ ne viendra pas régner sur la terre, Il viendra nous entraîner avec Lui pour nous conduire dans le Royaume. Ainsi, vous le voyez, toute l'histoire est un immense dynamisme où nous sommes sans cesse appelés et attirés vers ce Royaume. La venue du Christ n'est pas un voyage qui l'amènerait du ciel sur la terre, ce qui est vrai de sa première venue, mais c'est un itinéraire qui nous est proposé à nous pour aller de la terre vers le ciel avec lui.

Deuxième difficulté, ou deuxième erreur de perspective : nous concevons que cette venue du Christ (je ne dis plus retour), cette venue du Christ coïncide avec la fin du monde. Effectivement, les textes nous présentent les étoiles qui tombent, le ciel qui s'embrase, la lune qui perd son éclat, les nations qui sont bouleversées par les tremblements de terre, par les guerres, au moment où le Christ va venir. Est-ce à dire, en prenant au pied de la lettre ce que je viens de dire, que le Christ vient nous prendre pour nous entraîner dans le ciel parce que la terre, parce que ce monde matériel n'a plus lieu d'exister, parce qu'il est détruit et périmé, parce qu'il est fini ? Ce n'est pas tout à fait cela non plus qu'il y a dans la révélation. Il est vrai que certains textes des prophètes (nous lisions hier soir aux Vigiles celui de Sophonie 1, 14-16), parlant du jour de la colère de Dieu, attribuent à Dieu cette destruction du monde. Mais c'est une manière fréquente de parler dans les textes anciens, et la Bible en fait partie jusqu'à un certain point, où l'on attribue à Dieu tout ce qui se passe dans le monde, un peu comme on dit que c'est Dieu qui endurcit le cœur des pécheurs.

En réalité, ce sont les pécheurs qui endurcissent leur propre cœur et Dieu n'est pas cause de cet endurcissement, il ne désire même pas punir cet endurcissement, ce n'est pas la véritable attitude de Dieu. De la même façon, Dieu ne veut pas détruire le monde. Ce monde se détruit lui-même. La vérité, c'est que ces tremblements de terre, ces signes dans le ciel, la lune et les étoiles sont le symbole et le contre-coup de ces guerres, de ces haines, de ces discordes, de ces divisions, de ces destructions, nous savons bien que les hommes sont peut-être même capables de détruire leur planète. Il y a donc une force de destruction à l'œuvre dans le monde qui n'est pas autre chose que la force du péché et du mal. Le Mal, le Prince de ce monde, Satan, c'est le diviseur, celui qui déchire et détruit. Donc, s'il y a destruction du monde, et c'est bien possible, c'est même tout à fait vraisemblable, ce sera l'œuvre d'une part de la fragilité de ce monde et d'autre part de la haine destructrice que le Prince de ce monde répand dans le cœur des hommes et à travers eux, dans l'univers tout entier.

Quel est le rôle de Dieu là-dedans ? "Redressez-vous et relevez la tête", parce que votre délivrance est proche". Ce que fait le Christ en venant, il nous délivre. Non pas nous délivrer du monde, mais nous délivrer du mal et du péché. Et plus encore, car notre foi n'est pas une foi qui se contenterait d'affirmer le salut de nos âmes, plus encore, Il vient délivrer le monde lui-même de ces forces de destruction et de péché qui l'envahissent. Le Royaume n'est pas seulement pour les âmes, nous le savons, il est aussi pour nos corps. Le Royaume n'est pas seulement pour les hommes, il est aussi pour l'univers, toute la création nous dira saint Paul : "elle vit dans les douleurs de l'enfantement" (Rom, 8, 22), elle attend avec impatience la résurrection des fils de Dieu. Par conséquent notre âme, sanctifiée, délivrée du mal, revivifiée par Jésus, rayonnera de cette vie nouvelle sur notre corps, et notre âme à travers notre corps rayonnera aussi sur tout l'univers matériel qui est tout entier appelé comme nous le dit la Bible aussi à devenir "les cieux nouveaux et la terre nouvelle" (Is. 66, 22 et Ap. 21, 1). Ce n'est donc pas un arrachement à la matière qui serait périmée, ou pire encore qui serait le mal, c'est un arrachement de l'univers tout entier au mal, de l'univers humain et aussi de l'univers matériel, de la création tout entière qui est appelée à entrer dans la vie nouvelle, la vie éternelle qui n'est pas autre chose que la vie même de Dieu qui vient vers nous pour nous attirer vers Lui.

Au début de cette année nouvelle, mettons-nous en marche à la rencontre de Dieu, pour que venant nous chercher, Il nous trouve prêts à le suivre, pour qu'à travers nous, tous nos frères, et toutes choses, l'univers tout entier soient enfin achevés dans la plénitude de la vie.

 

AMEN

 

 

 

 
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