AU FIL DES HOMELIES

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JE VIENDRAI COMME UN VOLEUR

Is 2, 1-5 ; Rm 13, 11-14 ; Mt 24 , 37-44
Premier dimanche de l'avent – Année A (30 novembre 1980)
Homélie du Frère Michel MORIN

C'est une des paroles les plus mystérieuses et les plus claires et les plus émouvantes que le Seigneur ait laissé à ses disciples et qui ne se soit pas encore réalisée pour chacun d'entre nous. "Je viendrai comme un voleur". C'est une parole mystérieuse parce qu'elle s'appuie sur une vérité fondamentale de la foi chrétienne: Jésus reviendra dans le monde créé, Il reviendra pour chaque créature sortie du dessein et du désir de Dieu, Il reviendra pour chacun d'entre nous, Il reviendra pour l'humanité tout entière, pour ceux qui l'attendent comme pour ceux qui ne l'attendent pas, car de deux hommes qui travaillent dans un champ, l'un sera pris et l'autre laissé, l'un le reconnaîtra et l'autre non. Et les évangélistes nous décrivent cet ultime retour avec ce réalisme saisissant de l'éclair qui traverse le monde et transfigure la nuit. Il ne s'agit pas d'un mystère à vivre pour demain ou après-demain, pour une génération ou cent générations après nous. Il ne s'agit pas du dénouement inattendu des cinq dernières minutes de l'histoire chronologique de notre monde que viendrait dénouer l'inspecteur Dieu.

Cette parole nous révèle de façon extrêmement claire que le mystère de l'éternel, c'est-à-dire la présence de Dieu sourd, travaille, fermente à l'intérieur du moindre de nos actes, du plus banal de nos actes, travailler dans les champs, moudre le grain, allaiter son enfant ou conduire sa voiture. Et ce mystère peut soudain jaillir, faire éclater ce que nous vivons, car en définitive, ce n'est qu'une pellicule mince et opaque qui nous sépare de ce monde à venir et elle peut se déchirer à tout instant comme l'éclair pour tout emporter et tout transfigurer. Cette possibilité donne à chaque parcelle de notre vie la prodigieuse faculté de craquer et de provoquer pour nous le retour du Christ, c'est-à-dire de nous mettre face à face devant Dieu.

Parole mystérieuse qui nous révèle que le mystère n'est pas lointain, mais extrêmement proche de nous, c'est pour cela que cette parole est profondément émouvante. Car ce Dieu dont on parle tant pour y croire ou pour ne pas y croire, pour l'expliquer ou pour le nier ; ce Dieu que tous les hommes ont plus ou moins pressenti à un moment ou l'autre de leur vie, ce Dieu qui habite le secret caché de tous ceux qui le cherchent avec droiture, mais sans savoir comment, sans savoir très bien où le rejoindre, ce Dieu créateur du monde que les justes de l'Ancien Testament ont attendu longtemps et douloureusement, et dont la plupart n'ont pas reconnu la venue, ce Seigneur de l'histoire et du temps dont nous avons, nous chrétiens,la grâce de connaître le message par le témoignage des apôtres qui ont vu, qui ont touché, qui ont entendu le Verbe de Dieu, ce Seigneur que nous ne cessons, au fond de notre cœur, de prier, en répétant : "Seigneur, montre-moi ton visage, montre-moi ta face, et je serai sauvé". Ce Dieu-là peut à tout instant de notre vie réaliser cette promesse : "Je viendrai comme un voleur". Pour chacun d'entre nous, mais aussi pour l'humanité tout entière. Et nous, nous sommeillons, nous somnolons, nous dormons, sans nous imaginer un instant que c'est peut-être cette nuit que le voleur entrera dans ce que nous gardons égoïstement et précieusement, mais, comme ont dit familièrement que "nous n'emporterons pas au paradis".

Nous dormons dans notre cœur parce que notre amour pour Dieu et pour les autres s'engourdit dans la froidure de notre péché qui est bien plus recroquevillant que la froidure du temps. Notre esprit sommeille parce que notre désir de Dieu est émoussé, ébréché, usé par ces multiples désirs de la vie dont parle saint Paul et que nous honorons parce que nous croyons qu'ils vont nous combler, nous dormons, nous sommeillons alors que nous savons très bien que le Christ reviendra, nous n'avons pas encore bien compris toute la mesure, toute la densité, toute la gravité de cette parole : "Je reviendrai comme un voleur".

En ce premier dimanche de l'Avent, c'est de façon brusque que nous sommes réveillés par cet évangile de saint Matthieu que nous commençons à lire et que nous lirons tous les dimanches de cette année. Oui, cette parole mystérieuse et émouvante est aussi on ne peut plus violente. Au fond de notre misère, au long de nos lassitudes ou de nos espérances, nous gémissons bien souvent devant les autres, devant Dieu ou en nous-mêmes, en disant : "Seigneur, pourquoi fais-tu la nuit si longue, si longue, si longue, pour moi." Mais, cependant, nous autres chrétiens, nous savons que le jour est proche et qu'il est déjà là depuis ce temps où le soleil de la vie de Dieu a brillé dans la mort et la résurrection de Jésus mais cela ne suffit pas encore à nous rappeler à la réalité.

"Je viendrai comme un voleur", non pas pour nous voler vos affaires ou vos richesses. Je viendrai au contraire pour vous donner, pour me donner à vous, pour vous combler de mes richesses et de mon bien, dit le Seigneur, pour briser les portes de cette solitude que vous cachez si bien sous ces nombreuses et fausses sécurités de la vie terrestre et matérielle. Je viendrai pour faire sauter les verrous de toutes vos habitudes même de vos habitudes religieuses, qui ne cessent de ronger votre foi et votre cœur jusqu'à les endormir ou parfois les faire mourir. Je viendrai comme un voleur, pour vous combler de ce que Je suis, pour envahir cet immense vide désaltérer cette immense soif que j'ai moi-même creusé dans votre chair quand je suis venu l'habiter.

Oui frères et sœurs, la Parole de ce dimanche est simple. A travers l'évangile d'aujourd'hui, au long de ce temps de l'Avent qui va nous préparer à célébrer la venue continuelle du Seigneur dans notre monde, Jésus lui-même nous dit : "Chaque jour, je recommence à t'aimer, chaque jour je reviens prendre chair dans ta vie et dans cette humanité que J'ai déjà épousée une fois et que Je n'ai jamais abandonnée. Chaque matin Je viens pour te dire qu'un jour Je reviendrai t'inviter, toi et les autres tous ensemble, si ce n'est tout à fait en même temps, pour vous faire entrer dans la plénitude de ma divinité, car c'est là votre véritable demeure, demeure d'éternité. Moi, dit le Seigneur, voici Je viens bientôt, voici Je viens vite, voici Je suis prêt. Et toi, es-tu prêt ?"

 

AMEN
 
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