AU FIL DES HOMELIES

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L'AUJOURD'HUI DE DIEU SEUL AVENIR DE L'HOMME

Is 2, 1-5 ; Rm 13, 11-14 ; Mt 24 , 37-44
Premier dimanche de l'avent – Année A (27 novembre 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN

"Des peuples afflueront, des nations se mettrons en marche, on montera vers la montagne du Seigneur ". Réveillez-vous, le jour approche, voici que le jour vient, le Fils de l'homme viendra.

Nous sommes emportés ce matin dans un grand mouvement, un mouvement d'avenir, d'un avenir qui n'est pas le nôtre, pas plus que ce mouvement. Un mouvement d'avenir marqué par une urgence : "Il viendra comme un voleur", marqué d'un point d'ignorance : "vous ne savez pas le jour". Ce mouvement d'avenir vient nous réveiller, nous sortir de notre nuit et de notre torpeur, comme le jour chassant la nuit, de façon violente comme l'éclair éblouissant qui déchire les obscurités. Ce mouvement d'avenir c'est celui de quelqu'un qui vient. Sa venue, son avenir, son imminence ne sont pas pour demain, dans dix ans ou dans dix mille ans, mais pour aujourd'hui. Voici, l'Éternel vient aujourd'hui, aujourd'hui compte plus que demain, le présent étant l'éternité touchant un point de temps. Pour Dieu, l'être humain n'est ni hier, ni demain, il est aujourd'hui.

En ce dimanche, nous entrons dans une nouvelle année liturgique. Surtout frères et sœurs ne recommençons pas ce que nous avons fait l'année dernière, à enfiler des fêtes et des saisons selon le calendrier ou la chronologie, ne répétons pas ce que les uns et les autres, nous faisons ensemble depuis vingt, trente, cinquante ou soixante-dix ans. Nous n'allons pas relire les mêmes textes, nous n'allons pas célébrer une fois supplémentaire les mêmes fêtes Nous entrons, non pas pour rappeler, mais pour commencer. Et l'Avent nous fait entrer dans le mystère d'un commencement. Nous commençons aujourd'hui quelque chose de nouveau de jamais donné de jamais vécu, quelque chose qui ne vient pas de nous : quelqu'un vient Il est notre seul avenir. Avec l'Avent, l'œuvre de Dieu commence en chacun d'entre nous et dans l'humanité tout entière à travers chacun de ses membres. Nous devons donc nous éveiller non pas pour recommencer ce que nous avons fait hier, dans la foi, ça n'a pas d'intérêt. Nous devons nous éveiller pour accueillir une réalité nouvelle en nous, le commencement incessant de la venue merveilleuse de Dieu, cet élancement inouï et merveilleux de l'Éternel qui sort en nous.

L'être humain, dans ses profondeurs enfouies, où cela reste inoublié, se souvient de ce premier matin où les premières paupières ont ouvert un cœur d'homme, à la première aube éclatante et intacte du sixième jour : et l'homme, un être de terre, de sang et de poussière se saisit soudainement nouveau, reconnaissant l'image et la ressemblance de son Créateur, marquant tel un sceau définitif la face interne de son visage. Dieu était venu vers l'homme avant que l'homme ne fût, Dieu entrait dans l'homme avant que l'homme ne le sut, et à son insu comme un voleur, alors que l'humanité sommeillait encore pour un avenir dont elle ignorait le Jour. Dieu créa l'homme : "Et ce fut le sixième jour". Il y eut un soir, et un matin, et ce fut le septième jour, le Jour éternel qui abolit l'hier et le demain. Il n'y a plus de jour proche ni de jour lointain, mais ce jour unique où Dieu apprend à l'homme cette tâche élémentaire et quotidienne: "Voici, je viens".

Nous commençons cette attente et nous célébrons cet avenir pour aujourd'hui. Car ce commencement de la création n'a jamais cessé. Dieu ne cesse jamais de nous créer. Dieu nous engendre toujours à son image et à sa ressemblance. Le septième jour n'a pas de lendemain ni de fin. L'œuvre de la création ne se situe pas dans le passé ou le futur. Notre péché ne l'a même pas rompue malgré toutes les ruptures du cœur de l'homme, simplement, après le péché Dieu donne à sa création une forme nouvelle, un avènement nouveau, celui-là même que nous allons célébrer au jour de Noël : le commencement dans la chair humaine de l'homme nouveau, l'avènement de l'homme éternel, Jésus Fils de Dieu, le Fils de Marie. Et là encore, Dieu viendra dans la chair humaine comme un voleur. Il va faire effraction dans l'humanité comme un voleur, de façon étonnante et inattendue. Entrant dans la chair et le cœur humains, il en brise l'épaisseur, casse la dureté, fait craquer tout le péché qui le lie et l'emprisonne comme un filet. Dieu entre dans la chair de l'homme comme la lumière dans la nuit, comme la vie dans la mort, Lui le Dieu de la Genèse, de la jeunesse, de la naissance.

Et cette venue nouvelle nous mènera "de commencement vers des commencements sans fin", selon cette belle expression de saint Grégoire de Nysse, ou encore comme le dit saint Paul, "de gloire en gloire, vers une gloire éternelle". Ce commencement de Dieu engendre toujours une transformation, un changement, une conversion. Le premier commencement, notre naissance était facile. Mais les commencements qu'il faut sans cesse accomplir pour ne pas mourir, nous impose une tâche difficile parfois extrême. La foi contient ce paradoxe : plus nous progressons, plus la tâche est exigeante, le réveil difficile, et pourtant d'autant plus nécessaire. Ce changement venant du commencement de Dieu en nous a un double pouvoir d'élimination et de nouveauté. Éliminer quoi ? Ma répétition. Pour quelle nouveauté ? Mais celle de Dieu. Y aurait-il par hasard dans notre vieux monde une autre nouveauté que celle de Dieu ? Éliminer la répétition parce qu'elle est la trame de notre médiocrité, la trame de notre péché, là où il vient s'agripper comme un parasite, cette répétition de notre vie, se "recommencer" sans goût, sans avenir, avec des arrière-goûts de regret et de tristesse. Cette répétition rythmant la monotonie de notre péché, nous conduit à l'indifférence, nous réduit à la petitesse dans l'engrenage qui nous matérialise comme la lente condamnation à mort d'une mécanique qui se casse par usure. Cette usure, cette monotonie, cette répétition nous renferme sur l'homme ancien, sur le vieux monde, sur l'homme pécheur.

Et nous le savons, notre péché c'est de recommencer toujours la même chose. Nous disons lorsque nous venons nous confesser : "Mon père, c'est toujours la même chose". Jamais un prêtre n'a entendu un pénitent lui avouer : "Mon père, je viens d'inventer un nouveau péché". Il n'y a rien de nouveau dans le péché, sinon que c'est le péché. Sortir de cette répétition pour la nouveauté de Dieu, car si Dieu est amour, Il est nouveauté. Cela aussi nous le savons, les amoureux le savent très bien, chaque mot d'amour, chaque geste d'amour, chaque baiser d'amour sont toujours nouveaux même si le geste ou la parole restent les mêmes. Cette nouveauté d'amour, Dieu vient la com­mencer en nous. Voilà la nouveauté à laquelle Il nous appelle aujourd'hui : "Voici, je viens".

Est-ce que cela n'est pas assez inouï pour que vous restiez encore ensommeillés dans votre piété de provinciaux, habitués chaque jour aux mêmes choses, réglés chaque dimanche aux mêmes gestes de la même religion. "Voici, je viens, dit Dieu, et c'est exceptionnel, comme le voleur, de façon inattendue, merveilleuse. Et vous dormez, et vous ne vous réveillez pas de votre torpeur. Est-ce que vous ne seriez plus amoureux de moi depuis le temps que vous m'aimez ?" Oui, frères et sœurs, de mouvement d'avenir, c'est aujourd'hui. L'avenir de Dieu, c'est l'aujourd'hui de l'homme. Et l'homme n'a pas d'autre avenir ni d'autre demain que l'éternelle venue de Dieu, présence quotidienne, intérieure et transformante.

Alors, marchons, prenons ce mouvement, entrons dans le commencement. Levons-nous, réveillons-nous, laissons entrer dans notre cœur tout l'avenir intérieur de cette nouveauté de Dieu de notre avenir en Dieu. Laissons entrer Jésus-Christ aujourd'hui. Demain ou après-demain, le temps est aboli, l'ignorance aussi. Laissons-le entrer comme un voleur, peu importe, sans crainte ni tremblement, sans peur ni inquiétude, puisque aujourd'hui nous savons que c'est lui.

 

AMEN

 
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