AU FIL DES HOMELIES

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UNE ÉGLISE EN MARCHE

Jr 33, 14-16 ; 1 Th 3, 12-4, 2 ; Lc 21, 25-28+34-35
Premier dimanche de l'avent – Année C (1er décembre 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Moissac : La Jérusalem nouvelle

Nous voici donc au début d'une nouvelle année liturgique et, une fois encore, nous allons parcourir toute l'histoire du salut, des commencements jusqu'à la fin. Nous attendrions tout naturellement que cette année liturgique, en ce premier dimanche de l'Avent, commence par le commencement, c'est-à-dire par une évocation de la création du monde. Or vous venez de l'entendre, ce n'est pas du tout ainsi que procède la liturgie. Au commencement de cette année, nous ne parlons pas de la création mais de la fin du monde. Nous lisons le discours eschatologique du Christ, l'annonce du retour du Fils de l'homme sur les nuées du ciel, le jugement de ce monde, l'assomption de tous les élus par le Christ, auprès de Lui dans sa gloire.

En effet, la liturgie, comme d'ailleurs la Bible, à l'encontre d'un certain rationalisme déterministe qui croit que les choses ne sont que ce qu'elles sont et qu'elles ne peuvent déployer que ce qu'elles possèdent déjà, la Bible et, avec elle la liturgie qui s'en inspire et en déploie les richesses, tient que l'essentiel est en avant, l'essentiel est dans l'avenir, c'est cette fin qui nous attire, qui nous aspire vers elle, qui mobilise toutes les énergies et tout le dynamisme de ce monde en lui donnant une sorte d'élan qui est l'élan du désir, qui est l'élan de la vie, ce grand mouvement de toutes choses vers leur fin.

L'essentiel est donc en avant de nous, l'essentiel c'est cet avenir qui est Dieu, car Dieu est l'avenir du monde et l'avenir de l'homme. Non pas comme l'entend la caricature de cette pensée biblique qu'on trouve dans une certaine philosophie moderne qui a inspiré, entre autres choses, le marxisme, que Dieu soit un événement futur, à venir. Dieu nous enserre de toutes parts, Dieu est à la fois notre origine et notre fin, Il est notre présent, notre passé et notre futur, Dieu est la plénitude dans laquelle nous baignons et s'Il nous attire à Lui, c'est d'abord parce qu'Il nous a fait surgir de Lui et parce que l'éternité de Dieu est en dehors des mesures de notre temps et l'enveloppe de toutes parts. Mais ce qui en avant, ce qui est notre avenir, c'est la parfaite rencontre de nous-mêmes avec Dieu, la pleine transfiguration de nous-mêmes par la grâce de Dieu, c'est l'achèvement de cet être en devenir que nous sommes et qui n'a pas encore en lui-même son accomplissement, car il l'attend de Celui qui seul peut le lui donner.

Nous sommes, et le monde entier avec nous, en mouvement, et ce mouvement traverse toute la Bible. Déjà dans l'Ancien Testament, c'est la Promesse de Dieu et donc l'aspiration vers l'avenir qui est l'unique signification de toute l'histoire d'Abraham, de Moïse, du peuple élu. Abraham, c'est celui que Dieu a invité à quitter son pays, à quitter sa famille et son univers pour marcher vers "le pays que je te donnerai". Et l'épître aux hébreux commente :"il aspirait à une ville dont Dieu est l'architecte et que Dieu lui a préparé. " Et à la suite d'Abraham, les patriarches ont, eux aussi marché le regard fixé sur ces étoiles dont Dieu avait dit que "leur descendance serait aussi nombreuse que ces étoiles dans le ciel". Tous les patriarches, et le peuple à travers le désert, à la suite de Moïse, et de David qui attendait lui aussi un Messie, ce roi futur en qui s'accompliraient les promesses de Dieu, et tous les prophètes tendus vers le jour du Seigneur, tout l'Ancien Testament est un immense mouvement d'espérance, de désir, d'attente, de marche en avant vers le Christ qui vient, vers ce Seigneur qui se fait proche.

Vous me direz : c'est très bien pour ce qui est de l'Ancien Testament, mais en ce qui nous concerne, le Messie est venu. Jésus est né, Noël a eu lieu, il y a déjà deux mille ans ou presque, et cette fête de Noël que nous allons célébrer est l'anniversaire d'un événement passé. Le temps de l'Avent dans lequel nous vivons, nous prépare à cet anniversaire et nous remet dans l'état d'âme des patriarches et des prophètes, mais en réalité, pour nous, les choses sont déjà accomplies, le salut est déjà donné. Certes quand le Christ est venu, il a en Lui tout accompli : et la Pâque du Christ, sur sa croix et au matin de la Résurrection, est la naissance et la réalité du monde nouveau et de notre salut. Nous sommes réellement et dès maintenant sauvés : nous avons déjà en nous la vie éternelle.

Pourtant même si tout est donné par la venue du Christ à Bethléem, par cette Noël il y a deux mille ans dont nous allons célébrer l'anniversaire, pourtant encore l'attente existe dans notre cœur, pourtant encore notre vie chrétienne est une vie de désir et d'espérance. Car si le Christ a déjà accompli en réalité, dans sa propre chair offerte en sacrifice et ressuscitée au matin de Pâque, il reste encore pour chacun d'entre nous, à entrer personnellement dans ce salut qui est déjà nôtre, mais qui ne peut pas se faire sans nous, qui a besoin que nous ouvrions notre être à cette venue de la grâce de Dieu. Il faut que nous-mêmes, nous nous laissions précisément envahir par cette vie, que nous nous laissions redresser, mettre en marche par le Christ, par la puissance agissante de sa Résurrection qui est déjà en nous et qui cependant a besoin que, librement nous la fassions nôtre.

Et ce qui est vrai de chacun d'entre nous est vrai de l'humanité tout entière, et de même de tout l'univers, car toute chose, tout être doit se laisser pénétrer, envahir par le salut qui nous a apporté le Christ et vers lequel nous devons tendre les mains et tendre nos cœurs. Car ce salut ne peut devenir nôtre que si nous y adhérons, si nous l'assumons en tout notre être. Et c'est pourquoi même si notre vie est fondée, enracinée dans la première venue du Christ sur la terre, nous sommes aussi dynamisés et tendus vers le retour du Christ, quand Il viendra à nouveau pour accomplir ce qu'Il a déjà réalisé en substance pour nous. Nous sommes toujours, comme Abraham, comme Moïse, comme David tendus par l'espérance par l'attente, par le désir du Christ qui viendra rassembler toutes les libertés qui se seront ouvertes à Lui, tous ceux qui seront entrées dans le grand élan de sa Résurrection. 'C'est-à-dire que pour nous aussi, l'essentiel est encore à venir. Comme nous le dit le Christ dans l'évangile : "Redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche ". Oui, le Seigneur est proche, Il nous attire à Lui, et nous aspire vers Lui, Lui notre liberté et notre délivrance.

Quand je reçois pour la première fois, dans cette église, les enfants du CE1 pour la première célébration de leur première année de catéchisme, je leur fais visiter cette église et je leur montre comment cette église est leur maison, la maison de cette communauté chrétienne dont ils font partie. Nous visitons les différentes parties de l'église, la chapelle du Saint Sacrement et le lieu des confessions, mais nous commençons par nous mettre au fond pour voir la nef. Et je leur explique que "nef" c'est le même mot que "navire", et que d'ailleurs les voûtes de la nef ont la forme d'une coque de navire à l'envers. Cela veut dire que nous sommes tous embarqués dans un navire qui est l'Église et qui avance à travers la mer, à travers l'histoire vers Dieu mais ce qui fait la différence entre l'Église et l'Ancien Testament, c'est que le Christ est déjà venu et par conséquent, même si nous marchons vers Lui, en même temps Il est avec nous, et marche à notre tête. C'est la raison pour laquelle il y a en tête de l'Eglise, sur la proue du navire, cette icône du Christ à l'avant de la nef, qui guide la marche de l'Église vers l'avenir où nous verrons Dieu.

Frères et sœurs, nous devons commencer cette nouvelle année en nous laissant prendre par ce grand mouvement qui est celui de l'Eglise, qui est celui de l'amour du Christ mis dans notre cœur pour devenir notre propre amour. L'amour c'est un élan. Saint Augustin disait que c'est un poids qui nous attire vers le haut. Laissons-nous donc attirer vers le haut, laissons-nous prendre par ce désir du Christ qui doit donner son sens à toutes nos actions quotidiennes. Chaque chose que nous ferons doit être orientée, axée vers cette rencontre du Christ qui, seul donnera plénitude de sens à tout ce que nous sommes.

 

AMEN

 
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