AU FIL DES HOMELIES

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LE TEMPS DU LONG DÉSIR ... CAR LE CHRIST VIENT !

Is 2, 1-5 ; Rm 13, 11-14 ; Mt 24 , 37-44
Premier dimanche de l'avent – Année A (2 décembre 2001)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

"La religion, c'est très important pour les en­fants !" Voilà ce que me disait, il y a quelque temps, une fiancée que je préparais au ma­riage. Elle ajoutait : "Mon enfance n'aurait pas été la même sans la religion, cela apporte tant d'émotion, de la beauté. Evidemment après, avec les études et le sens historique, on ne peut pas y attacher la même signification".

La religion, serait-ce donc uniquement pour les enfants ? Je me souviens aussi à l'époque qui sui­vit le Concile et où chacun faisait un tout petit peu ce qui lui passait par la tête, un prêtre, religieux de sur­croît, avait centré son sermon de Noël sur trois thèmes : l'enfance, le cadeau, la pauvreté ! Quel mystère !

Nous sommes le premier dimanche de l'Avent. Avent cela veut dire "avènement", ce qui veut dire que nous nous préparons pendant quatre semai­nes à la fête de Noël qui est la fête de l'avènement du Christ. Dans un récent article paru dans "la Croix", Enzo Bianchi, dont vous avez entendu parler, c'est le fondateur du monastère de Bose, près de Turin, Enzo Bianchi disait : "Nous avons réduit Noël, et par la même occasion le temps de l'Avent, au seul événement passé de la venue, de l'avènement de Jésus à Be­thléem. Ainsi notre attente est l'attente d'un événement passé". Nous avons transformé cette attente en celle d'une jolie histoire pour enfants, c'est une attente fictive, comme dans un beau conte, une belle histoire, on revient sur ce que nous raconte notre grand-mère, ou notre papa, le soir avant de nous endormir, la belle histoire de Jésus venu à Bethléem. Noël, l'avènement du Christ, c'est cela certes, mais ce n'est pas que cela. Le Christ est déjà venu, mais le Christ reviendra, ou plus exactement, le Christ vient. Il est en train de venir. Notre attente n'est pas simplement une manière fictive de faire "comme si", avec les prophètes et les patriarches, nous attendions encore la venue de Jésus à Bethléem, notre attente prenant appui, prenant exemple sur l'attente des patriarches et des prophètes, qui eux, poussés par la promesse du Messie, attendaient sa venue, mais notre attente, prenant appui sur la leur, est bien une attente réelle, vraie, d'un événement qui vient. Car si le Christ est déjà venu, le Christ ne cesse de venir, et Il viendra pour achever, pour donner son sens, sa plénitude, sa complétude à cette histoire qui est notre histoire, qui est l'histoire du monde et de l'univers.

Notre histoire va vers un but. La fin du monde, ou mieux, le commencement du monde nou­veau, la mort de ce monde est la transfiguration de notre monde en un monde nouveau, elle est bien un événement qui polarise notre attente. Alors, notre attente ne consiste plus à faire "comme si", à faire semblant d'être un prophète de l'Ancien Testament, mais notre attente, c'est bien la tension de tout notre être vers ce qui est en avant de nous, et qui ne cesse de s'approcher de nous, de nous aspirer, de nous atti­rer. Les premiers chrétiens pensaient que le retour du Christ, cette fin des temps, cet accomplissement de toutes choses était proche, imminent, ils l'attendaient pour le jour suivant ou la semaine suivante. Certes, l'histoire ne s'est pas déroulée comme ils l'attendaient, et depuis plus de deux mille ans, nous attendons ce retour du Christ. Pourtant, dans la hâte, dans l'impa­tience de leur attente, il y a quelque chose de profon­dément vrai, et qui demeure vrai quel que soit le délai, c'est que le Christ vient, et nous ne savons pas s'Il viendra aujourd'hui ou demain, ou dans mille ans, peu importe, de toute manière cette venue est imminente. Saint Paul nous le dit : "Le temps se fait court" (I Co­rinthiens 7, 29). Et encore dans le texte que nous écoutions il y a quelques instants : "La nuit touche à son terme, déjà le Jour est proche". Jésus l'a dit aussi envoyant ses disciples : "Le Royaume de Dieu est tout proche" (Luc 10, 9). Et saint Jean dans sa première lettre nous dit : "C'est maintenant la dernière heure" (I Jean 2, 18).

Frères et sœurs, nous vivons confortablement dans un temps indéfini. Nous imaginons que, sauf catastrophe, nucléaire ou autre, le temps va continuer à se dérouler et que comme il y a eu Louis XIV et Napoléon premier, et puis plus récemment Hitler et Staline, il y aura encore d'autres hommes plus ou moins célèbres, et comme il y a eu notre grand-père et notre grand-mère, et notre père et notre mère, il y a aura aussi nos enfants, nos petits-enfants, et nos ar­rière petits-enfants, et que cela ne cessera de se repro­duire d'une manière plus ou moins cyclique, plus ou moins similaire. Frères et sœurs, nous sommes là installés dans l'illusion et dans l'erreur. Nous ne sommes pas dans un temps indéfini, nous sommes dans un temps qui est orienté, polarisé, qui marche vers son terme, et son terme est proche, de plus en plus proche. Cela signifie que pour nous, chrétiens, le temps de l'Avent qui est en quelque sorte le symbole du temps de l'Église, de ce temps que nous vivons, c'est le temps du désir. Nous sommes trop bien ins­tallés dans notre vie, dans nos habitudes, dans notre terre. Nous sommes trop bien installés, il n'y a pas de place suffisante en nous pour le désir, le désir de Dieu, le désir de rencontrer Celui qui vient à notre rencontre, le désir de voir le visage de Celui qui nous aime par-dessus tout, et qui est notre Bien-Aimé. Le Christ est-Il vraiment le Bien-Aimé de notre cœur ? Y a-t-il en nous ce désir profond de le voir, de l'étrein­dre, de le rencontrer, d'être "saisis par Lui" comme le dit saint Paul, afin que nous puissions nous aussi le saisir (Philippiens 3, 12)? Cela nous laisse en fait, bien souvent, assez indifférents. Nous nous préoccu­pons de tas d'autres choses, plus immédiates, plus urgentes croyons-nous, en tout cas plus quotidiennes. Cela obscurcit de façon habituelle en nous ce désir. Y a-t-il dans notre cœur un désir vrai de rencontrer le Christ ? La fin du monde, la fin des temps, la fin de notre vie, notre mort, sont-elles seulement un moment terrible dont nous avons peur, et que nous rejetons le plus loin possible de notre esprit afin de ne pas être saisis par la terreur, ou bien la fin du temps, la fin du monde, la fin de notre vie, notre mort, est-ce l'aurore de ce Jour qui se lève dont parle saint Paul ? Est-ce le moment béni où nous pourrons enfin connaître Celui que nous aimons, Celui qui nous aime en tout cas, Celui qui vient vers nous, Celui qui nous attend, Celui qui nous appelle, Celui qui veut nous prendre près de Lui, dans sa joie ?

Alors, frères et sœurs, ne soyons pas des en­fants qui se contentent de ressasser une belle histoire qui prend les apparences d'un conte de Noël, ne soyons pas des enfants qui se reposent sur une sorte de continuité heureuse et béate, soyons vraiment des êtres d'amour, de désir, d'attente, de tension. Soyons réellement orientés par tout nous-mêmes vers Celui qui donne sens, qui est le but de tout ce que nous sommes, et de toute notre vie. Que ce temps de l'Avent nous emporte au-delà de nos petits soucis et de nos petites inquiétudes. Que ce temps de l'Avent nous emporte vers le grand large, vers cette grande rencontre, vers cet accomplissement de toutes choses, vers ce renouvellement de nous-mêmes et de tout l'univers.

 

 

AMEN

 

 
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