AU FIL DES HOMELIES

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ON ATTEND UN PÈRE, ET C'EST UN FILS QUI VIENT !

Is 63, 16-17b+19b et 64, 2b-7 ; 1 Co 1, 3-9 ; Mc 13, 33-37
Premier dimanche de l'avent – Année B (27 novembre 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Peut-être frères et sœurs, que la richesse de l'histoire d'une vie ne tient pas uniquement à la richesse des événements. Permettez-moi de résumer brièvement l'histoire d'Israël, même si vous la connaissez par cœur, ce n'est pas très difficile, il y a deux choses : le passage de la mer Rouge, et l'exil. Et quelle que soit la situation d'Israël, Israël à chaque instant, à chaque moment de son histoire, se référera à ces deux événements. Pourquoi vous dire cela, alors que nous célébrons le premier dimanche de l'Avent ? C'est à cause de la première lecture tirée du livre d'Isaïe. Cette lecture, en ce qui me concerne, a été très riche en réflexion pour ce matin. Nous sommes face à ce peuple d'Israël, exilé, et qui se met à écrire à Dieu en se plaignant. J'ai envie d'intituler cette première lecture : lettre d'un fils désespéré à un père absent. Effectivement, si on relit la lettre, dans une lecture un peu modernisée, il y a d'abord une accusation. Le fils, Israël dit à son père : je suis un mauvais fils, je suis un pécheur. Pourquoi ? Parce que tu es un mauvais père, parce que tu as caché ta face, parce que tu es trop absent. Il y a une accusation, il y a une supplication que nous avons repris, chanté et répété. Tu es trop absent, je suis pécheur, mais tu es encore plus fautif que moi, je te demande quand même de faire le premier pas. Effectivement, je trouve que c'est un peu gonflé de la part du fils, c'est lui qui est coupable, c'est lui qui est pécheur, c'est lui qui fait toutes les bêtises devant l'Éternel, non seulement, il ose accuser son père d'être trop absent, mais en plus, il lui demande de faire le premier pas ! Généralement, en bonne morale, quand on éduque les enfants, on leur explique que quand on a fait une bêtise, c'est à l'enfant de venir demander pardon. Ici, il n'en est rien. Israël, le fils pécheur dit à Dieu trop absent : descends du ciel. C'est à toi de venir, et non pas à moi de venir à toi.

Ensuite, il y a un cri de joie vis-à-vis de Dieu. Parmi tous les dieux, il n'y en a qu'un qui est descendu de son piédestal, c'est toi, et tu es venu nous voir, tu es venu nous visiter. Un peu comme dans le cœur d'une enfant, quand après une petite querelle avec ses parents, il se dit : mon père, il n'est jamais là, il est tout le temps au travail, il ne s'occupe pas de moi, c'est pour cela que je fais des tas de bêtises, on trouve toujours de très bonnes raisons, mais en fait, mon père, quoi que je puisse en penser, quoi que je puisse dire sur lui, il est venu. Et mon papa, c'est le meilleur de tous les papas disent les enfants dans la cour de récréation.

Une joie, une fierté, et ensuite, une reprise de ses propres péchés mais relus différemment. Au début on se dit : oui, je suis un petit peu pécheur, mais c'est surtout la faute de Dieu, mais à la fin du texte, Israël qui reprend sa propre histoire la voit d'une manière un peu différente. Cette fois-ci, le rédacteur va s'épancher davantage sur toutes ses fautes : nous étions semblables à des hommes souillés, nos mauvaises actions étaient comme des vêtements salis, nous étions tous desséchés comme des feuilles, nos crimes comme le vent nous emportaient, personne n'invoquait ton nom, bien sûr tout cela parce que tu t'étais caché. Mais la perception de la réalité chez les rédacteurs à la fin du texte est quand même beaucoup plus objective et plus juste qu'au début. Comme si cette rencontre avec Dieu lui avait permis d'ouvrir ses yeux et de découvrir d'ailleurs ce très beau passage aussi dans le texte : je découvre que tu viens vers celui qui pratique la justice, et qui n'oublie pas ton nom. Le fils désespéré pense alors qu'il se plaint de l'absence de son père, que ce père cache sa face, mais que le père peut être présent d'une autre manière à travers ce qu'il a légué de plus important : la justice et la mémoire.

Je trouve assez intéressant que ce texte soit proposé au premier dimanche de l'Avent, parce que pense que dans notre société actuelle, nous sommes un peu comme le balancier d'une horloge, et après avoir crié en dénonçant l'autorité qui écrase trop les jeunes, haro sur la paternité, parce qu'en fait, les parents empêchent les enfants de pouvoir grandir comme ils veulent les pauvres petits, etc … on se retrouve dans une situation où l'on part n'importe où. On trouve partout dans les journaux et les revues les plus basique, ce thème sans cesse ressassé : attention à l'absence du père. Je ne suis pas psy, mais quand même, attention. Où allons-nous en absence du père ? Je n'ai pas l'intention ce matin d'aborder cette question du point de vue de la société, mais plutôt du point de vue de notre vie spirituelle et chrétienne. Cependant, ce débat de la société nous interpelle, quant au père trop présent, ou un père trop absent, et il se relit aussi dans l'histoire théologique de l'histoire d'Israël. L'enfance d'Israël dans le désert, c'est bien la même problématique : Israël se plaint parce que Dieu est trop présent et le peuple a l'impression qu'il ne peut pas faire ce qu'il veut. Et ensuite, Israël en Terre Promise, Israël installé dans les murs de Jérusalem, Israël devenu adulte, autonome, c'est la grande mise en garde de Dieu dans le livre du Deutéronome : quand tu seras bien installé et que tu seras autonome, que tu auras des vignes que tu n'as pas plantées, des villages que tu n'as pas bâtis, tu m'oublieras. Et la situation adulte de notre société, c'est la même chose : nous sommes tellement bien installés que nous en avons oublié Dieu, mais nous n'oublions jamais de nous plaindre auprès de Dieu. Quand les choses ne vont pas comme nous le souhaitons, nous geignons, et nous nous plaignons toujours de ce Dieu trop présent quand on ne souhaite pas sa présence à nos côtés, et trop absent quand on voudrait qu'Il vienne à notre secours.

Je crois que dans ce texte, ce dialogue entre Dieu et l'homme pourrait se résumer par cet échange de question problématiques. Nous disons à Dieu : tu es trop absent et nous voulons que tu viennes comme Dieu, comme Père, c'est-à-dire celui qui fait tout, qui est tout-puissant, celui qui règlera toutes nos misères. Quelle est la réponse de Dieu ? Dieu nous dit : tu veux que je vienne comme Père, et bien, je vais venir comme Fils ! Quelle surprise. Israël ne s'attendait pas à cela. De même nous ne nous attendons jamais à cette réponse. Nous demandons un Dieu qui vient nous réconforter, nous donner tout ce dont nous avons besoin sans que nous ayons à lever le petit doigt, et Dieu répond autrement en venant comme Fils. Il nous dit : tu veux que je m'occupe de toi ? Et si on retournait la problématique ? Et si en fait, toi homme, tu t'occupais un peu de moi ? de l'Autre, mais aussi de l'autre ? En fait, on a l'impression que Dieu s'est un peu trompé de cadeau de Noël. Parfois, on attend un cadeau très particulier selon nos propres désirs, on aimerait avoir une raquette de tennis, par exemple, et puis, ce n'est pas la raquette de tennis qui arrive, mais une simple raquette de tennis de table ! Alors, réaction : mes parents ne m'ont pas écouté, mes parents ne m'ont pas compris, je suis délaissé, je suis tout seul. Et si peut-être Dieu voulait essayer de nous dire autre chose en nous donnant un autre cadeau que celui que nous convoitons ? Nous demandons toujours un signe qui rassure, nous voulons rester dans un état d'enfance, et je crois que c'est une très mauvaise lecture quand on parle de l'enfance spirituelle, il faut être très prudent quand on parle de ce sujet. Dieu ne veut pas que nous restions comme des petits enfants, bêtes, collés à lui, comme renfermés sur nous-mêmes, dans notre cœur, mais Il veut nous donner une responsabilité. Et quand nous lisons ce texte aujourd'hui, comme ouverture du temps de l'Avent, avec Noël qui se profile, Dieu nous dit : tu attends que je vienne comme Père pour tout régler, et moi je te dis que tu es capable, avec toute la grâce que tu vas recevoir de ma part, de grandir.

Je lisais un article assez intéressant sur la problématique des cadeaux de Noël. Vous allez découvrir le lien. C'est le souci des parents d'essayer de trouver un cadeau à la fois assez attractif, mais comme disaient les parents dans cet article, des cadeaux pas trop bêtes pour aider les enfants à grandir, à s'épanouir, à devenir adultes. Je crois qu'en fait, Dieu veut la même chose pour nous. Quand Il vient nous donner un cadeau, quand Il vient nous donner sa grâce, quand Il vient nous donner un sacrement, ce n'est pas pour que nous restions à l'état d'un petit enfant, mais pour que nous puissions profiter de sa grâce et grandir.

Je crois, frères et sœurs, que le plus beau cadeau que nous puissions faire pour ceux que nous aimons, c'est tout simplement, même si c'est très difficile, de les aider à grandir.

 

AMEN

 

 

 

 
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