AU FIL DES HOMELIES

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TOUTE LA CRÉATION EN ATTENTE DE LA RÉSURRECTION

Jr 33, 14-16 ; 1 Th 3, 12-4, 2 ; Lc 21, 25-28+34-35
Premier dimanche de l'avent – Année C (3 décembre 2006)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, nous avons l'habitude de ces images de destruction du ciel et de la terre qui sont fréquentes dans les textes apocalyptiques, qu'il s'agisse de l'Apocalypse de saint Jean ou bien des discours apocalyptiques du Christ, et qu'on retrouve aussi dans d'autres traditions religieuses. En réalité, ces signes dans le ciel, le soleil, la lune et les étoiles, ces hommes qui sont dans l'angoisse à cause du fracas de la mer et des flots et qui défaillent de frayeur, c'est ce que nous voyons de nos yeux, même si ce n'est pas ramassé en un seul événement comme dans le discours du Christ. Depuis que les hommes sont les hommes et de plus en plus à mesure que nous avançons dans l'histoire, nous ne cessons de voir cette folie destructrice qui habite l'humanité, cette manière que nous avons de dilapider la qualité de vie par la pollution universelle, que ce soit celle de l'air, de l'eau, du climat, que ce soit la destruction des forêts qui avance inexorablement, qu'il s'agisse de cet égoïsme des nations riches qui veulent l'être toujours davantage au détriment des pauvres, qu'il s'agisse de la haine, du refus de la différence qui dresse les peuples les uns contre les autres pour s'entredéchirer. En réalité, à travers ces images apocalyptiques, c'est bien l'histoire des hommes qui nous est montrée.

Mais au milieu de cette annonce de la destruction progressive du monde par les hommes (et nous ne sommes pas obligés de penser à la bombe atomique pour cela, nous nous y prenons très bien au jour le jour), à travers cette annonce de la fin des temps, de la fin du monde, il y a quelques phrases que je voudrais relever pour vous : "Quand cela commencera d'arriver, redressez-vous et relevez la tête". Voici ce que le Christ demande à ses disciples. Non pas de défaillir de frayeur, de trembler de peur dans l'attente de ce qui va arriver, mais "redressez-vous, relevez la tête car votre délivrance est proche". Et un peu plus loin encore, Il dit : "Veillez donc afin d'avoir la force d'échapper à ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l'Homme". Ces images, "redressez-vous, relevez la tête pour se tenir debout devant le Fils de l'Homme", ce sont des images qui s'interprètent d'après le contexte par la consigne de veiller. Se tenir debout, c'est ne pas se laisser aller au sommeil ; tenez-vous sur vos gardes, veillez, priez, afin d'avoir la force d'échapper à tout ce cataclysme.

Mais par-delà cette signification évidente, se tenir prêt, se tenir éveillé, ces mots évoquent un mystère plus profond qui est celui de la Résurrection. Se redresser, se tenir debout, en grec, c'est exactement le même mot que celui qui est utilisé pour dire la Résurrection. Ressusciter, c'est être mis debout. C'est la raison pour laquelle le Concile de Nicée a demandé que le dimanche (qui est le jour hebdomadaire de la Résurrection du Seigneur) et pendant tout le temps Pascal, nous ne prions pas à genoux mais debout, parce que nous sommes participants de la Résurrection du Christ qui nous met debout. Voilà donc qu'au milieu de cette destruction progressive de notre monde qui un jour, atteindra son apogée, le Christ nous invite à entrer dans le mystère de la Résurrection. La Résurrection, c'est la vie renouvelée, plus précisément la vie en tant qu'elle jaillit de la mort. Ressusciter, c'est passer de la mort à la vie, c'est du plus profond de la mort surgir pour une vie nouvelle. Ressusciter, c'est exactement la même chose qu'être créé, c'est une création nouvelle. Vous le comprenez, ce texte nous invite à jeter un regard sur l'ensemble de l'histoire du monde, plus précisément sur ce que nous appelons le dessein de Dieu, le plan de Dieu, le désir du cœur de Dieu tel qu'il se déroule à travers l'histoire du monde.

Le premier acte de cette histoire du monde, c'est la création, le geste créateur de Dieu. Dieu, qui de toute éternité vit dans l'amour infini du Père, du Fils et de l'Esprit, a laissé déborder cet amour infini, cet amour surabondant et sans limites, Il l'a laissé déborder pour qu'en jaillissent des êtres nouveaux capables par ce don de Dieu, d'entrer en dialogue avec Lui. Dieu a voulu par amour, et pour l'amour, créer des êtres nouveaux qui soient à côté de Lui pour pouvoir entrer avec Lui dans ce dialogue infini d'amour qui existe déjà de toute éternité entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint. Dieu nous a créés pour que nous participions à ce bonheur infini qui est le sien, qui et le bonheur d'aimer, de se donner, de se recevoir sans limites et sans fin. C'est le premier acte qui donne le sens de toute l'histoire : Dieu nous a fait surgir du néant pour que nous entrions dans la plénitude et la joie de son Amour.

Le deuxième acte recouvre toute l'histoire des hommes : c'est le refus par l'homme de ce dessein de Dieu. Au lieu de la bienheureuse dépendance d'amour que Dieu lui proposait, l'homme a choisi l'orgueilleuse solitude de l'autosuffisance. En se coupant de sa source, en se coupant de ce dialogue fondateur, il s'est détruit lui-même, c'est le mal, c'est le péché, c'est toute l'histoire des hommes. Sans cesse, les hommes s'éloignent les uns des autres, s'éloignent de Dieu, refusent la relation, refusent la dépendance de l'autre pour s'enfermer chacun en soi-même dans l'égoïsme qui tourne à la jalousie et puis à la haine et à la destruction. C'est le tableau que nous donne le Christ au début de ce discours, qui n'est que le condensé et le résumé de ce dont les hommes sont capables. Sans cesse, Dieu appelle l'homme et lui redit son dessein d'amour, et sans cesse, l'homme préfère être seul et camper dans la solitude de son orgueil.

Troisième acte, Dieu pour guérir l'humanité blessée, l'humanité pécheresse enfouie dans le mal, pour nous guérir, Dieu vient Lui-même parmi les hommes sur la terre. Non pas simplement pour nous prêcher le bien, non pas simplement pour nous exhorter à l'amour, mais pour participer à notre expérience et aller jusqu'au plus profond de notre détresse. Dieu Lui-même, Jésus, se fait homme pour prendre sur Lui toute la souffrance des hommes, toute la solitude des hommes, tout le péché des hommes, toute la haine des hommes. Il endosse tout le négatif que l'homme a inventé en réponse à ce dessein d'amour de Dieu. Et endossant, Lui qui est l'amour infini, tout ce refus d'amour, prenant sur Lui tout le poids de ce péché, Il porte son amour au cœur même de l'histoire, au cœur même du mal, au cœur même du refus de l'homme et Il fait exploser ce refus et ce péché de l'homme par la puissance victorieuse de son amour. C'est cela la Résurrection. Non pas simplement un amour qui remplace la haine mais qui vient au cœur même de la haine la plus sordide, faire éclater la victoire de l'amour. C'est en endossant nos fautes que le Christ les a vaincues, c'est le surgissement de la vie à partir de la mort. C'est une nouvelle création, c'est la deuxième création et c'est pour cela que le Christ est ressuscité le premier jour de la semaine, le jour de la création du monde, pour bien manifester que sa Résurrection est une recréation, un renouvellement total non plus à partir du néant comme la première création, mais à partir de ce néant du mal, ce néant du péché qui remplit toute l'histoire des hommes. En ressuscitant, le Christ apporte une puissance de vie d'autant plus immense et infinie qu'elle est surgie de l'expérience même du mal, de la souffrance et de la mort.

En ressuscitant le Christ nous appelle, le Christ appelle la création, le Christ appelle tout l'univers, depuis les étoiles jusqu'au plus infime brin d'herbe en passant par tout le règne animal, Dieu appelle toute l'humanité, toute l'histoire à entrer de nouveau dans une création renouvelée, à entrer dans sa Résurrection. La Résurrection du Christ c'est le principe d'un monde nouveau qui est notre monde mais transfiguré, notre monde dans lequel le mal est vaincu par la puissance de l'amour de Dieu. C'est le quatrième acte de l'histoire du salut, l'extension à toutes choses de cette nouvelle création inaugurée dans la chair du Christ ressuscité. C'est pourquoi, de même que le monde a jailli de l'acte Créateur et "ce fut le premier jour", de même que le Christ est ressuscité le premier jour de la semaine, de la même façon, les premiers chrétiens attendaient la fin du monde, le retour du Christ récapitulant toutes choses dans "les cieux nouveaux et la terre nouvelle", ils attendaient cet accomplissement le premier jour de la semaine et veillaient toute la nuit du samedi au dimanche dans cette attente bienheureuse. C'est l'origine de l'office des Vigiles.

C'est cela que nous attendons, nous attendons ce jour béni où toutes choses cesseront d'être au pouvoir du mal et du Prince du mal, pour entrer dans la gloire des fils de Dieu, pour entrer dans la résurrection de l'univers, pour entrer dans la Résurrection du Christ s'étendant à toutes les créatures et réalisant enfin, malgré notre péché et en quelque sorte en se servant de notre péché, réalisant enfin ce dessein de Dieu de nous rassembler tous dans cet unique acte d'amour infini dont le Père, le Fils et l'Esprit vivent de toute éternité, et qu'ils veulent partager avec nous et pour lequel Dieu nous a créés, recréés, ressuscités.

Que notre vie personnelle, notre vie de communauté, toute l'histoire des hommes, soit ainsi récapitulée dans la Résurrection du Christ devenant notre résurrection et celle de l'univers tout entier. "Redressons-nous et relevons la tête, car notre délivrance est proche".

 

AMEN

 

 

 

 
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