AU FIL DES HOMELIES

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L'ATTENTE DE DIEU ET LA DYNAMIQUE DU DÉSIR

Is 63, 16-17b+19b et 64, 2b-7 ; 1 Co 1, 3-9 ; Mc 13, 33-37
Premier dimanche de l'avent – Année B (30 novembre 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, au début de ce temps de l'Avent, au début de cette année liturgique qui est le symbole et le résumé de toute notre vie, de toute notre histoire, de toute l'histoire de l'Église et de l'humanité, la consigne que nous donne le Seigneur est claire, il nous demande de veiller. Veiller, c'est-à-dire de ne pas céder à la tentation du sommeil, de l'oubli, de la distraction et de l'inattention. Veiller, c'est-à-dire rester les yeux ouverts, le cœur ouvert, l'esprit ouvert, pour que quand le maître viendra, que ce soit dans la soirée, ou à minuit, ou au chant du coq (un peu avant l'aube), ou au petit matin, il nous trouve en train de l'attendre en veillant.

Cette veille des serviteurs, Jésus y est revenu à plusieurs reprises dans l'évangile, je voudrais vous rappeler la version qu'en donne saint Luc : "Que vos reins soient ceints, et vos lampes allumées. Soyez semblables à des serviteurs qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu'il viendra et frappera (Luc 12, 35-36). – Voici que je frappe à la porte, si quelqu'un entend et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui, et lui près de moi (Apoc. 3, 20). – Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller. En vérité je vous le dis, il se ceindra d'un linge, les fera mettre à table, et passant de l'un à l'autre, il les servira"(Luc 12, 37). C'est la promesse que le Seigneur nous a faite, c'est la promesse qu'il a réalisée la veille de sa Passion, au moment de quitter ce monde pour le Père, quand il s'est ceint les reins avec un linge non seulement pour servir ses apôtres, mais pour leur laver les pieds.

Par conséquent, cette nuit n'est pas comme on le dit souvent, simplement le signe de la mort ou de l'oubli ou du sommeil. La nuit c'est aussi le lieu de la rencontre, c'est le moment où le maître arrive. Souvenez-vous des dix vierges : "Au milieu de la nuit, un cri se fait entendre, voici l'Époux qui vient"(Mt. 25, 6). L'Époux vient dans la nuit et la nuit est illuminée par la douceur de sa venue. Certes, nous ne savons pas à quelle heure il viendra et c'est pourquoi nous sommes vigilants, nous sommes éveillés, nous sommes déjà participants de l'éveil du Christ car c'est le mot qui désigne sa résurrection Vous vous souvenez de ce verset d'une hymne que saint Paul cite dans l'épître aux Éphésiens : "Eveille-toi ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts" (Eph. 5, 14). S'éveiller c'est sortir de la torpeur du sommeil qui est déjà comme une sorte de mort.

Cette veille à laquelle le Christ nous invite est intimement liée à la Pâque du Christ. Il nous demande de veiller pour attendre sa venue, c'est la raison pour laquelle au début de cette eucharistie, nous avons proclamé : "Viens Seigneur Jésus, ne tarde plus. En veillant dans la nuit, nous attendons ta venue". La veille nous permet d'attendre la venue du Christ. Attendre, c'est faire attention, c'est rassembler l'attention de notre cœur pour ne pas laisser passer le moment de la rencontre. Attendre, c'est aussi être tendu : l'attention et la tension sont jumelles. On est attentif parce qu'on est tout entier attiré par celui qui nous appelle, celui que nous attendons. Attendre c'est une attitude dynamique. Je voudrais vous citer un passage bien connu de saint Paul où il nous donne toute la valeur spirituelle et mystique de cette attente : "Oubliant le chemin parcouru je vais droit de l'avant, tendu (voilà bien la tension), tendu de tout mon être et je cours vers le but en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut dans le Christ. Non que je sois déjà au but ni déjà devenu parfait, mais je poursuis ma course pour tacher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus"(Phil. 3, 12-14). Le Christ Jésus nous a déjà saisis par la main au moment de notre baptême et nous nous élançons à sa suite pour parvenir au but, c'est-à-dire pour parvenir à le saisir, à l'étreindre, à nous retrouver dans l'intimité la plus profonde de sa présence. Cette rencontre qui remplira toute notre éternité, cette rencontre avec le Christ est un jaillissement de vie. Ce n'est pas un sommeil, c'est une exultation. Voilà à quoi nous sommes invités et toute notre vie ne prend son sens que par cette rencontre vers laquelle nous sommes tendus. Si nous veillons, c'est pour être attentifs dans notre attente de cette rencontre vers laquelle nous sommes tendus.

Il faut que ce temps de l'Avent nous mette dans une situation dynamique. La vie chrétienne n'est pas simplement une série d'observances et de préceptes, mais la vie chrétienne, c'est un élan. C'est ce que saint Paul vient de nous dire : "Oubliant le chemin parcouru, je m'élance je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être"(Phil. 3, 13). Frères et sœurs, est-ce qu'au début de cette année liturgique, nous sommes véritablement tendus vers la rencontre du Christ ? Est-ce que nous essayons de tout concentrer dans nos mains pour saisir ce Christ qui déjà nous a saisis lui-même, ce Christ qui est venu à notre rencontre et qui nous appelle à venir le rencontrer ? Car le Christ ne nous laisse pas faire seul le chemin, c'est lui qui vient pour nous prendre. Saint Augustin nous donne là-dessus une image admirable (Sermon 337, 3-4). Il nous dit : dans les réalités terrestres le poids les entraîne vers le sol. La pierre qu'on lâche, tombe. Mais dit-il, dans les réalités de Dieu, le poids de la charité nous attire vers le haut. Nous sommes attirés, aspirés, appelés, attendus, Dieu nous saisit pour que nous puissions le saisir comme le dit saint Paul. Nous devons nous laisser prendre par Dieu, nous laisser saisir par la main pour que tout notre être soit tourné vers lui, vers cette rencontre entre lui et nous qui remplira toute notre éternité. L'éternité n'est pas un état statique, c'est une découverte sans cesse renouvelée de ce mystère de Dieu qui devient notre propre mystère et qui nous engloutit en quelque sorte dans la merveille et l'émerveillement de cette découverte.

Saint Grégoire de Nysse dit que nous passerons notre éternité à découvrir le mystère de Dieu, et que nous n'aurons jamais fini de le découvrir, et que plus nous entrerons dans ce mystère, plus nous verrons qu'il nous reste encore une immensité à parcourir pour y entrer vraiment (Vie de Moïse, II, 224-227. Homélie V sur le Cantique, "Lève-toi et viens", p. 125-126 ; "les progrès de l'âme", p. 128-130). L'éternité n'est pas un repos, un sommeil, ce n'est pas le sommeil de la mort, l'éternité c'est cette vigilance dans laquelle nous traverserons la nuit de cette rencontre avec Dieu au cœur de l'obscurité, la nuit qui nous appelle toujours plus avant vers la lumière qui est au bout de la nuit.

Frères et soeurs, que nous nous laissions saisir par le Christ, que nous ne soyons pas sans vie, des endormis qui se laissent mourir, mais que nous nous laissions prendre, appeler, combler au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer.

 

AMEN

 

 

 

 
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