AU FIL DES HOMELIES

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 LE JAILLISSEMENT DE L'ÉTERNITÉ

Is 2, 1-5 ; Rm 13, 11-14 ; Mt 24 , 37-44
Premier dimanche de l'avent – Année A (28 novembre 2010)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Veillez

 

Frères et sœurs, cette page d'évangile est difficile à entendre. Jésus se présente comme un voleur, il vient percer la demeure de notre vie à l'heure où nous ne l'attendons pas. Jésus semble avoir une manière arbitraire de se conduire. De deux hommes qui sont aux champs, il prend l'un et laisse l'autre, de deux femmes qui sont à moudre, il en prend une et laisse l'autre. Arbitraire de Dieu ? Dieu comme un voleur ? Dieu comme le déluge ? Personne ne peut se douter qu'il va arriver et au moment où Noé entre dans l'arche, le déluge tombe et les emporte tous.

N'oublions pas que Jésus nous parle en paraboles et même si cela n'est pas précisé explicitement dans cette page, il s'agit quand même d'un langage parabolique. Jésus ne nous dit pas qu'il est un voleur, il ne nous dit pas qu'arbitrairement, il choisit l'un et laisse l'autre, il ne nous dit pas que le déluge final emportera tout le monde. Tout ceci ne sont que des images qui veulent nous faire découvrir une vérité.

Je crois que la vérité qui est derrière ce récit, ces images, cette parabole, c'est la rencontre de l'éternité avec le temps. Nous vivons dans le temps. C'est-à-dire que nous vivons dans une succession de moments. Notre personnalité, nos rencontres, notre salut se construisent toujours pas à pas, petit à petit. Nous avons l'habitude de vivre dans un déroulement, dans une succession. La fin du monde, la venue du Fils de l'Homme c'est l'éternité qui vient rencontrer notre temps. L'éternité n'est pas comme nous l'imaginons de façon un peu simpliste quelquefois, un temps qui dure beaucoup de temps. Or, il n'y a pas de temps dans l'éternité. Cela ne veut pas dire non plus que l'éternité existe telle quelle depuis le début du monde, ce serait encore une fois l'imaginer d'une manière temporelle.

Je crois que l'image la plus exacte pour parler de l'éternité, c'est celle du jaillissement, du surgissement. Quelquefois des chrétiens se disent : que ferons-nous au paradis, nous allons nous ennuyer pendant l'éternité ? Mais non, l'éternité n'est pas une succession de moments, l'éternité est un jaillissement. L'éternité, c'est la Vie qui, d'une certaine manière, nous emporte au-delà de toutes les limites, toutes les successions que nous connaissons et c'est ce que veut dire cette page parabolique de l'évangile. L'éternité va surgir dans notre temps sans que nous puissions nous y préparer, parce que précisément, l'éternité n'est pas dans la durée, elle n'est pas dans la succession. Par conséquent ce que le Christ nous dit, ce n'est pas qu'il va exprès faire surgir la fin du monde sans nous prévenir, et ce n'est pas pour nous tromper, ce n'est pas pour essayer de punir le maximum de gens possible. Ce que nous dit le Christ c'est ceci : faites attention, l'éternité n'est pas comme le temps, c'est une dynamique qui nous envahit tout entier, d'un seul coup et qui nous transporte et contre laquelle nous ne pouvons pas agir pour ramener les choses à notre mesure.

Je crois que nous devons essayer d'imaginer, je dis bien essayer, car c'est extrêmement difficile, essayer d'imaginer que nous serons, et nous le sommes déjà d'une certaine manière, plongés dans cette éternité de Dieu, dans cette source inextinguible qui est l'éternité de Dieu. Maintenant, aujourd'hui, nous sommes déjà appelés à l'éternité. Maintenant, aujourd'hui, nous sommes déjà invités par Dieu à entrer dans ce présent infini et immense qu'est sa Vie. Aujourd'hui, Dieu crée le monde. Aujourd'hui, le Fils jaillit du sein du Père. Aujourd'hui, Dieu nous sauve. Aujourd'hui, Dieu meurt sur la croix. Tout cela n'est pas une succession d'événements qui seraient maintenant dans le passé, c'est ce qui aujourd'hui, maintenant existe, un maintenant qui n'a pas de rivages, un maintenant qui envahit tout ce que nous sommes, tout ce que nous possédons, tout ce que nous vivons.

Laissons-nous aspirer par ce surgissement. Laissons-nous attirer par ce jaillissement. Laissons-nous plonger dans cette éternité. Dès maintenant, sachons que nous sommes appelés non pas à avancer pas à pas, mais à être emportés tout d'un coup dans la lumière et dans la vie de Dieu.

Frères et sœurs, que ce premier dimanche de l'Avent mette les pendules à l'heure, que ce premier dimanche de l'Avent nous fasse d'un seul regard voir l'histoire du monde depuis les origines jusqu'à la fin des temps, tout cela dans un seul regard d'amour qui est le dessein de Dieu de créer toutes choses pour que toutes choses s'accomplissent dans la relation, dans la connaissance de l'autre, dans l'amour de l'autre. Que Dieu nous éduque à cette vie d'amour dont nous ne pouvons même pas encore imaginer ce qu'elle sera, mais qu'il nous a promis et à laquelle il nous appelle, et à laquelle il faudra que nous sachions répondre par un "oui" de notre cœur à cette merveille.

 

 

AMEN

 
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