AU FIL DES HOMELIES

Photos

ATTENTE, ATTENTION, TENSION

Is 63, 16-17b+19b et 64, 2b-7 ; 1 Co 1, 3-9 ; Mc 13, 33-37
Premier dimanche de l'avent – Année B (27 novembre 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Ange attentif, en attente (Bommiers)
Frères et sœurs, cet évangile de saint Marc que nous avons écouté est comme un maître mot, comme la recommandation que le Christ nous fait, qu'il a fait à ses disciples au moment de les quitter et pour nous, en ce temps où nous attendons son retour.

"Veillez". Veiller, c'est d'abord attendre. "Viens Seigneur Jésus, en veillant dans la nuit, nous attendons ton retour". C'est ce que nous venons de chanter. Nous attendons. Attendre, c'est être orienté vers une absence. On attend quelque chose qu'on n'a pas, quelqu'un qui n'est pas là. Attendre c'est donc se heurter à ce vide, à ce moment où nous nous sentons seuls et où nous pouvons avoir l'impression d'être abandonnés. Pourtant, attendre, c'est aussi avoir la certitude que quelqu'un vient, que quelque chose va avoir lieu. Ce n'est pas simplement la constatation de l'absence, c'est aussi la certitude d'une présence future. L'attente, c'est ce qui oriente tout notre présent, toute notre vie vers le futur, vers l'accomplissement, vers ce qui est promis. L'attente se nourrit de la promesse de Dieu, car nous ne saurions pas à quoi rime notre vie, si Dieu ne nous l'avait pas dit. Et nous sommes, avec cette Parole de Dieu, tournés vers la venue de ce qui nous manque aujourd'hui.

Attente, attention aussi, car précisément, nous essayons de discerner l'ombre du visage de Celui qui vient. C'est ce qu'Isaïe nous dit : "Guetteur, où en est la nuit ?" (Is. 21,11). Et on nous dit aussi que les prophètes ont scruté la nuit pour essayer de voir venir le Christ. Ce n'est pas une attente vide, c'est une attente pleine de signification. Nous savons que la nuit va céder la place au jour, nous savons que la lumière du Christ vient pour illuminer nos cœurs, pour illuminer nos vies, pour rendre visibles tout ce qui est caché, pour rendre palpable tout ce qui nous échappe actuellement.

Attente, attention. C'est donc un regard aigu que nous portons sur le monde, sur l'histoire, sur notre vie, sur nous-même, un regard aigu qui transperce les apparences et qui nous permet de pressentir les traits de ce qui vient, que ce soit l'événement ou que ce soit la personne, quand ce sera le Christ qui viendra. Attente, attention, un regard plein d'espérance, car nous avons la certitude que quelqu'un vient et nous commençons déjà à entrevoir sa venue à travers l'ombre de notre vie.

Attente, attention, tension aussi, car cette attente, cette attention ne sont pas passives, elles sont une tension de tout notre être vers ce qui vient, vers celui qui vient. Nous sommes comme le dit saint Paul : tendus de tout notre être vers le Seigneur qui vient. C'est ce qu'il nous dit dans son épître aux Philippiens : "Je ne me flatte point frères d'avoir déjà saisi, je dis seulement cela : oubliant le chemin parcouru je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être et je cours vers le but en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, afin de saisir comme j'ai été moi-même saisi" (Ph. 3,11-12). Voilà donc le secret qui se cache au milieu de cette absence, au milieu de cette attente : le secret qui se cache, c'est une aspiration. Nous sommes comme aspirés par le Christ qui vient. La venue du Christ est tout à la fois son déplacement vers nous et notre déplacement vers lui dont il est l'auteur. C'est lui qui nous donne la force, qui nous donne cet attrait, c'est lui qui nous donne ce désir.

Il faut que nous vivions ce temps de l'Avent comme un appel d'air vers la venue du Christ. Le Christ ne cesse de venir, il est venu à travers l'Ancien Testament, et toutes les manifestations divines. Il est venu dans le sein de la Vierge Marie, c'est ce que nous célèbrerons à Noël et c'est ce qu'ont attendu les Patriarches. Cette attente est le modèle de la nôtre car nous attendons qu'il vienne chaque jour à chaque instant, à chaque moment dans notre vie. Nous attendons qu'il vienne dans la vie de tout l'univers pour transformer les cieux et la terre en ciel nouveau et en terre nouvelle.

Que cette certitude de la venue du Christ habite notre cœur, habite notre attente. Que nous soyons engagés dans cette voie où nous nous élançons vers le Christ, où nous nous laissons attirer par lui, pour le saisir comme nous avons été saisis par lui.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public