AU FIL DES HOMELIES

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L’APPEL A LA CONVERSION DU COEUR

Is 8, 5-8+11-15

(2 décembre 2004)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Jérusalem : Piscine de Siloë 

F

rères et sœurs, l’oracle d’Isaïe que nous écoutions tout à l’heure demande quelque explication. Isaïe dit : "Ce peuple a méprisé les eaux de Siloë qui coulent doucement et tremblent devant Raçon et le fils de Remalhyahu". C’est une allusion aux événements contemporains d’Isaïe : Jérusalem est menacée d’une part par le roi d’Israël, Raçon, et d’autre part par le roi d’Aram le fils de Remalhyahu. C’est dire qu’Israël a peur des ennemis qui l’encerclent, il a peur de cette menace politique et militaire qui est à ses portes. Isaïe reproche au peuple d’avoir peur de ceux qui ne sont que des hommes et de na pas être attentif à cette Parole de Dieu qui murmure dans son cœur comme ces eaux de Siloë, la source qui se trouve en dessous de Jérusalem et qui coule d’une façon imperceptible. Cette source n’est pas un jaillissement d’eau, c’est simplement un flux discret qui surgit du fond de la terre. Par cette eau qui coule doucement, Isaïe veut parler de la présence à peine discernable de Dieu auprès de son peuple, au cœur de son peuple, et cette présence de Dieu est plus importante que les menaces terrestres et militaires. Et le peuple n’a pas su trouver l’espérance, la force, la confiance, dans cette présence de Dieu, sous prétexte qu’elle n’est pas déployée avec violence comme c’est le cas de ces ennemis qui sont à ses portes. 

       Isaïe leur dit alors, puisque vous ne savez pas découvrir des raisons d’espérer dans cette présence silencieuse et mystérieuse de Dieu dans votre cœur, puisque vous ne faites attention qu’à la violence des armes, puisque vous ne faites attention qu’à la menace des armées, Dieu lui aussi, peut vous submerger. Il pourra faire monter contre vous les eaux d’un fleuve, les eaux du roi d’Assur. Il pourra submerger les vallées, et ceci n’est qu’une image du jugement où Dieu viendra pour séparer ceux qui souvent sa volonté et ceux qui ne veulent suivre que leurs idées politiques, et qui réduisent l’histoire des hommes à n’être qu’un affrontement de violence contre violence. 

       C’est donc un oracle qui nous invite à ne pas considérer les réalités de ce monde comme étant seulement un affrontement de force, un affrontement de puissance. Nous devrions nous aussi comme Israël, être attentifs à des réalités beaucoup plus profondes beaucoup plus intimes, beaucoup plus intérieures, cette présence silencieuse et mystérieuse de Dieu dans nos vies, qui est plus puissante que les puissances de la terre. 

       La prédication de Jean-Baptiste prend la suite exacte de la prédication des prophètes. Lui aussi reproche à ses contemporains, au peuple qui l’entoure de n’être attentif qu’aux réalités matérielles, terrestres, qu’aux dangers militaires, de ne savoir pressentir que la force et la violence. Et il leur dit : vous devriez être attentifs à ce qui se passe dans le cœur. C’est pourquoi quand les foules l’interrogent Jean-Baptiste leur donne une voie de conversion qui se situe au fond du cœur. Que leur dit-il ? Partagez ! Partagez entre vous, donnez à celui qui a faim, donnez à celui qui est sans vêtement, ne vous adonnez pas à la violence, ne molestez personne dit-il aux soldats. Ne mentez pas, n’extorquez rien aux autres, contentez-vous de ce qui vous est donné. Autrement dit, Jean-Baptiste invite à une conversion du cœur et non pas simplement à la crainte devant le déchaînement des violences humaines. La vérité se situe dans le cœur, la vraie conversion c’est là qu’elle est. Et il annonce même que le Messie qui vient va plonger les foules dans la présence de Dieu. C’est cela que veut dire l’Esprit. Moi, je vous baptise dans l’eau, c’est un symbole qui veut manifester la conversion du cœur, le repentir de vos fautes, je vous plonge dans l’eau, mais lui va vous plonger dans l’Esprit Saint, c’est-à-dire dans le souffle vital de Dieu. C’est la même chose que ces eaux de Siloë qui coulent doucement, le souffle vital de Dieu ne va pas sa manifester de façon effrayante, grandiose, Il ne rivalise pas avec les puissances de la terre. Le souffle vital de Dieu souffle mystérieusement, silencieusement, au plus profond de notre cœur, et c’est dans cette présence de Dieu que nous allons être plongés, c’est dans cette présence de Dieu que se situe le Salut. 

       La prédication de Jean-Baptiste nous invite donc à revenir des violences du monde vers la présence sanctifiante et vivifiante de Dieu qui se réalisera dans le baptême chrétien, où Dieu vient habiter dans nos cœurs pour nous sauver. Là est le Salut. 

       Frères et sœurs, nous aussi, bien souvent nous sommes attentifs de façon exclusive aux réalités de ce monde, à tous les dangers qui nous entourent, à toutes les violences qui se déchaînent autour de nous, et nous ne savons pas regarder suffisamment au plus profond de notre cœur et du cœur de nos frères, là où se situe la présence de Dieu qui est le seul, le véritable Salut. Que cette prédication de Jean-Baptiste nous invite à rentrer à l’intérieur de nous-même pour y trouver la vraie vie, pour y trouver le vrai sens de nos vies et de la vie du monde. 

 

       AMEN 

 

 
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