AU FIL DES HOMELIES

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DEUX VISAGES DE DIEU

Is 6, 1-13

(6 décembre 1990)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

N

ous venons d'entendre deux lectures et apparemment quel contraste entre les deux ! Dans la première c'est la vocation d'Isaïe. A Jérusalem Isaïe est pour ainsi dire convoqué dans le Temple où il a une vision. Il a la vision de la splendeur de la gloire de Dieu. C'est comme un feu, c'est de la lumière, c'est littéralement inapprochable. Les seuls qui s'approchent, ce sont les anges et encore pour s'approcher il faut qu'ils se couvrent eux-mêmes leur regard et leur corps avec leurs ailes. C'est de là que vient l'image des anges avec des ailes, ce n'est pas pour voler, mais pour se voiler le visage parce que la gloire de Dieu ne peut pas être vue de face. Dans cette immense célébration de la solennité de Dieu sur son trône, avec toute la splendeur royale, Isaïe se sent complètement perdu. Il est démuni, il ne sait pas quoi faire, il ne sait pas quoi dire, simplement il prend conscience de sa misère et de son péché et il dit : "Seigneur, je ne suis même pas digne de me tenir là !" et pourtant Dieu veut l'envoyer à son peuple. Ainsi donc, ce Dieu qui se révèle à ce moment-là, c'est le Dieu de la puissance, le Dieu de la splendeur, le Dieu avec lequel nous sommes familiers, Dieu d'une certaine manière assez redoutable pour que nous en ayons peur.

       De l'autre côté une autre scène. Il ne s'agit plus du Temple de Jérusalem, il s'agit des bords du Jourdain. Un homme, Jean a baptisé des disciples et un jour il a reçu son cousin, Jésus qui lui a demandé de le baptiser. Et depuis ce moment-là, dans le cœur de Jean, l'affaire a fait son chemin. Il se demande de qui il s'agit et n'y tenant plus, il envoie deux disciples demander à ce Jésus : "Es-Tu Celui qui doit venir ou faut-il en attendre un autre ?" Et Jésus répond d'un tout autre ton. "Les pauvres entendent la Bonne Nouvelle ; ceux qui ne peuvent plus marcher se mettent à marcher, les sourds qui étaient coupés du monde se mettent à entendre et les aveugles qui n'avaient plus de rapport avec le monde par leurs yeux voici qu'ils se mettent à voir !" Pour dire qui Il est, Jésus se situe non par rapport à la splendeur, à la gloire mais par rapport aux petits, aux humbles, à ceux qui ne voient pas, ceux qui sont pauvres, ceux que l'on méprise, ceux qui n'entendent plus, ceux qui sont terriblement enfermés dans leur solitude.

      Dans les deux cas, c'est le même Dieu. Celui qui apparaît dans la gloire à Isaïe et Celui qui apparaît au milieu des pauvres pour dire à Jean qui Il est, c'est le même. Et vous comprenez pourquoi nous sommes ici aujourd'hui, chrétiens, dans cette église. C'est parce que nous croyons que le visage de Dieu c'est à la fois la grandeur infinie de Dieu, son amour sans mesure et sans limite, et en même temps un Dieu tout proche de nous, un Dieu qui s'occupe des plus pauvres, des plus démunis. C'est le même Seigneur, c'est le même Christ. Celui qui était dans les cieux, voici qu'Il s'est fait le dernier de tous et qu'Il a accepté de mourir jusqu'à la mort la plus ignominieuse, la mort de la croix, afin d'être plus proche et de sauver tous les hommes.

       Ainsi donc lorsque nous célébrons le mystère de l'Avent, de la venue du Christ, de sa proximité, nous sommes à la fois Isaïe et en même temps nous sommes Jean-Baptiste et ses disciples contemplant Jésus parmi les pauvres. Nous regardons en même temps le Seigneur de la gloire : "Ah, si tu déchirais les cieux !" si tu descendais de ton trône de gloire et si Tu venais nous visiter ! Et nous sommes en même temps Jean-Baptiste et les disciples qui contemplent dans cet homme tout proche des hommes, tout proche des pauvres, des humbles et des petits, l'unique Seigneur. Voilà ce qu'est un chrétien, voilà ce qu'est un chrétien qui attend la venue de Dieu. Il ne l'attend pas simplement dans la gloire, il l'attend au cœur de sa vie, dans les moments où il est le plus petit, le plus humble, au moment où son cœur est comme bouché, où ses yeux ne voient plus où ses oreilles n'entendent plus, où il est accablé par la souffrance ou la détresse ou par le mal. Etre dans le temps de l'Avent être dans l'attente de la venue de Dieu, c'est regarder dans les deux directions, vers la gloire de Dieu et vers le Seigneur des pauvres et des petits. Et c'est, par la grâce et l'amour de Dieu tenir en un seul regard ces deux directions.

       Voilà ce que nous sommes des hommes qui croient en un Dieu infiniment grand et en un Dieu infiniment proche de l'homme. Et c'est pour cela qu'Il peut venir : "Alors, vraiment, qu'Il vienne" !

       AMEN

 

 
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