AU FIL DES HOMELIES

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LE VIGNOBLE CHOISI

Is 5, 1-7

(1er décembre 1983)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Le cep choisi 

L

'oracle d'Isaïe que nous avons entendu tout à l'heure qui est le chant d'amour du Bien-aimé pour sa vigne est à l'origine de ce riche symbolisme de la vigne, qui parcourt toute la Bible. Vous avez entendu ce texte très beau dans lequel il nous est montré comment le bien-aimé a pris soin de sa vigne, cette vigne qui est "la maison d'Israël le peuple que Dieu a choisi". Le bien-aimé a ôté les pierres, bêché la terre, construit une tour, creusé un pressoir. Mais, et c'est cela le drame de la relation entre Dieu et l'homme, à toutes ces prévenances, à tous ces actes de tendresse l'homme répond par l'indifférence, par le refus et, au lieu de donner les beaux raisins que le bien-aimé attendait de sa vigne, voici qu'elle ne lui a donné que de mauvaises grappes, dont on ne pourra tirer que du verjus.

       Alors, le bien-aimé est pris d'une colère qui est l'image de cet amour déçu, de cet amour dont le refus fait le malheur de celui qui refuse cet amour puisqu'il n'y a pas d'autre bonheur que d'entrer à l'intérieur de cet amour de Dieu. Si la vigne refuse de répondre à l'amour par l'amour, elle crée son propre malheur et sa propre destruction. Et symboliquement le texte d'Isaïe nous dit que le bien-aimé va ôter la haie pour qu'on broute la vigne, briser la clôture pour qu'on la piétine et elle ne sera plus ni taillée ni sarclée.

       Il y a un autre texte d'Isaïe qui reprend, au chapitre vingt-septième ce même thème de la vigne. Il est plus bref, mais en même temps il ouvre une porte d'espérance. "Ce jour-là, la vigne magnifique, chantez-la ! Moi, le Seigneur, j'en suis le gardien. De temps en temps je l'arrose. Pour qu'on ne lui fasse pas de mal, nuit et jour, je la garde." Et vient cependant le souvenir de cette colère du Seigneur qui est le résultat du péché de la vigne, car la vigne dit : "Je n'ai plus de muraille. Qui va me réduire en ronces et en épines ?" Et le Seigneur répond : "Dans la guerre, je la foulerai, je la brûlerai." Mais en même temps revient l'espérance : "Que l'on fasse appel à ma protection, que l'on fasse la paix avec Moi !"

       Vous avez entendu tout à l'heure le psaume 79 que nous avons chanté et qui reprend ce thème de la vigne, constatant son abandon, constatant cette ruine de la vigne et faisant appel au Seigneur pour qu'Il vienne la visiter. "Cette vigne Dieu l'avait arrachée d'Égypte, Il l'avait plantée dans la Terre Promise repoussant les nations qui occupaient ce terrain. Elle avait couvert les montagnes de son ombre. Ses rameaux étaient aussi forts que les cèdres de Dieu." C'est dire toute la splendeur de cette vigne quand elle acceptait d'être aimée par Dieu. Mais voici : "Pourquoi as-tu brisé son enclos et tous les passants la grappillent en chemin, et les sangliers des forêts viennent la ravager ? Mais reviens, Seigneur, vois du haut des cieux ! Regarde ! viens visiter cette vigne puisque c'est Toi qui l'as plantée de Ta main !" Et la promesse : "Plus jamais nous n'irons loin de Toi, rends-nous la vie. Nous T'appellerons par Ton Nom. Fais-nous revivre Seigneur de l'univers ! Fais resplendir Ta Face et nous serons sauvés !"

       Et pendant ce temps de l'Avent revient ce cri du psaume : "Viens, Seigneur ! Reviens ! viens visiter ta Vigne !" C'est celui de notre cœur de pécheurs.

       Nous sommes nous-mêmes l'Israël nouveau, cette vigne "que le Seigneur a plantée". Nous sommes cette vigne qu'Il a entourée de sa tendresse et nous sommes aussi cette vigne pécheresse qui ne répond que par l'indifférence et le refus à l'amour de Dieu. Et alors voici que toutes les prévenances de Dieu sont réduites à néant, voici que les clôtures qui protègent cette vigne sont brisées et nous sommes envahis par le mal, le péché, les tentations, par les passions qui dévorent tous les plants de notre cœur. Mais nous crions vers le Seigneur : "viens visiter Ta vigne !" Et c'est ce que le Seigneur a fait. Jésus a repris cette image de la vigne, au moins à deux reprises. Une première fois dans la parabole des vignerons homicides où la vigne représente l'humanité tout entière que Dieu avait confié à ce peuple d'Israël comme à des vignerons. Et les vignerons n'ont pas su prendre soin de cette vigne et ils l'ont laissé à l'abandon. Et même quand le Maître a envoyé ses serviteurs puis son Fils, ils les ont battus, rejetés et finalement ils ont tué le Fils. Dans cette parabole, le Christ annonce sa mort prochaine, le refus d'Israël d'être associé à Dieu, le bien-aimé de la vigne, pour cultiver cette vigne et lui faire donner du fruit.

       Et nous qui sommes l'Israël nouveau, l'Église du Seigneur, les disciples de Jésus, nous sommes, à notre tour, appelés par Lui à être les vignerons de cette vigne qui est l'humanité tout entière, et si l'humanité ne donne pas au Christ les fruits qu'Il en attend, c'est probablement aussi notre faute à nous, parce que nous sommes de mauvais vignerons.

        Mais, dans un autre passage de l'évangile, Jésus nous donne le secret profond du salut quand Il nous dit : "Je suis la Vigne et vous, vous êtes les sarments. Vous ne pouvez porter du fruit que si vous êtes liés à la vigne, greffés sur elle. Si les sarments se séparent du cep, ils se dessèchent et ne sont plus bons à rien qu'à être jetés au feu." Pour porter du fruit et pour être aussi des vignerons qui permettent à nos frères de porter du fruit, il faut que nous soyons greffés sur le Christ, il faut que le Christ soit en nous pour que nous puissions, nous-mêmes être remplis de sève et conduire tous nos frères à la source de cette sève qui leur permettra de vivre de la vie de Dieu.

       En ce temps de l'Avent, reprenons la supplication du psaume. Que le Seigneur qui est venu, vienne encore dans nos cœurs, qu'Il soit présent dans nos vies, que nous soyons greffés sur Lui pour porter du fruit et faire rayonner sa présence autour de nous, afin que les hommes soient sauvés.

       AMEN

 

 
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