AU FIL DES HOMELIES

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LA VISION D'ISAÏE

Is 6, 1-13

(2 décembre 1993)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

Germigny : L'arche d'Alliance et les Séraphins

J

'avais envie de vous proposer de vous rassembler à six ou huit, deux rangées par deux rangées, et de vous donner un petit devoir sur le texte du prophète Isaïe. Je vous aurais donné également une feuille de papier et un crayon. Pendant quelques minutes, vous auriez pu partager ensemble et discuter. Je ne vais pas le faire même si ce n'est pas l'envie qui m'en manque mais je ne veux pas troubler l'ordre publico-liturgique et ne pas créer un précédent. Alors je vais me contenter, comme chaque jour, de vous faire la leçon, pas de vous donner une leçon.

       Je vous aurais bien proposé de faire une analyse théâtrale de ce texte d'Isaïe alors je vais vous donner quelques éléments-clés, mais je tiens à vous dire que vous ne pourrez bien comprendre le sens que si vous ne vous satisfaites pas uniquement de m'entendre et que, dans la journée, vous repreniez le texte, tranquillement, vous le relisiez. Prenez ce risque de la fécondité de la Parole de Dieu en vous.

       La pièce s'appelle : la vocation d'Isaïe.

Acte premier, scène 1, la sainteté de Dieu. Les chérubins, les séraphins, le trône, la traîne qui remplit le sanctuaire, on pourrait mettre ça en décor, ce serait magnifique, les séraphins qui volent et qui chantent dans un chœur unanime et extraordinaire la sainteté de Dieu. Texte que nous allons d'ailleurs tout à l'heure chanter à l'autel comme les séraphins au ciel. Et la gloire remplit tout l'univers.

Acte premier, scène 2 : Les portes vibrent de bruits, de cris. Et le prophète, dans un monologue, découvre son péché, sa perdition. "Je suis un homme perdu, aux lèvres impures, j'habite au sein d'un peuple aux lèvres impures." La distance entre la sainteté de Dieu et le péché de l'homme. Une distance qu'on ne peut pas parcourir et si on la mesure un peu, elle est désespérée. "Je suis perdu". Cependant, dernière phrase de ce premier acte : "Mes yeux ont vu le Roi." L'homme pécheur, l'homme perdu, l'homme aux lèvres impures se découvre ainsi devant la sainteté de Dieu, mais il ne peut l'atteindre car Dieu ne dit rien, les anges ne s'inquiètent pas de l'humanité, ils sont trop occupés à leur liturgie céleste et l'homme est seul, malgré tout dans son péché et sa perdition.

Acte 2, scène I : L'action change et se précipite. Un séraphin descend, vole, avec une braise, et vient toucher les lèvres du prophète en lui disant, alors que l'autre n'a rien demandé : "Voici, ceci a touché tes lèvres, ta faute est effacée, ton péché est pardonné." La braise qui descend de l'autel, portée par un séraphin, c'est le Verbe de Dieu annoncé dans son Incarnation, qui va venir purifier, brûler, vivifier, pardonner l'homme pécheur et l'homme perdu. C'est la braise du Verbe de Dieu.

Acte 2, scène 2 : La réponse du prophète. "J'entendis la voix du Seigneur qui disait : "Qui enverrai-je ?" Alors je dis : "Me voici, envoie-moi !" Puis l'ordre de mission.

Devant cette manifestation de la sainteté de Dieu qui vient du ciel, à la manière d'une braise de chaleur, de feu qui brûle, devant cette miséricorde de Dieu, la faute est effacée : "Tes lèvres sont purifiées, ton péché est pardonné". Le prophète ne peut pas ne pas dire : "Me voici, envoie-moi !" Et il reçoit sa mission.

Acte 3, scène 1 : la question du prophète. Il a vu la gloire de Dieu. Dans cette gloire de Dieu, il a découvert sa perdition, mais il a reçu le message du salut à travers cette braise. Il en est retourné et il veut aller l'annoncer. Mais il est touché par la finitude, par la limite, par le mal immense et apparemment invaincu. "Alors, Seigneur, jusques à quand ?" Jusques à quand ? Et le Seigneur lui annonce des choses encore pires que celles qui lui font poser cette question "Jusques à quand ?" puisque "toute ville sera détruite, toute maison inhabitée, tout sol dévasté, tous les gens chassés, la grande détresse, et tout sera dépouillé".

Dernière phrase de la pièce : "Le tronc, la souche garde une semence sainte." Cette souche gardant une semence sainte, c'est celle de Jessé, c'est celle d'où fleurira l'homme nouveau, le monde nouveau, la naissance de la vie nouvelle, celle qui vivifiera, dans le cœur et la vie de l'homme, le pardon et le salut.

       La sainteté de Dieu, la découverte de la perdition de l'homme, l'accueil de l'incarnation, la réponse de l'homme pour aller vers le peuple annoncer ce dont il a été bénéficiaire. Et puis ce dialogue difficile, cet impossible optimisme vu du côté des hommes, mais cette espérance extraordinaire vue du côté de Dieu. "Jusques à quand, Seigneur ?" "Mais ne t'inquiète pas, toute souche contient une semence sainte. "

       AMEN


 

 
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