AU FIL DES HOMELIES

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 LES SACREMENTS FONT ACCÉDER AU MYSTÈRE

1 Co 4, 1-5 ; Lc 22, 24-30

(7 décembre 2000)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Olympie : Zeus

C

 

ertains épisodes qui ont marqué la vie de saint Ambroise sont connus, cet homme qui étant catéchumène et préfet de police de la ville de Milan, sera élu par le peuple pour succéder à l'évêque, devenant lui-même le pasteur d'une Église, cet homme, capable de s'opposer au pouvoir impérial et de maintenir son peuple dans la vraie foi. J'aimerais sans rappeler tous les éléments de la vie d'Ambroise de Milan, m'arrêter sur une phrase que l'on vient d'entendre dans la première épître aux Corinthiens où saint Paul dit qu'il est serviteur, et il est vrai, comme l'a dit l'évangile, que celui qui est sur le trône, à plus forte raison celui qui est sur le siège épiscopal, même s'il a été un personnage important du pouvoir impérial, préfet de police, quand il est évêque, nommé serviteur.

       Saint Paul continue en disant que le serviteur est aussi intendant, c'est la même idée, intendant des mystères du Christ. Il se trouve qu'Ambroise de Milan, nous en avons plusieurs écrits, dont un sur le symbole de la foi et un sur les sacrements, et un autre sur les mystères, en fait, il n'y en a pas, même si nous ne faisons pas toujours la différence, une catégorie qu'on pourrait appeler simplement sacrements, et l'autre qu'on pourrait appeler mystère. Car lorsque Ambroise parle des mystères, il parle des sacrements, et les sacrements sont aussi des mystères. Pour nous, le mot mystère, c'est par essence mystérieux, ce qui nous est inaccessible, d'ailleurs en grec, le mot "mysterion", signifie ce qui est fermé. On connaissait dans l'antiquité ce qu'on appelait les religions à mystères, comme les cultes d'Eleusis ou de Mithra, où par une initiation, il s'agissait d'entrer dans la dramaturgie d'un dieu et ainsi entrer dans la pleine connaissance. On pourrait mettre en parallèle certains groupes, voire certaines sectes, ou encore des organisations comme la franc-maçonnerie, qui pourraient nous faire penser qu'il y a ce type d'initiation. La philosophie grecque a aussi repris ce terme de mystère pour parler du philosophe qui entre dans la connaissance, et c'est ainsi qu'on est conduit par des mystagogues, qui sont des guides qui conduisent, jusqu'à ce que l'on puisse être complètement envahis par la connaissance de ce que vous voulez atteindre. Le philosophe est aussi celui qui atteint le mystère.

       Il se trouve que l'Église a repris ce terme, ce qui signifie une chose importante. Mais le mystère n'est pas ce qui est inaccessible, c'est ce que l'on peut atteindre, parce qu'on y est conduit, mais quand on l'atteint, on est malgré tout dépassé par ce que l'on a reçu. C'est le propre des mystères chrétiens. Le mot mystère utilisé y compris pour les sacrements, voulait manifester non seulement une connaissance, mais la vie qui remplissait celui qui avait reçu les sacrements. Ce n'était pas d'abord un parcours initiatique où il fallait franchir des étapes pour enfin connaître pleinement, que d'entrer par les mystères, donc, d'être initiés par les sacrements eux-mêmes. Pour nous, cela signifierait par exemple que pour nous aujourd'hui, célébrer l'eucharistie nous fait rentrer pleinement dans le mystère de ce qu'est Dieu. On peut faire des cours de théologie où l'on ne peut faire qu'une action de type moral ou éthique rendant sa vie chrétienne conforme à l'évangile entendu, il n'empêche que le vrai lieu moral ou théologique demeure le mystère par excellence, celui célébré dans l'eucharistie.

       Si je me suis arrêté là-dessus, c'est parce que pour saint Ambroise de Milan, cette conception est fondamentale. En somme, là j'ai donné l'exemple des sacrements, mais cette conception ne s'arrête pas aux sacrements, puisqu'en fait, parler du mystère, c'est parler de la pleine révélation de Dieu. C'est pour cela que le mot "mystère" dans la Bible va signifier le dessein peut-être caché à l'origine, mais qui peu à peu va se révéler, grandir et se propager, se dire aux hommes, le mystère pleinement manifesté, non pas caché, mais exprimé, étant Jésus-Christ Lui-même. Ainsi, vouloir connaître et vouloir vivre de Dieu, c'est accepter le mystère de la révélation, à savoir que Dieu se révèle, donc Il peut être connu, et quand Il est connu, Il nous entraîne dans sa vie, donc, le mystère n'est pas ce qui enferme, mais c'est plutôt ce qui nous garde. Nous sommes gardés dans le mystère de Dieu, et du coup, tout acte, notamment, les sacrements par excellence, vont manifester à cet égard la pleine révélation d'un Dieu qui continue à se dire, à se révéler, à se manifester, une sorte d'Incarnation poursuivie.

       D'où l'importance dans l'anamnèse, de dire : "Il est grand le mystère de la foi", et quand on le dit en montrant l'eucharistie, nous répondons : "Nous proclamons ta mort, nous proclamons ta résurrection, et nous proclamons ta Pâque". Ambroise de Milan, lorsqu'on le présente comme docteur de l'Église, c'est faux à la limite, quand on le présente comme pasteur, c'est peut-être plus juste, pourquoi ? Parce qu'au vrai sens du pasteur, il n'a pas seulement d'un côté enseigné, dit la doctrine, ce qui ferait de lui un docteur de l'Église, sauvegardant ou préservant la foi catholique, il ne s'est pas simplement contenté de gouverner son Eglise et de la protéger d'un pouvoir politique omniprésent, voire omnipotent, mais il a surtout essayé de faire entrer son peuple dans le mystère de la vie avec Dieu. Et du coup, la liturgie devenait par excellence le moyen, le média par lequel cela peut se passer. Dans le mot passage, il y a le mot Pâque, et c'est ce qu'il a essayé de faire vivre à son peuple. Pour lui, la vie chrétienne n'était pas compartimentée, il n'y avait pas d'un côté la connaissance et de l'autre la pratique, comme aujourd'hui il y a des enfants qui font de la catéchèse mais ne pratiquent pas. Cela dit, c'est vrai aussi pour les adultes, on a très souvent l'impression d'avoir une vie bien réglée, il y a la messe entre midi et une heure, et après il y a bien d'autres choses à assumer. Cela, c'est le contraire du mystère chrétien.

       Que Dieu nous aide à faire de notre vie une louange de gloire, rendre compte, et surtout rendre gloire de tous ces actes, dont l'Eucharistie va être source et sommet pour atteindre aujourd'hui encore à la pleine révélation du mystère, c'est-à-dire, de la manifestation et de l'art de vivre en chrétien dans lequel Dieu nous appelle à entrer en plénitude.

        AMEN

 

 

 
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