AU FIL DES HOMELIES

Photos

ES-TU ÉLIE OU LE PROPHÈTE ?

Is 5, 1-7; Jn 1, 19-28

Jeudi de la première semaine de l'Avent – C

(2 décembre 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Auzon : Jean-Baptiste

C

 

e texte de l'évangile que nous venons d'entendre relate un épisode tout à fait anecdotique d'une petite opération de vérification policière en temps de crise politique. En effet, à l'époque où parlait Jean-Baptiste le peuple juif est sous la domination romaine et il s'agit de faire en sorte qu'il n'y ait pas de vagues, qu'il n'y ait pas d'émeutes, qu'il n'y ait pas de sujets qui puissent provoquer, d'une manière ou d'une autre un soulèvement populaire. Alors, les grands prêtres envoient du Temple des membres d'une sorte de police privée qui vont poser des questions à tout ce qui paraît suspect ou digne d'intérêt dans le pays. Ils feront d'ailleurs la même chose pour Jésus lorsqu'Il commencera son ministère en Galilée et qu'Il aura un certain succès. A ce moment-là, on enverra immédiatement des émissaires de Jérusalem pour savoir exactement ce qui se passe.

Simplement, ce qui est extraordinaire dans ce fait divers, c'est que saint Jean était là, dans l'entourage de Jean-Baptiste et il en a compris toute la profondeur. En effet, on n'y va pas par quatre chemins. On pose immédiatement à Jean-Baptiste les questions essentielles : "Est-ce que tu es le Christ ?" c'est-à-dire est-ce que tu as des prétentions messianiques ? ou bien est-ce que tu es son messager, soit Élie, soit le prophète ? c'est-à-dire ceux qui, d'une manière ou d'une autre, annoncent la venue imminente du Messie ? Et la réponse de Jean est un tout petit peu embarrassante, car il dit qu'il n'est pas le Messie, qu'il n'est pas le Christ, et cela nous le comprenons. Mais il ajoute qu'il n'est ni Élie, ni le prophète. Et cela nous embarrasse un peu parce que d'une part Élie et le prophète sont les figures qui annoncent la venue du Christ. Normalement Jean-Baptiste est celui qui est le nouvel Élie. Et d'autre part, le Christ lui-même le dira. "Élie est déjà venu" dira le Christ à ses disciples en revenant de la montagne du Thabor où il a été transfiguré. Alors, qu'est-ce que cela veut dire ?

Je crois qu'il faut se mettre à la place de Jean-Baptiste. Jean-Baptiste sait très bien pourquoi il est venu. Il est venu pour annoncer le Messie. Seulement, il n'ose pas dire qu'il est Élie ou le prophète. Pourquoi ? Et c'est cela que saint Jean a compris et nous a relaté dans son évangile. C'est parce que, en réalité, le véritable Élie qui revient, Celui qui revient dans le char de feu, c'est le Christ dans la puissance de sa Résurrection. Et le prophète, celui qui vient accomplir toutes les richesses de prophétie qui étaient contenues dans l'ancienne Alliance et qui sont contenues pour toute l'histoire tout entière, ce ne peut être que le Christ. Par conséquent, Jean, avec cette humilité du serviteur, dans le fait même qu'il refuse d'être Élie ou le prophète, montre encore qui sera le véritable Élie, qui sera le véritable prophète, c'est-à-dire que dans ce jeu de contradiction et de négation il va jusqu'au bout de sa mission qui est de montrer, de dire aux gens : "Ne cherchez pas de mon côté. C'est ailleurs qu'il faut voir." Et c'est pourquoi il faut voir vers Celui qui baptisera dans l'Esprit, alors que lui, Jean, n'est rien. Il dit lui-même que son baptême n'est rien. Baptiser dans l'eau, c'est simplement préparer les cœurs.

Mais alors, qui est Jean ? Je vous propose une hypothèse. Jean c'est celui qui est simplement son nom. Vous savez que, au moment où il est né, Jean devait s'appeler Zacharie comme son père. Et sa mère n'a pas voulu, ce qui a provoqué un scandale chez les voisins et les voisines. A ce moment-là, on a demandé au père Zacharie qui était muet car sa langue n'avait pas encore été déliée depuis l'apparition de l'ange, quel nom il voulait que son fils porte. Alors Zacharie a dit : "Jean, Yohanna". Or ce nom veut dire : "Dieu a fait grâce. Dieu a manifesté son amour". Donc Jean n'est pas Élie à proprement parler, car lui n'avancera pas encore dans le char de feu, sinon par son martyre, par sa mort et par son témoignage. Jean n'est pas vraiment le prophète, car il n'y a qu'un prophète, c'est le Christ par lequel tous prophétisent. Mais Jean est simplement son nom, c'est-à-dire que son nom est une voix, une voix qui crie dans le désert. Et tout son être est son nom. Il est cette proclamation :"Dieu a fait grâce ! Dieu a manifesté son amour !"

Puisque nous entrons dans ce temps de l'Avent, essayons de laisser simplement résonner en nous le nom du précurseur. Et peut-être que nous aussi nous comprendrons ce que veut dire : "Dieu nous a fait grâce " et peut-être que nous aussi, nous pourrons le proclamer à notre tour, sans tourner les regards vers nous, mais en tournant les regards de nos frères vers Celui qui a fait grâce.

 

AMEN


 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public