AU FIL DES HOMELIES

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JE NE SUIS NI ÉLIE, NI LE CHRIST !

Is 6, 1-13 ; Jn 1, 19-28

Jeudi de la première semaine de l'Avent – C

(5 décembre 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

D

 

ans cette effervescence religieuse qui a entouré la manifestation du Christ au milieu d'Israël, Jean-Baptiste partage les mêmes convictions que le peuple à qui il est envoyé. Pour Jean-Baptiste, il est certain qu'un personnage d'une grande importance viendra clore l'histoire, viendra donner un sceau définitif à la promesse de Dieu. Et comme tout son peuple, il pense et il croit que ce personnage c'est ou bien le prophète, ou bien Elie ou bien le Messie. Il ne sait pas encore, parce que en général les opinions variaient à ce sujet il ne sait pas encore dans quel ordre ces différents personnages vont se manifester. Le prophète était celui qui annonçait le Messie et Élie devait sans doute accompagner le prophète dans sa prédication, être comme son mentor, c'est-à-dire que les trois personnages formaient ensemble le cadre de la fin des temps.

Mais ce qui est important c'est que chaque fois Jean-Baptiste sait qu'il n'est ni le Messie, ni Élie, ni le prophète, c'est-à-dire qu'il n'a aucune illusion sur son identité. Il ne fait pas partie véritablement des temps messianiques. Il montre le Messie, mais il ne fait pas partie de ce groupe, de ce temps qui marque l'accomplissement des promesses. Et c'est alors que, à proprement parler, il prophétise. Il montre que, non seulement il n'est pas parmi les personnages messianiques, mais en même temps il manifeste déjà la grandeur de son Seigneur. Le signe qu'il donne, le fait de baptiser, est certes un signe de grande autorité, puisque précisément on lui demande pourquoi il se le permet s'il n'est pas un personnage messianique. Cependant ce signe n'est rien à côté de ce qui va se passer après et surtout à côté du Messie Lui-même. C'est-à-dire qu'il y a dans le témoignage de Jean-Baptiste, comme en creux, comme en négatif, le pressentiment de la grandeur du Messie plus grand que tout ce qu'on pouvait attendre. Quand il dit qu'il n'est ni le Christ, ni Élie, ni le prophète et qu'il ajoute : "au milieu de vous se tient Quelqu'un que vous ne connaissez pas, qui vient après moi et dont je ne suis pas digne de dénouer la courroie de la sandale". Jean-Baptiste veut signifier le caractère absolu de "Celui qui vient" et que par conséquent lui-même Jean ne peut se comprendre qu'en référence à Lui, mais que, d'une certaine manière il n'est pas possible qu'il partage sa dignité et sa grandeur.

Je crois que ce témoignage de Jean-Baptiste est très important car c'est un des premiers moments où se marque pour Israël la grandeur même de Celui qui va venir. Le Messie n'est pas quelqu'un qui viendrait couronner les espérances d'Israël comme ce peuple les concevait ou les attendait. Le Messie est précisément Celui dont Jean, malgré sa grandeur et malgré l'autorité qui lui donne de baptiser, affirme d'abord la grandeur. C'est déjà le pressentiment de la personnalité divine et céleste de Celui qui va venir. C'est le fait que Jean-Baptiste perçoit comme en creux que la démarche qu'il fait et qu'il fait faire aux autres, cet appel à la conversion et à la pénitence, ne pourrait pas avoir seulement un sens à l'intérieur du déroulement normal de l'histoire, même si c'est pour assurer le succès et l'hégémonie à Israël, mais que, d'emblée tout le cœur de son message et de son appel à la conversion est déjà dans l'adoration, c'est-à-dire de reconnaître ce nouveau personnage qui va entrer en scène pour ce qu'Il est vraiment : quelqu'un qui dépasse de tous côtés et nos espoirs et nos attentes et nos désirs.

Voilà ce qui est le cœur même du message du Précurseur. Ce n'est pas simplement de dire : "Attention ! Nous voici à la dernière étape" ce qui pourtant est important et vrai. Mais c'est de dire : "Attention ! Cette dernière étape nous situe au bord d'un abîme. Ce que nous allons accueillir, ce que nous allons recevoir n'a aucune mesure avec ce que nous attendons." C'est cela que signifie : "Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales." Je ne suis même pas digne d'être le plus humble serviteur. C'est le sens même de la grâce qui se manifeste par la parole de Jean-Baptiste et par son témoignage. Pour nous aussi, il faut que s'affermisse dans notre cœur cette conviction de foi. Trop souvent nous attendons le Christ simplement comme Celui qui vient combler nos espérances et nos désirs à mesure humaine. Mais en réalité, il faut que nous l'attendions comme grâce, il faut que nous l'attendions comme quelqu'un qui dépasse nos attentes et nos espérances et qui vient briser ce cercle de notre histoire, de notre développement, de notre recherche du bien-être, et qui marque au milieu de cela cet aspect, cette réalité de la vie même de Dieu, de la présence même de Dieu qui se manifeste dans notre cœur.

Jean-Baptiste a cette allure de "prédication sauvage" un peu barbare et un peu rude car, précisément, dans cette rudesse de ton de sa prédication se manifeste la rudesse de l'intervention de Dieu qui n'a aucune commune mesure avec ce que nous sommes et avec nos désirs ou nos espérances. Supplions Dieu que, par l'intercession de Jean-Baptiste, nous soyons vraiment convertis, non pas seulement élevés dans nos aspirations, mais radicalement saisis par cette grâce qui nous manifeste la nouveauté absolue de ce que nous allons recevoir Dieu Lui-même, Dieu en personne qui intervient dans l'histoire des hommes et notre propre histoire.

 

AMEN

 
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