AU FIL DES HOMELIES

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NOTRE VOCATION DE PROPHÈTE

Is 6, 1-13 ; Jn 1, 6-8+15

Jeudi de la première semaine de l'Avent – C

(5 décembre 1991)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

es textes de la Parole de Dieu nous font vivre ces premiers jours de l'Avent dans la compa­gnie des deux grands prophètes Isaïe et Jean-Baptiste. Les textes de ce jour nous proposent de dé­couvrir deux aspects essentiels l'un à l'autre de la vo­cation de ces prophètes et donc de notre vocation comme prophètes.

Le premier aspect c'est la connaissance de Dieu, le second qui lui est lié intrinsèquement c'est l'annonce de Dieu. Tant pour Isaïe que pour Jean, il y a eu une rencontre intime avec le Seigneur. Isaïe l'évoque dans cette sorte de vocation qu'il a reçue dans le feu d'une braise qui lui a purifié les lèvres afin justement que ses lèvres annoncent la Parole de Dieu dans toute sa vérité et dans toute sa pureté. Et c'est après cela que le Seigneur l'a envoyé dans son Royaume pour parler au peuple. Quant au prophète Jean-Baptiste, s'il peut dire à ceux qui sont autour de lui : "Il y a un homme qu'il faut désormais suivre et qui me devance", c'est parce que, dans son expérience spirituelle de prophète, Jean L'avait rencontré de fa­çon profondément intime puisqu'il se désignera comme "l'Ami de l'Époux." Jean-Baptiste pourra dé­sormais proclamer : "Voici l'Agneau de Dieu qui en­lève le péché du monde !" et il acceptera que ses pro­pres disciples le quittent pour épouser le Christ et ainsi former l'Église.

Je ne sais pas si vous avez cette impression, mais personnellement j'ai l'impression que l'Église s'endort, c'est-à-dire nous-mêmes, bien sûr, que nous vivons souvent bercés par la Parole de Dieu que nous connaissons bien, que nous écoutons gentiment, que nous chantons le moins possible, ça doit être fatigant. On a l'impression que l'Église est un peu là comme quelqu'un qui nous berce et qui, à travers les vagues et les tempêtes de ce monde, puisqu'elle a les paroles de la vie éternelle, parviendra assez tranquillement à nous conduire sur l'autre rive. Et c'est ainsi que nous allons tranquillement, de temps liturgique en temps liturgique, d'office en office, d'eucharistie en eucha­ristie, mais personnellement, et je me pose la question pour moi-même, où est donc notre prophétie ?

Le jour de notre baptême, nous avons reçu l'onction prophétique, celle-là même que Isaïe et Jean-Baptiste ont reçue et qui, dans la force de l'Esprit Saint, les a consacrés comme "prophètes des nations". Mais qu'est-ce qu'un prophète qui n'annonce pas ? Qu'est-ce qu'une Église qui n'annonce pas ? Qu'est-ce qu'une paroisse ou des paroissiens de saint Jean de Malte qui n'annoncent pas ? Nous ne sommes pas fidèles à notre baptême, même si notre piété est très grande et notre connaissance aussi. Et nous ne som­mes pas fidèles à ce que nous célébrons lorsque nous nous rassemblons si nous n'avons pas dans le cœur non pas ce vague souci mais cette exigence fonda­mentale de vivre cet aspect prophétique de l'Église. La communauté chrétienne n'est pas faite pour s'en servir. Ce n'est pas en nous rassemblant dans l'église que nous devenons chrétiens. La communauté chré­tienne nous engendre. C'est l'Église qui nous fait chrétiens. Mais l'Église est cette Parole incarnée dans le monde pour y être proclamée, pour y être annoncée de façon audible, de façon visible, de façon à ce que les hommes qui l'attendent puissent la recevoir.

Alors, en ces premiers jours de l'Avent, où nous attendons, posons-nous cette question : "Qu'est-ce que nous attendons ?" Une fête de Noël, une de plus, chaleureuse, paisible, familiale, tranquille ? Ou est-ce que nous sommes prêts à recevoir, comme Isaïe et comme Jean-Baptiste, un message, avec une telle force qu'il sera capable de transformer nos visages en messagers de ce message ? Si le message que nous méditons, que nous recevons chaque jour, personnel­lement ou communautairement, ne prend pas les traits de notre visage, la Parole de Dieu en nous n'accomplit pas sa route, et nous ne sommes pas dignes de ce que nous sommes, et l'Église, dans ce monde n'est pas digne de ce qu'elle est. Il ne suffit pas, entre nous, de parler ou de célébrer, il faut que, de cette Parole de Dieu écoutée et célébrée, naisse, pour ceux qui vivent autour de nous, ici-même, une possibilité, un chemin qui puisse, dans la grâce que Dieu leur fera, ren­contrer le Seigneur aujourd'hui. L'Église ne se prépare pas à célébrer Noël pour elle-même, mais pour que le Verbe de Dieu s'incarne dans le cœur des hommes. Et aujourd'hui, à Aix-en-Provence, celle qui a la fonction prophétique héritée d'Isaïe et de Jean-Baptiste, c'est l'Église qui vit ici, c'est vous, c'est moi.

 

 

AMEN

 

 
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