AU FIL DES HOMELIES

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JEAN-BAPTISTE, LE VIOLENT PACIFISTE !

Is 11, 10-16 ; Lc 3, 7-18

Jeudi de la première semaine de l'Avent – A

(6 décembre 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

ean-Baptiste n'est pas le "culturiste" que vous voyez sur le vitrail, mais ne même temps, je me suis souvent interrogé sur celui qui avait dessiné Jean-Baptiste comme un homme qui pratique le "body-building", et je me suis demandé pourquoi on représente souvent Jean-Baptiste avec une sorte de musculature impressionnante, d'autres tableaux le représentent comme animé d'une sorte de fièvre. Musculature ou fièvre, il y a de l'intensité dans la personne de Jean-Baptiste, et je me plais souvent à dire qu'il y a de la démesure dans sa personne. D'ail­leurs, dans l'évangile qu'on vient d'entendre, "en­geance de vipères"... il n'y va pas par quatre chemins, c'est clair, son vocabulaire est marqué de cette déme­sure, c'est un homme qui tout au bout du chemin des patriarches et des prophètes, dans les derniers mètres qui nous séparent de l'évangile, dans l'Ancien Testa­ment, il va donner tout son élan, toute sa force, toute son énergie, voire sa colère, de la violence. D'ailleurs, la vie de Jean-Baptiste, sa fin, est marquée par cette même violence. Cette violence est la reprise des pro­phéties d'Isaïe, pour que les hommes et les femmes qui viennent vers lui et qui entendent cette voix qui crie dans le désert, qui traverse le silence du désert, pour que ces cœurs endurcis s'ouvrent, s'affaiblissent, et se préparent à la venue de Dieu ? Et puis vient la prédication, celle qu'on entend dans Matthieu. Les foules l'interrogent, puisque cette démesure semble posséder un savoir-faire : comment rejoindre Dieu ? Et donc les foules, réveillées dans leur désir deman­dent une réponse. Comment faut-il faire ? Les foules, ensuite les publicains, les soldats... et les trois répon­ses nous font basculer dans un autre registre. Il ne les invite pas à la violence qui anime sa propre vie, il ne les invite pas à vivre quasi nu dans un désert, ni à manger les sauterelles grillées et le miel, je sais pas ce que cela donne comme repas, mais je pense que per­sonne ne fera cela ce midi ... il les invite à la mesure : partagez, ne demandez pas plus, ne molestez pas, contentez-vous. Tous les verbes employés par le Bap­tiste sont des verbes à l'envers de sa vie. Cela m'étonne toujours beaucoup et l'évangile est un ap­prentissage du savoir-faire, je dirais, le mot est un peu négatif, je n'en ai pas d'autre pour l'instant, d'une sorte de négociation permanente avec nous-mêmes et avec Dieu, ou l'on pourrait dire, un pourparler permanent, entre des excès dont il nous faut nos affranchir et dont il faut nous éloigner, et une sorte d'apprentissage comme on apprend à un enfant à mesurer les choses, à trouver la bonne mesure, ni plus, ni moins.

Jean-Baptiste se plie, et il y a dans ce roseau qui plie, il y a une sorte de violence. Derrière cette façon dont l'évangile nous invite à la mesure, il y a beaucoup de violence, cela nous contraint énormé­ment. En d'autres moments, le Christ laissera paraître cette façon dont l'évangile, quand il rentre dans un homme, fait feu, aplanis et en même temps peut dé­truire. Les évangiles que nous avons entendu sur l'at­tente et la venue du Christ effectivement, manient à la fois la violence et la douceur. C'est sur ces deux pô­les-là que se situe l'évangile, pas à la manière de Jean-Baptiste même si sa violence ouvrait large la façon de comprendre, pour que le paradoxe même de l'évangile puisse un peu au moins être entendu de nous. Ce n'est pas la violence vétéro-testamentaire classique que nous entendions chez les prophètes, au moins dans leurs propos, mais c'est une façon de nous dire : vous allez être surpris, vous n'allez pas comprendre, parce que dans le Christ, il y aura de cet accompagnement, de cette miséricorde, de cette compassion, puis il y aura aussi du sang, etc … L'évangile ne dit pas qu'Il est violent ou non-violent, mais il ouvre un horizon beaucoup plus large pour l'homme et pour la ren­contre entre l'homme et Dieu.

Que la démesure et la mesure de Jean-Bap­tiste nous invitent à comprendre la hauteur et la gran­deur de l'évangile qui ne rentre pas dans un cadre, mais qui en casse les gonds et les structures et qui toujours nous déroutera de la façon dont à la fois, il nous violente et nous pacifie.

 

 

AMEN

 

 
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